ISRAEL-LEBANON CEASEFIRE DEAL-APPROVAL
(241126) -- JERUSALEM, Nov. 26, 2024 (Xinhua) -- The screenshot from a video shows Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu making a statement, on Nov. 26, 2024. Israel's Channel 12 TV News reported Tuesday night that the Israel-Lebanon ceasefire deal has been approved by the cabinet and will take effect Wednesday at 10:00 a.m. local time (0800 GMT). (GPO/Handout via Xinhua) - GPO -//CHINENOUVELLE_chinenouvelle.0303/Credit:CHINE NOUVELLE/SIPA/2411270629

Trêve à Gaza : « L’accord reste fragile et n’empêchera pas la poursuite de frappes ponctuelles sur des cibles militaires du Hamas », estime Pierre Razoux 

Les Etats-Unis et le Qatar ont annoncé la conclusion d’un accord entre Israël et le Hamas pour un cessez-le-feu dans la bande de Gaza à partir du 19 janvier. Néanmoins, l’accord reste fragile alors que plusieurs points comme l’acheminement de l’aide humanitaire ou l’administration de la bande de Gaza restent en suspens. Décryptage de Pierre Razoux, historien.
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Quinze mois après le 7 octobre, un accord de cessez-le-feu pourrait entrer en vigueur d’ici le 19 janvier. Le terrain d’entente trouvé par les négociateurs implique la libération de 33 des 94 otages israéliens, en échange de la libération de près de 1 000 prisonniers palestiniens. L’armée israélienne a déclaré que 34 des otages sont morts. Par ailleurs, l’armée israélienne doit se retirer des zones densément peuplées et se replier dans l’est de la bande de Gaza. Ces éléments concernent la première phase de l’accord qui doit durer 42 jours. La deuxième phase doit permettre « la fin définitive de la guerre », selon Joe Biden, avant une troisième phase destinée à la reconstruction de la bande de Gaza et la restitution des corps des otages tués. 

Malgré l’annonce d’hier soir, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou a accusé le Hamas de rajouter des conditions pour mettre en œuvre l’accord de cessez-le-feu. Explications avec Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES) et auteur de « Tsahal, histoire de l’armée israélienne » (Perrin). Entretien. 

Pourquoi cet accord est devenu possible maintenant ? L’arrivée de Donald Trump au pouvoir ? 

L’accord a probablement été rendu possible par les pressions que Donald Trump a exercées sur Netanyahou. Contrairement à l’administration Biden et aux démocrates qui se sentent tenus politiquement d’exprimer leur soutien à Israël, Donald Trump est particulièrement imprévisible et prône une approche purement transactionnelle des relations internationales. Par ailleurs, Donald Trump se dit prêt à discuter avec tout le monde, y compris l’Iran, donc le premier ministre israélien ne peut pas prendre le risque de se couper de son allié américain. Cela explique pourquoi Benyamin Netanyahou est désormais prêt à conclure un accord et lâcher du lest et prendre le risque de se couper de ses ministres les plus extrémistes comme Bezalel Smotrich ou Itamar Ben Gvir. Enfin, les pressions de la population israélienne pour aboutir à une libération des otages expliquent également ce revirement de situation. 

Quels points pourraient faire échouer l’accord ? 

L’accord reste fragile et n’empêchera pas la poursuite de frappes ponctuelles sur des cibles militaires du Hamas. L’accord de cessez-le-feu paraît assez bien cadré pour les trois prochaines semaines et les échanges d’otages, mais au-delà, il reste relativement flou. Il y a un besoin d’afficher un résultat positif pour l’instant, mais on peut imaginer qu’à la première difficulté Israël reprenne les frappes. Israël ne va pas laisser le Hamas se reconstituer et devrait continuer de frapper les objectifs militaires du Hamas à Gaza de la même manière que Tsahal continue de toucher des objectifs militaires du Hezbollah au sud Liban. 

Quelles sont les difficultés liées aux échanges d’otages ? 

