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Tensions France-Algérie : la « nouvelle phase » de la relation avec Alger déjà « torpillée » ?

Après quelques jours d’apaisement, la tension est remontée d’un cran entre Paris et Alger. En réaction à l’arrestation vendredi en France d’un employé de l’un des consulats d’Algérie, les autorités algériennes menacent d’expulser douze fonctionnaires français.
Simon Barbarit

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« Je jugerai aux résultats ». La semaine dernière, lors de la conférence de presse dressant un bilan de ses 6 premiers mois à Beauvau, le ministre de l’Intérieur restait prudent sur la perspective d’un réchauffement diplomatique entre Paris et Alger.

Quelques jours plus tôt, après s’être entretenu avec son homologue algérien, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot avait annoncé « une nouvelle phase dans une relation d’égal à égal avec l’Algérie ». La nouvelle phase promise traverse déjà une forte turbulence après la décision des autorités algériennes d’expulser de leur territoire douze fonctionnaires français, dont certains travaillent auprès du ministère de l’Intérieur.

Il s’agit ici de la réponse à l’arrestation vendredi en France, de trois hommes, dont l’un employé de l’un des consulats d’Algérie. Ils sont mis en examen pour arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire, en relation avec une entreprise terroriste, selon le parquet national antiterroriste (Pnat) français. Les faits remontent à l’année dernière, lorsqu’un opposant au régime algérien exilé en France l’influenceur Amir DZ, de son vrai nom, Amir Boukhors, a été enlevé en banlieue sud de Paris, avant d’être relâché le lendemain, selon son avocat Éric Plouvier.

Ce lundi, Jean-Noël Barrot a demandé aux autorités algériennes de « renoncer à ces mesures d’expulsion sans lien avec la procédure judiciaire en cours ». « Si la décision de renvoyer nos agents était maintenue, nous n’aurons d’autre choix que d’y répondre immédiatement », a-t-il mis en garde.

« La compétence des agents du ministère de l’Intérieur est contestée par Alger »

Le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel s’est interrogé à voix haute sur le rôle du ministre de l’Intérieur dans ce regain de tension. « On peut se demander si ce n’est pas Bruno Retailleau qui essaye de reprendre le dossier en main […] A partir du moment où l’on arrête trois membres (un seul en réalité NDLR) de l’ambassade d’Algérie, on savait qu’il y aurait des représailles », a-t-il relevé dans la matinale de TF1 appelant à un nouvel échangé téléphonique entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune après celui du 31 mars. Une conversation au cours de laquelle, es deux Présidents s’étaient « accordés sur le fait qu’une coopération migratoire confiante, fluide et efficace permettant de traiter de toutes les dimensions de la mobilité entre les deux pays devait être immédiatement réinitiée », avait indiqué un communiqué conjoint, relayé par l’Élysée.

« La réciprocité est un principe dans l’ADN de la politique étrangère algérienne. Elle prend une dimension politique marquée quand il s’agit de la France. D’autant que les fonctionnaires expulsés ne sont pas des diplomates, mais des agents du ministère de l’Intérieur dont la compétence est contestée par Alger », rappelle Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève.

Le ministère algérien des Affaires étrangères a, en effet, estimé que « ce tournant judiciaire, inédit dans les annales des relations algéro-françaises », n’était « pas le fruit du hasard », mais se produit « à des fins de torpillage du processus de relance des relations bilatérales convenu entre les deux chefs d’Etat lors de leur récent entretien téléphonique ».

Le vice-président écologiste de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, Akli Mellouili s’interroge aussi « sur le timing » de l’arrestation d’un membre du consulat Algérien « pour une affaire qui date d’un an ». « Je ne connais pas le fond de l’affaire mais j’ai lu que le dossier reposait essentiellement sur le bornage d’un téléphone », note-il. Akli Mellouli craint désormais que la visite d’une délégation de députés et sénateurs en Algérie prévue le 8 mai ne soit compromise.

Le ministère de l’Intérieur a balayé ces insinuations rappelant « qu’il s’agissait d’une affaire judiciaire, donc indépendante »

« Si cet agent consulaire a été arrêté, ce n’est pas pour rien »

Dans la matinale de Public Sénat, le sénateur LR, Ronan Le Gleut a lui aussi écarté l’hypothèse d’une intervention de son ancien collègue du Sénat. Ronan Le Gleut insiste « sur l’acte de très grande gravité, le kidnapping d’un opposant algérien sur le territoire français », qui a été commis. « Si cet agent consulaire a été arrêté, ce n’est pas pour rien, il est vraisemblablement à l’origine de ce kidnapping ».

Hasni Abidi voit dans cette arrestation « un missile qui risque de torpiller le processus de la relance de la relation algéro-françaises initiée par les deux Présidents ». « Cette arrestation aurait pu faire l’objet d’un en discussion au préalable entre les ministres de tutelle. La visite du ministre français de la justice à Alger est désormais en question. De même que la discussion sur libération de Boualem Sensal pourtant en cours. Cette arrestation qui va aussi affaiblir Emmanuel Macron vis-à-vis d’Alger et discréditer sa parole à l’international ».

La semaine dernière, Bruno Retailleau avait affirmé être parfaitement dans son rôle. « Qu’il y ait de la fermeté pour le ministre de l’Intérieur, et du dialogue pour la diplomatie, c’est parfaitement normal », avait-il appuyé.

Alors qu’Alger annonçait vouloir expulser 12 fonctionnaires français dimanche soir, Bruno Retailleau arrivait au Maroc. Un pays avec qui la France a noué un partenariat renforcé depuis la reconnaissance par Emmanuel Macron, à l’été 2024, de la souveraineté marocaine sur le territoire disputé du Sahara occidental. Ce rapprochement de la France avec le Maroc sur ce dossier avait logiquement refroidi les relations avec l’Algérie et conduit au retrait de son ambassadeur à Paris et a diminué sa représentation diplomatique.

A l’issue d’un entretien avec son homologue marocain Abdelouafi Laftit, Bruno Retailleau annoncé lundi à Rabat la création d’un groupe de travail franco-marocain chargé de vérifier la nationalité des migrants en situation irrégulière en France, en vue de faciliter leur réadmission dans leur pays d’origine. En septembre dernier, a peine arrivée en poste, le viol et le meurtre de l’étudiante Philippine par un Marocain sous OQTF, avait conduit Bruno Retailleau à viser particulièrement le royaume chérifien en précisant qu’en 2023, 238 000 visas avaient été accordés aux ressortissants marocains pour seulement 1 680 retours forcés sur leur sol.

Le ministre avait par la suite mis de l’eau dans son vin et pris soin de citer le Maroc comme « un pays sûr », « un grand pays ami ».

 

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