Belgium EU Summit
Hungary's Prime Minister Viktor Orban speaks with the media as he arrives for an EU summit at the European Council building in Brussels, Thursday, Oct. 26, 2023. European Union leaders gather Thursday for a two day meeting to discuss, among other issues, Ukraine and the impact of the war between Israel and Hamas. (AP Photo/Virginia Mayo)/VLM109/23299433537291//2310261414

Ukraine, Gaza : l’Union européenne en quête d’unité face aux populistes pro-russes

Jeudi 26 octobre, à Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement ont établi une position commune sur le conflit entre Israël et le Hamas. Les 27 demandent « des couloirs et des pauses humanitaires » à Gaza. Un consensus qui peine à apparaître au sujet de la guerre en Ukraine.
Rose-Amélie Bécel

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Il aura fallu cinq heures de débat et plusieurs semaines de divergences pour que les 27 parviennent à élaborer une position commune sur Gaza, où la situation humanitaire se dégrade de jour en jour suite aux frappes israéliennes en représailles à l’attaque du Hamas le 7 octobre.

Finalement, à 21h30 ce jeudi, le Conseil européen s’est accordé sur un communiqué commun, où il se déclare « vivement préoccupé par la détérioration de la situation humanitaire à Gaza et demande que l’accès humanitaire soit continu, rapide, sûr et sans entrave et que l’aide parvienne à ceux qui en ont besoin au moyen de toutes les mesures nécessaires, y compris des couloirs et des pauses humanitaires pour répondre aux besoins humanitaires ».

Les chefs d’État et de gouvernement réaffirment en parallèle le droit d’Israël à se défendre et réclament la libération sans condition des otages détenus par le Hamas. Enfin, ils soutiennent également la demande d’organisation prochaine d’une « conférence pour la paix », souhaitée par le président égyptien al-Sissi.

Sur Gaza, une position unanime mais tardive

À Bruxelles, les discussions ont notamment tourné autour du choix des mots à employer pour qualifier la position des 27 sur la situation à Gaza. « Cessez-le-feu » ? Le terme, défendu par les pays les plus sensibles à la cause palestinienne – Irlande, Portugal et Espagne – n’a pas été retenu. Les plus proches alliés d’Israël – l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie en tête – ont considéré qu’il s’agirait d’une remise en cause du droit de l’État hébreu à se défendre. C’est finalement le terme de « pauses », au pluriel, qui s’est imposé. « On a eu un débat très long sur un pluriel ou un singulier », s’est agacé Emmanuel Macron en conférence de presse ce vendredi, tout en contribuant au débat sémantique puisqu’il appelle de son côté à une « trêve humanitaire ».

Finalement, l’unanimité de la déclaration du Conseil européen ce 26 octobre ne dissimule pas la cacophonie qui a caractérisé l’Union dans ses premières réactions face au conflit. Pour Patrick Martin-Genier, enseignant à Science Po et spécialiste des questions européennes, la guerre entre Israël et le Hamas a ouvert une « crise diplomatique et institutionnelle au sein de l’Union européenne ».

Une crise qui s’illustre par les rivalités entre Charles Michel, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, notamment depuis la visite de cette dernière en Israël le 13 octobre dernier. « Von der Leyen est allée défendre des positions politiques à Tel-Aviv, comme si elle était responsable de la politique étrangère de l’Union européenne alors qu’elle ne l’est pas. Elle peut représenter la Commission à l’étranger, mais lors de sa visite elle a fait preuve d’une grande maladresse en insistant sur le droit d’Israël à se défendre, sans mentionner l’importance de la protection des civils », rappelle Patrick Martin-Genier.

Le soutien à l’Ukraine remis en cause par les populistes

Si elle n’a pas fait l’objet d’annonces importantes des 27 lors de ce Conseil européen, l’Ukraine n’a pas disparu des agendas. « L’Europe est aux côtés de l’Ukraine », a tenu à faire savoir le chancelier allemand Olaf Scholz lors de la réunion. Pourtant, plusieurs signaux montrent que le soutien au pays envahi par la Russie est plus que jamais remis en question. Le 17 octobre, en marge d’un sommet à Pékin, l’image de Viktor Orban serrant la main de Vladimir Poutine a fait le tour du monde. Au Conseil européen, le Premier ministre hongrois s’est dit « fier » de « garder ouverte » la communication avec Moscou. Ce vendredi, le président français a indiqué de son côté ne pas souhaiter « juger » cette poignée de main, tout en demandant qu’on « n’utilise pas ces contacts bilatéraux pour négocier des choses (…) qui viendraient affaiblir l’unité qui est la nôtre ».

Opposé à la décision européenne de débloquer 50 milliards d’euros d’aide financière à l’Ukraine entre 2024 et 2027, Viktor Orban est rejoint dans ses positions pro-russes par un nouveau venu au Conseil européen : Robert Fico, élu Premier ministre de la Slovaquie le 30 septembre. Pendant sa campagne, il s’est opposé au renouvellement de sanctions contre la Russie et au soutien militaire de l’Ukraine. Pour Patrick Martin-Genier, « même si politiquement, le soutien de l’Ukraine n’est pas remis en cause au niveau européen, la position du pays est grandement fragilisée ».

Toutefois, « ce qui intéresse Orban, c’est son argent du plan de relance européen, il est donc prêt à des concessions », temporise Patrick Martin-Genier. En effet, même si le Premier ministre hongrois se désolidarise souvent de ses partenaires européens au sujet de l’Ukraine, il est jusqu’à présent toujours rentré dans le rang au moment des votes. Cette fois ci, le pays pourrait conditionner son soutien à l’Ukraine au dégel des 13 milliards d’euros de fonds du plan de relance européen qui lui reviennent, suspendus par la Commission européenne en raison du non-respect des principes de l’État de droit. Mais l’ouverture d’éventuelles négociations pour l’intégration de l’Ukraine à l’Union européenne au mois de décembre risque de nourrir davantage les divisions entre États membres.

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