Pour les institutions internationales, Taïwan n’est pas reconnue comme un pays et se trouve donc exclu des grandes instances telles que l’ONU et l’OMS. Pourtant, à l’inverse de la Chine, Taïwan est une démocratie libre, où le peuple a le droit de décider qui gouverne. Là où la Chine, impose, contrôle et désinforme, Taïwan joue la carte de la transparence. Une ambition démocratique rendu possible grâce au numérique comme le présente le documentaire « Taïwan, démocratie numérique » du réalisateur japonais Kenichi Watanabe.
La volonté de transparence de la part du gouvernement vis-à-vis des Taïwanais s’est confirmée pendant la période du covid-19 lorsque les autorités ont pris la peine par l’intermédiaire du ministre de la Santé d’effectuer des conférences régulières de plusieurs heures pour présenter les chiffres des infections, des hospitalisations etc… Une stratégie payante puisque le gouvernement a rapidement gagné la confiance des citoyens.
Audrey Tang, première personne transgenre au monde à être nommée ministre va jouer un rôle important dans le développement numérique de Taïwan. Pendant la période du Covid-19, elle prend des mesures qui imposent aux taïwanais de partager des données personnelles avec l’argument que le numérique sera un des outils démocratiques du pays. Le système de QR code, très vite instauré sur l’île est suivi par tous. Les Taïwanais partagent leurs données personnelles et l’épidémie est maitrisée sur le territoire.
Le principe démocratique est perçu par les citoyens comme une solution prospère au bien-être de tous et surtout un rempart à l’autoritarisme chinois. Car si Taiwan est rattachée à la Chine, le peuple Taïwanais marque depuis toujours de nombreux points de divergence avec les Chinois, que ce soit culturel, économique ou politique. Les Taïwanais sont attachés au principe de souveraineté et refusent d’être affilié à une autre nation.
« Il y avait un plan prémédité de mise au pas de l’élite Taïwanaise »
Entre le 17ème et 18ème siècle, l’autorité est organisée sur l’île autour de tribus mais dès 1895 l’empire Japonais va imposer son colonialisme aux Taïwanais avant d’être contraint 50 ans plus tard de céder l’île à une Chine divisée par deux grands mouvements politiques. D’un côté le parti communiste mené par Mao Tsé-toung et soutenu par le bloc soviétique, de l’autre le Kouo-Min-Tang (parti nationaliste), soutenu par les Américains.
Les tensions plongent la Chine dans une guerre dont le Kouo-Min-Tang sort vaincu et en 1945 les leaders et fervents défenseurs du parti nationaliste se réfugient sur l’île de Taïwan. Les Taïwanais subissent alors une oppression violente de la part du Kouo-Min-Tang qui assoit son autorité en imposant dans la terreur la culture chinoise occidentale, supprime les libertés, censure la presse et réécrit l’histoire. Un autoritarisme qui a contribué à alimenter une rancœur farouche envers le peuple chinois mais aussi un fort désir d’indépendance.
Des accords commerciaux déclencheurs d’un élan démocratique
Au début des années 2000, grâce aux investissements de plusieurs grosses entreprises Taïwanaises, la Chine connaît un fort développement. Taïwan connaît également une croissance économique fulgurante mais la stratégie d’investir massivement en Chine lui est défavorable et créé une forme de dépendance. A partir de 2013, la Chine propose à Taïwan des accords commerciaux que grand nombre de Taïwanais voient comme un moyen d’affaiblir la puissance économique de l’île. Ce sont ces accords qui vont faire naitre un mouvement de contestation historique : Le mouvement des tournesols.
Alors que les accords doivent être signés au parlement, des étudiants, munis de téléphones portables, prennent pacifiquement d’assaut le Parlement qu’ils occupent pendant trois semaines pour empêcher la Chine d’étendre son influence. Pour la première fois, des jeunes issus de tous les milieux sociaux se révoltent contre le gouvernement. Les vidéos relayées sur internet permettent de prouver au monde entier qu’il est possible de faire entendre sa voix à Taïwan.
