Ukraine : avec le dégel des avoirs russes, la France aura accordé près de 3 milliards d’euros d’aides en 2024, annonce Sébastien Lecornu

Auditionné par le Sénat, Sébastien Lecornu, le ministre des Armées et des Anciens combattants, a détaillé les modalités de financement du soutien apporté par Paris à Kiev, assurant que celui-ci n’allait pas impacter le budget de la Défense, l’un des rares en nette hausse pour 2025.
Romain David

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Avec un budget qui passe la barre symbolique des 50 milliards d’euros, la Défense est l’un des rares secteurs qui ne sera pas impacté en 2025 par les coupes budgétaires prévues par l’exécutif dans le projet de loi de finances. Conformément aux engagements pris dans la loi de programmation militaire (LPM) votée en 2023, le budget des armées va franchir l’année prochaine une nouvelle marche à 3,3 milliards d’euros, pour atteindre les 50,5 milliards, soit une hausse de 18 milliards depuis 2017. Auditionné ce mardi 15 octobre par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, le ministre Sébastien Lecornu a assuré aux élus que l’aide à l’Ukraine ne viendrait pas peser sur ces sommes, une préoccupation récurrente chez les parlementaires.

« Il n’est pas question de déprogrammer des choses dans la LPM pour aider l’Ukraine », a assuré le ministre des Armées. En 2022, année de déclenchement du conflit, l’aide française à l’Ukraine a représenté 1,7 milliard, en tenant compte de la valeur du matériel fourni, et 2,1 milliards en 2023. « En 2024, on sera entre deux et trois milliards, mais plus près de trois », a précisé le locataire de l’hôtel de Brienne, alors que Paris a garanti son soutien à Kiev dans un accord bilatéral de sécurité conclu en février dernier.

Sur cette somme, près de 300 millions seront issus des avoirs gelés russes, « un montant qui n’est pas anecdotique », a souligné Sébastien Lecornu. « Nous avons commencé à en profiter. Il est bien légitime que cet argent soit affecté à l’achat d’aide militaire pour l’Ukraine ».

Envoi de matériels

Par ailleurs, « une partie du financement est pris sur la sortie des vieux matériels de l’armée de terre qui va en Ukraine. Il est évident que c’est du matériel que l’on sort en bon état et que l’on maintient jusqu’au bout », a expliqué l’ancien LR. « Mais je vais être franc : s’il n’y avait pas eu la guerre en Ukraine, c’est du matériel que l’on aurait sûrement donné à des pays africains. »

Selon les chiffres présentés par le ministre, ce matériel a représenté 177 millions d’euros en 2023, et représentera un demi-milliard pour 2024. « L’année prochaine nous serons entre 600 et 700 millions d’euros ». La forte hausse constatée cette année, et celle attendue pour 2025, s’expliquent par une accélération sur l’introduction d’équipements neufs, telle que prévu par la loi de programmation.

Enfin, Kiev devrait également profiter du ralentissement de l’inflation, et de l’écart constaté entre les sommes provisionnées dans la loi de programmation et l’état réel du marché. « Ces gains d’inflation vont être dirigés sur l’aide en Ukraine. Ils représentent entre 400 et 600 millions d’euros cette année. Ils ne repartiront pas dans les caisses de l’Etat », a-t-il indiqué.

« Il y a un principe sur lequel on doit continuer à avancer : l’aide à l’Ukraine doit profiter à l’industrie de défense française. Beaucoup de pays européens achètent aux Etats-Unis pour aider l’Ukraine », a regretté le ministre des Armées. « Je rappelle quand même notre particularité : le soutien à l’Ukraine, c’est de l’activité pour les entreprises françaises », a-t-il fait valoir, évoquant « un énorme marché pour l’artillerie française dans les années à venir. »

De son côté, le sénateur LR Cédric Perrin, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, a regretté l’enlisement de la situation sur place. « Manifestement les pays occidentaux continuent de fixer leur aide à l’Ukraine à un niveau lui permettant de ne pas s’effondrer, mais pas de repousser son agresseur… »

« Pas de vente d’armes à Israël »

Questionné en fin d’audition par le sénateur socialiste Mickaël Vallet sur les ventes d’armes à Israël – la France ayant été accusée à plusieurs reprises de fournir du matériel offensif à l’Etat hébreu -, Sébastien Lecornu a tenu à opérer un recadrage devant les parlementaires. « Les choses sont simples : pas de ventes d’armes à Israël de manière globale. Pour une raison simple : Israël est un grand concurrent des industries françaises et Tsahal n’a pas besoin des industries françaises », a-t-il martelé.

« Oui, nous vendons des composants sur des systèmes défensifs, notamment le dôme de fer, des systèmes de roulement à billes, de ressorts, et nous assumons que les licences soient toujours en vigueur, là où d’autres voudraient que nous les arrêtions. Ces systèmes sont purement défensifs, ils ne peuvent pas être retournés contre qui que ce soit, il y va de la protection des civils », a-t-il expliqué.

Sébastien Lecornu a toutefois reconnu qu’il pouvait y avoir des cas de « réexports » sur certains matériels français, c’est-à-dire des équipements tricolores qu’Israël n’a pas été autorisé à utiliser, mais que Tel-Aviv peut néanmoins réexporter, notamment des pièces métalliques servant à relier les munitions des fusils automatiques mitrailleurs. « Evidemment Disclose et autres Mediapart jettent la suspicion en disant que c’est un moyen déguisé d’approvisionnement de Tsahal, mais si ces gens étaient rigoureux on s’en serait rendu compte depuis le temps, s’ils étaient honnêtes intellectuellement aussi ! », s’est agacé le ministre.

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