L’accord entre les Etats-Unis et l’Iran peut-il avoir un impact sur la situation au Liban ou faut-il s’attendre à ce que l’armée israélienne poursuive son engagement sur la durée ?
Oui, on peut s’attendre à ce qu’Israël poursuive son opération au Liban. Par rapport à l’Iran, le terme utilisé est celui de trêve et non de cessez-le-feu, ce qui signifie qu’une reprise des hostilités est possible ; il faut rester très prudent. Les acteurs régionaux ont compris la méthode de Trump qui consiste à nier toute difficulté, à imposer son narratif et à revendiquer la victoire quoi qu’il arrive.
La poursuite des opérations contre le Hezbollah peut-elle fragiliser la trêve ?
Benyamin Netanyahou est furieux de cette trêve qui ne fait pas du tout son jeu puisque son objectif était de faire durer le conflit pour affaiblir au maximum le régime qui est d’ailleurs en train de muer et de se rapprocher d’une forme de junte militaire dirigée par les Gardiens de la révolution. Par ailleurs, les priorités d’Israël, à savoir la question du nucléaire et les capacités balistiques de l’Iran sont des questions qui restent, pour l’instant, en suspens. En continuant de frapper durement le Hezbollah, Israël espère faire capoter cette trêve en offrant un prétexte à l’Iran pour reprendre les frappes sur Israël, ce qui permettrait à Benyamin Netanyahou de relancer les frappes sur l’Iran. Du point de vue Israélien, continuer à bombarder le Liban revient à poser la question stratégique à l’Iran de son rapport au Hezbollah et à ses proxys. Est-ce que le régime iranien laissera tomber le Hezbollah ? Ce qui affaiblirait le Hezbollah et l’inciterait à désarmer. Et si à l’inverse le régime iranien riposte sur Israël pour défendre son affidé libanais, cela permet à Israël de reprendre les frappes sur l’Iran.
Après cinq semaines de guerre, quelles sont encore les capacités d’action des proxys iraniens ?
Avec le Hezbollah, les Houthis et surtout les milices chiites en Irak, l’Iran peut toujours compter sur ses proxys pour faire passer ses messages et exercer une capacité de nuisance. La question centrale reste le comportement et le degré d’autonomie de ces proxys. Le Hezbollah continue à prendre des coups très violents et à s’affaiblir. Dès le 1er mars, des divergences existaient au sein du mouvement car certains jugeaient une implication contre Israël suicidaire. Au Yémen, les Houthis ne peuvent plus être ravitaillés par l’Iran. Ils se sont autonomisés depuis plusieurs mois et satisferont l’agenda de ceux qui leur livrent des armes ; certaines informations mentionnent des livraisons d’armes par la Russie. En revanche, les milices irakiennes restent au centre du jeu, notamment car la stabilité de l’Irak dépend de leur posture. Ce pays au centre du jeu régional n’a toujours pas de gouvernement cinq mois après les élections législatives de novembre et Nouri al-Maliki, candidat de l’Iran, reste en embuscade. L’avenir politique et institutionnel de l’Irak devrait d’ailleurs être évoqué dans les pourparlers entre Washington et Téhéran.
Est-ce que la question de la poursuite par Israël de sa guerre au Liban et du désarmement du Hezbollah peut faire partie des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran pour pérenniser la trêve ?
Ce n’est pas sûr que cette question soit poussée par les Etats Unis dans les négociations, car ce n’est pas sa priorité. Les priorités de la Maison Blanche restent le détroit d’Ormuz, l’apaisement des monarchies du Golfe et l’affaiblissement de la Chine et de son influence au Moyen-Orient. C’est pourquoi le gouvernement israélien se dit que s’il n’est pas autorisé à frapper l’Iran, il va se concentrer au maximum sur le Hezbollah.