La participation citoyenne au mouvement des tournesols prend de l’ampleur, surtout sur internet. Menée par la ministre du numérique Audrey Tang et des hackers civiques, l’application GOV (gouvernement zéro) voit le jour. Le but de cette plateforme est de donner la possibilité à tous les Taïwanais de comprendre les principes et les enjeux des textes proposés par leur gouvernement. Depuis, les citoyens peuvent, par le biais d’internet et de la plateforme GOV, s’informer, échanger et participer à la vie politique de Taïwan.
Le mouvement des tournesols marque une avancée majeure dans la vie démocratique du pays. Le 10 avril 2014, face à l’ampleur des évènements, le Kouo-Min-Tang et la Chine sont obligés de suspendre leur alliance et mettre un terme aux quelconques ambitions d’accords commerciaux et en 2016, le Kouo-Min-Tang cède sa place au parti démocrate progressiste.
Le mouvement des tournesols fait reculer la Chine
Le pays est depuis en marche pour penser son système démocratique différemment. Des entreprises numériques éclosent aux quatre coins de l’île pour faire leur révolution et en quelques années, Taïwan a connu une émancipation fulgurante et des changements majeurs au sein de sa société.
En 2018, un référendum d’initiative populaire permetà n’importe quel citoyen de proposer une loi en vue de la discuter avec le gouvernement. L’année suivante, l’île autorise le mariage homosexuel et en 2020, des quotas sont instaurés pour permettre d’augmenter le nombre de femmes parlementaires.
Si proche, est pourtant si éloigné du pays auquel il est rattaché, Taïwan s’est en quelques années drastiquement émancipé des traditions et du modèle culturel et politique chinois. Une ascension rendu possible par un insatiable désir d’indépendance et par le numérique.
Une ascension qui prouve que la petite île de Taïwan peut compter parmi les grands états de ce monde.
Retrouvez le documentaire « Taïwan, démocratie numérique » vendredi 26 août à 21h et en replay sur notre site internet ici
Emprisonné pendant un an en Algérie entre novembre 2024 et 2025 pour « atteinte à l’unité nationale », Boualem Sansal compte attaquer le président algérien Abdelmadjid Tebboune en justice. « Le dossier est prêt, (...) mais on attend le bon moment », justifie l’écrivain de 81 ans dans la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril. « C’est une question de principe. »
Au pouvoir en Hongrie depuis 2010, Viktor Orban ne sera pas reconduit Premier ministre une cinquième fois consécutive. Son concurrent conservateur Peter Magyar l’a sèchement battu lors des élections législatives organisées dans le pays, dimanche 12 avril. Moins hostile à Bruxelles, celui-ci promet « une nouvelle ère » en Hongrie. Quels enseignements tirer de ce scrutin stratégique pour l’Europe ? Entretien avec Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de l’Europe centrale.
La crise énergétique liée à la guerre en Iran révèle les fragilités de l’Union européenne, toujours très dépendante des énergies fossiles importées. Quelles leçons faut-il en tirer ? C’est le débat de la semaine dans Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.
La trêve est plus fragile que jamais quelques dizaines d’heures après sa conclusion. Alors que la situation au Liban pourrait relancer le conflit, l’imposition d’un droit de péage par l’Iran pour traverser le détroit pourrait avoir des conséquences inédites, notamment sur le droit international de la mer.
Alors que les deux Corée présenteront une sélection commune dans trois disciplines dont le hockey sur glace lors des jeux olympiques de Pyeongchang qui débutent ce 9 février 2018, Fabrice D'Almeida revient sur ces moments historiques où le sport est utilisé comme outil de la diplomatique...
La visite de la présidente de la Chambre des représentants étasuniens, Nancy Pelosi, à Taipei, mardi 2 août a provoqué la colère de Pékin. En représailles, la Chine de Xi Jinping a annoncé des « actions militaires ciblées » autour de Taïwan, territoire autonome depuis 1949 mais revendiqué par les Chinois. Explications avec Marc Julienne, responsable des activités Chine, Centre Asie de l’Institut Français des Relations Internationales.