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Trump en Chine : En déstabilisant l’ordre ancien, les États-Unis permettent à la Chine de se présenter comme la nouvelle force de stabilité

Le président Donald Trump entame ce mercredi une visite de deux jours en Chine dans un contexte international explosif (guerre au Moyen-Orient, tension sur les hydrocarbures, avenir de Taiwan). Pour Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'IRIS, auteur de « America 250 » (Point Nemo), cette visite s’inscrit dans le cadre d’une bascule géopolitique historique.
Steve Jourdin

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Peut-on parler de visite historique du président américain ?

Une visite en Chine revêt en soi un caractère très important. Mais il s’agit effectivement d’un voyage historique, car il intervient à un moment où l’Amérique n’a jamais été aussi isolée sur la scène internationale, tandis que la Chine n’a jamais autant incarné un pôle de stabilité.

Pour la première fois depuis des siècles, un dirigeant du monde occidental se rend en position de faiblesse auprès d’un autre dirigeant. C’est un bouleversement géopolitique majeur, un moment qui entérine la bascule d’un monde vers un autre. Il s’agit de la première visite d’un président américain venant rencontrer ce qui pourrait être le nouvel « empereur du monde », Xi Jinping.

Cet isolement et ce déclin américain sont-ils essentiellement dus à l’action de l’administration Trump, ou sont-ils prévisibles au regard de la place de plus en plus importante que la Chine occupe dans la marche du monde ?

Lorsque Donald Trump revient au pouvoir pour ce second mandat, il s’entoure d’idéologues qui ont pour objectif de mettre à bas le système international mis en place depuis 1945. Ils sont parvenus à isoler les États-Unis comme jamais auparavant : en mettant fin à de nombreuses aides à l’Afrique, laissant ainsi le champ libre à la Chine et à la Russie ; en menaçant d’annexer par la force un membre de l’OTAN, ce qui constitue une première historique et porte un coup de poignard à l’article 5 de l’Alliance atlantique ; et en poussant les Européens à se tourner vers d’autres partenaires.

Il s’agit d’un isolement à la fois diplomatique et idéologique. L’objectif de cette administration est de revenir à un système de relations bilatérales, dans lequel les organisations multilatérales sont marginalisées et les alliances deviennent purement circonstancielles. En déstabilisant l’ordre ancien, les États-Unis ont permis à la Chine de se présenter comme la nouvelle force de stabilité.

Le déclin des États-Unis sur la scène internationale était certes prévisible, mais Donald Trump en a considérablement accéléré le processus.

Dix-sept patrons d’entreprises américaines font partie du voyage. Trump part aussi pour faire du business…

Une grande partie de cette visite est en effet consacrée aux enjeux économiques. L’administration Trump espère obtenir des avantages concrets, conclure des accords avec la Chine, stabiliser la compétition entre Washington et Pékin, trouver des mécanismes de réciprocité et œuvrer au mieux pour l’économie américaine.

Trump ne s’y rend pas avec agressivité. Au contraire, il adoptera une posture d’apaisement, presque de demandeur. La relation est aujourd’hui déséquilibrée en faveur de la Chine. D’un point de vue économique, ce sont désormais les États-Unis qui ont davantage besoin de la Chine que l’inverse.

Comment les Américains perçoivent-ils ce déplacement ?

La situation intérieure est tellement difficile que cette visite d’État apparaît, pour l’opinion publique américaine, comme un déplacement parmi d’autres.

En revanche, les observateurs suivent cette visite avec énormément d’attention. Certains s’inquiètent des concessions que Donald Trump pourrait accorder à Pékin, par exemple au sujet de Tawain.

Quelles sont les lignes rouges américaines sur le dossier de Taïwan ?

Si Taïwan est attaqué, Washington n’interviendra pas militairement. Il faut voir les choses telles qu’elles sont : les États-Unis ne sont pas intervenus directement en Ukraine, ils n’ont pas envoyé de soldats au sol en Iran, et rien n’indique qu’ils seraient prêts à faire mourir des soldats américains pour Taïwan.

Washington finirait par rappeler que Taïwan n’est pas reconnu comme un État indépendant ni par l’ONU ni par l’Union européenne. En droit international, Pékin considère cette question comme une affaire intérieure.

L’intervention chinoise à Taïwan aura lieu un jour ; la seule inconnue porte sur la date. Les États-Unis protesteront, mais finiront par s’adapter à la réalité du terrain.

Ce qui se joue aussi pour Trump, c’est de sauver la face avant les midterm de novembre ?

Si Donald Trump revient de Chine avec de nombreux accords économiques et qu’il parvient à mettre en avant une relation apaisée avec Pékin, cela pourrait améliorer une image actuellement très dégradée.

Les élections de novembre ne seront pas gagnées grâce à cette seule visite. Ce qui pourrait réellement modifier la dynamique politique serait une sortie honorable du conflit iranien et des avancées sur d’autres dossiers internationaux, notamment Cuba. Mais au regard des sondages aujourd’hui, la véritable question est de savoir si les Républicains subiront une débâcle au Congrès, ou seulement une défaite limitée.

 

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