L’accord de principe porte sur la libération de tous les otages et sur la restitution des dépouilles des otages, mais le Hamas ne sait pas forcément où sont les dépouilles et Israël. Une difficulté porte sur la libération des prisonniers palestiniens. Est-ce qu’Israël va accepter de libérer des leaders politiques comme Marwan Barghouti (leader de la deuxième Intifada et emprisonné depuis 2002) ? C’est une question qui fait débat. C’est sur ce point que de nouvelles difficultés auraient émergées pour la conclusion de la trêve car les deux parties n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’identité des prisonniers à libérer. L’intérêt pour Israël serait de pouvoir compter sur de futurs interlocuteurs pour la future administration de la bande de Gaza. Les Israéliens n’ont pas convaincu les Etats arabes de s’impliquer dans la gestion de la bande de Gaza donc ils pourraient avoir intérêt à libérer des prisonniers qui concurrenceront politiquement le Hamas. 

D’autres points comme l’acheminement de l’aide humanitaire pourraient-ils menacer la pérennité de l’accord ? 

Même si l’objectif est de faciliter l’aide humanitaire, les détails risquent de poser problème. La logique veut que l’aide humanitaire passe par Rafah, ce qui pose la question de connaître la position d’Israël sur les négociations avec l’Égypte pour savoir qui contrôlera la frontière sud de Gaza. Israël ne fait pas confiance aux Égyptiens sur cette question donc il faudra encore attendre des précisions. 

Dès lors peut-on penser que cet accord posera les bases d’une paix durable ? 

Je ne vois pas de paix durable entre Israël et le Hamas, une cessation des hostilités peut durer plus ou moins longtemps, peut-être même plusieurs années. Tsahal n’envisage pas de se retirer complètement, c’est la raison pour laquelle l’accord prévoit une zone tampon bien plus large que celle qui existait auparavant. Dans le mode de pensée israélien, ce n’est pas la fin des hostilités juste une pause. 

Partager cet article

Dans la même thématique

Andy Burnham, new British Prime Minister Arrives at  10 Downing Street.
4min

International

Andy Burnham, le « roi du Nord » : qui est le nouveau Premier ministre britannique ?

Après le désaveu de Keir Starmer l’ex-premier ministre, Andy Burnham a pris sa succession ce lundi 20 juillet. Plusieurs fois ministre et maire de Manchester, cet élu populaire compte bien réorganiser le pays et faire mieux que ces prédécesseurs. Reçu par le roi cet après-midi, le chef du parti travailliste a été officiellement nommé Premier ministre.

Le

U.S President Trump Joins Memorial Day Event
6min

International

Avec « le boys band masculiniste » de Donald Trump, la virilité se gouverne à coups d’hormones

En annonçant que l’armée américaine va désormais mesurer le taux de testostérone de ses soldats pour détecter d’éventuels déficits et proposer des traitements hormonaux, le ministre de la Défense Pete Hegseth franchit un nouveau cap dans la mise en scène d’une masculinité érigée en vertu politique. Pour ses soutiens, il s’agit d’améliorer les performances des troupes. Pour ses détracteurs, cette décision s’inscrit dans un projet idéologique plus vaste, celui d’un pouvoir masculiniste qui fait de la biologie un instrument politique.

Le

U.S.-WASHINGTON, D.C.-WHITE HOUSE-TRUMP-PRESS CONFERENCE-IRAN
6min

International

« Donald Trump prépare ses soutiens à contester le résultat des élections de mi-mandat, mais le contexte est plus inflammable qu’en 2020 » 

La nuit dernière, lors d’une allocution télévisée depuis la Maison Blanche, Donald Trump a dénoncé une fraude massive sous ingérence chinoise dans l’organisation des élections aux Etats-Unis. Un discours complotiste sans preuve qui vise à préparer la contestation de sa défaite aux élections de mi-mandat en novembre prochain, selon Alexis Pichard, docteur en civilisation américaine.  

Le

Explosions in Tehran March 8
10min

International

Frappes en Iran : «  Les différentes lignes du régime sont aujourd'hui en train d'entrer en collision »

Ce mercredi, les Etats-Unis ont achevé une quatrième vague de bombardements visant les côtes iraniennes, alors que le régime islamique a de nouveau verrouillé le détroit d’Ormuz en promettant qu’il resterait fermé jusqu’à la fin des « agressions américaines ». Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS), chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques, Washington mise désormais sur un effondrement du régime depuis l’intérieur.

Le