Syria Kurds Clashes
An aerial view shows the al-Hol camp in northeastern Syria's Hasakeh province, Syria, Wednesday, Jan. 21, 2026, after the withdrawal of the Syrian Democratic Forces (SDF). (AP Photo/Ghaith Alsayed)/XBH115/26021533972321//2601211602

Syrie : après l’abandon des prisons par les Kurdes, la France pressée de rapatrier ses jihadistes

Cette semaine, le sénateur socialiste, Rémi Féraud a alerté le gouvernement sur les implications de l’affrontement entre le pouvoir syrien et les forces kurdes, passé sous les radars de l’actualité internationale très riche ces derniers temps. Un nombre indéterminé de prisonniers jihadistes incarcérés dans les prisons kurdes au nord du pays sont désormais dans la nature, d’autres ont été transférés dans les prisons en Irak.
Simon Barbarit

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C’est le sénateur socialiste de Paris, Rémi Féraud, président délégué du groupe de solidarité avec les chrétiens d’Orient, qui a alerté le gouvernement lors des questions d’actualité du Sénat sur la situation « dramatique dans le Nord syrien » ou les minorités sont persécutées », les Druzes, Alaouites, Yézidis, chrétiens, Kurdes par le président syrien Ahmed al-Charaa, ancien milicien islamiste.

Depuis le début de l’année, les affrontements ont repris entre le pouvoir syrien et la minorité kurde, qui avait été le fer de lance de la lutte contre l’Etat Islamique en Syrie. Sous la pression militaire, les forces kurdes se sont retirées mardi d’al-Hol, le plus grand camp de familles de membres du groupe Etat islamique (EI), dans le nord-est de la Syrie. Les forces du pouvoir islamiste y sont entrées le lendemain. Un cessez-le-feu entre les deux parties tient globalement depuis mardi soir.

En 2019, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) avaient appréhendé et incarcéré des milliers de jihadistes dans des prisons du nord du pays. Des prisons abandonnées par les Kurdes dans leur retraite, laissent une soixantaine de prisonniers dans la nature. « Dix ans après les attentats de Paris et de Nice, c’est une menace directe sur notre sécurité », a alerté mercredi le sénateur en pointant la « résurgence de la menace terroriste ».

Alors que le pouvoir islamiste de Damas est déterminé à étendre son contrôle sur l’ensemble du territoire syrien, « la région autonome kurde s’est effondrée car Donald Trump a donné son accord à Recep Tayyip Erdogan (le Président turc) pour lancer cette offensive aux côtés des forces du régime syrien. La France s’est retrouvée devant le fait accompli, au moment où l’actualité est braquée sur l’Iran, l’Ukraine et le Groenland. J’ai voulu faire sortir le gouvernement du silence. C’est fait même si c’est un peu tard », indique Rémi Féraud.

« La France ne pouvait rien faire de plus »

Une analyse que ne partage pas Wassim Nasr, journaliste à France 24, spécialiste des mouvements djihadistes. « La France ne pouvait rien faire de plus. Une séquence s’est finie quand Assad est tombé. La France a tout fait pour que les Américains continuent de s’intéresser au sujet et a joué les entremetteurs entre le FDS et les autorités syriennes pour arriver à l’accord du 10 mars 2025. Le FDS contrôlait 3 provinces syriennes, le pétrole et un passage frontalier. Mais on oublie que son armée était composée à 80 % d’Arabes et d’une minorité de Kurdes. C’était viable jusqu’au moment où l’entité arabe a pris le parti de Charaa dont le projet leur ressemble plus que le projet autonomiste kurde ».

Dans un communiqué publié jeudi, l’Elysée rappelle que « l’intégration politique, administrative, militaire et économique des Forces démocratiques syriennes est un objectif que le France poursuit et soutient, mais il ne saurait se faire par la force et au mépris de la sécurité des populations civiles à Kobané ou Hassaké ». L’Elysée souligne aussi « l’engagement » des Forces démocratiques syriennes dans la lutte contre l’Etat islamique. « La Syrie est désormais un membre actif de la coalition Inhérent Resolve et doit s’engager aux côtés de tous les alliés volontaires pour continuer la lutte contre Daesh », peut-on également lire.

Mercredi, Washington avait annoncé avoir transféré 150 membres de l’EI détenus dans une prison de Hassaké, en Syrie, « vers un lieu sûr en Irak », et affirmé que jusqu’à 7000 prisonniers pourraient être concernés. 85 de ces prisonniers sont Irakiens et les 65 autres sont d’origine « européenne, soudanaise, somalienne ou caucasienne » et ils sont tous désormais dans une prison de Bagdad.

Quand la droite jugeait le rapatriement des jihadistes « trop dangereux pour la sécurité des Français »

L’Union européenne s’est dite vendredi « extrêmement préoccupée » par de possibles évasions depuis des camps en Syrie de jihadistes. « Nous suivons de près la situation, y compris le transfert des combattants encore détenus » dont des « terroristes étrangers, vers l’Irak », a indiqué un porte-parole de la Commission européenne, Anouar El Anouni.

La question du rapatriement des jihadistes français revient désormais sur le devant de l’actualité. Fin 2022, le rapatriement en France de quinze femmes et de quarante enfants la semaine dernière depuis des camps de prisonniers jihadistes de Syrie avait ému une partie de l’opinion et la droite sénatoriale car jugé « trop dangereux pour la sécurité des Français ». La France venait alors d’être condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme, pour ne pas avoir motivé son refus de rapatrier des familles de djihadistes en Syrie. L’ancien ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti avait alors rappelé « le devoir d’humanité et de vigilance » de la France. « Nous devons veiller sur eux parce que les laisser là-bas, c’est prendre le risque qu’ils reviennent ici pour commettre des abominations ».

Le président syrien, « un traître absolu » pour Daesh

« C’était une erreur de ne pas rapatrier les jihadistes français », soutient Rémi Féraud. Un point sur lequel il s’accorde avec Wassim Nassr. « Les familles des jihadistes français étaient rapatriées depuis les prisons des Kurdes qui n’étaient pas reconnus comme des autorités légitimes ce qui entraînaient de nombreuses complications juridiques. Ce sera maintenant plus simple de les rapatrier, suivant des accords bilatéraux, comme l’accord Cazeneuve avec la Turquie, par exemple ». Le journaliste précise également qu’il n’existe pas de connivence entre le président islamiste, Ahmed al-Charaa et les jihadistes de Daesh. « Pour eux, c’est le traître absolu. Il est entré dans la coalition antidjihadiste, avec plus de 30 opérations conjointes avec la Coalition depuis ».

Le Premier ministre irakien Mohamed Chia al-Soudani a appelé vendredi les pays européens à rapatrier leurs ressortissants transférés vers l’Irak en tant que prisonniers, lors d’une conversation téléphonique avec le président français Emmanuel Macron au cours de laquelle il a « souligné l’importance pour les pays à travers le monde, particulièrement les membres de l’Union européenne, de prendre leurs responsabilités en accueillant ces personnes qui sont leurs ressortissants ».

 

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