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Ukraine : Macron joue sur la corde sensible de « la grandeur américaine pour amadouer Trump »

Dans un échange avec les Français diffusé sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron a défini la stratégie qu’il compte appliquer de son entretien prévu avec Donald Trump à Washington, lundi. Le chef de l’Etat français a choisi la carte de la proximité et de la rationalité pour infléchir la position américaine sur le dossier ukrainien.
Simon Barbarit

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La forme est quelque peu inédite. Emmanuel Macron a répondu en direct sur ses réseaux sociaux aux interrogations des Français sur « l’Ukraine et la sécurité en Europe ». A cette occasion, le chef de l’Etat Français a abordé l’enjeu de sa rencontre avec Donald Trump prévue lundi à Washington. Depuis son investiture à la Maison Blanche, les Etats-Unis se rapprochent progressivement de la Russie pour un règlement bilatéral du conflit en Ukraine.

Alors que le président américain multiplie les attaques violentes contre Volodymyr Zelensky et manifeste sa volonté de marginaliser les Européens dans le règlement de ce conflit, Emmanuel Macron entend lui faire entendre raison. « Je vais lui dire : tu ne peux pas être faible face au président Poutine. Ce n’est pas toi, ce n’est pas ta marque de fabrique, ce n’est pas ton intérêt », a dévoilé Emmanuel Macron avant de poursuivre : « Comment être crédible face à la Chine, si tu es faible devant Poutine. Toi qui veux que l’Iran n’acquière pas la bombe nucléaire, tu ne peux pas être faible avec quelqu’un qui est train de l’aider à l’acquérir. Toi qui veux que la Chine ne vienne pas contester Taïwan. Comment expliquer que la Chine n’ait pas le droit d’envahir Taïwan et que la Russie aurait le droit d’envahir l’Ukraine ? ».

« Le tutoiement est utilisé par Emmanuel Macron pour mettre en scène sa proximité avec les grands de ce monde »

On relève ici le tutoiement utilisé par Emmanuel Macron lorsqu’il s’adresse à Donald Trump qu’il « connaît ». « C’est quelqu’un que je respecte et qui, je crois, me respecte », a-t-il souligné précisant qu’ils se parlaient au moins une fois par semaine depuis son retour à la Maison Blanche. « Le tutoiement est utilisé par Emmanuel Macron pour mettre en scène sa proximité avec les grands de ce monde. C’est adressé au public français puisque le tutoiement n’existe pas en langue anglaise », observe de prime abord, Lauric Henneton, maître de conférences à l’université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines et spécialiste des États-Unis.

Maud Quessard, directrice du domaine Europe, Espace transatlantique, Russie de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) relève de son côté qu’Emmanuel Macron « utilise le canal d’information privilégié de Donald Trump et d’Elon Musk, en l’occurrence X. Pas besoin d’être un grand stratège pour voir que le ciblage du public est double, à la fois les Français et l’administration américaine. Emmanuel Macron met en scène une complicité de forme avec Donald Trump. Ce qui est important, c’est que le message est concis et clair ».

« On ne sait pas si la rationalité est le bon angle d’attaque pour négocier avec Donald Trump »

En ce qui concerne le fond du message justement, on entend un président Français tenter d’arrondir les angles avec son homologue américain « qui a son tempérament ». « Emmanuel Macron fait le choix de ne pas attaquer frontalement Donald Trump. Il a raison car dans un premier temps, cette stratégie serait improductive. Il essaye de l’amadouer en allant sur le terrain de la grandeur des Etats-Unis que le locataire de la Maison Blanche mettrait à mal en laissant Poutine avoir les mains libres en Ukraine. Les arguments d’Emmanuel Macron sont rationnels. Mais on ne sait pas si a rationalité est le bon angle d’attaque pour négocier avec Donald Trump. On a vu que le Donald Trump ne s’embarrasse pas toujours de la réalité. Par exemple, les chiffres qu’il cite en parlant de l’aide américaine aux Européens sont complètement faux. Il qualifie aussi Zelensky de dictateur sans élection alors que le dirigeant ukrainien n’est pas du tout perçu comme ça dans l’opinion publique ukrainienne. C’est une loi martiale et la guerre qui empêchent la tenue de nouvelles élections ».

Maud Quessard met, elle aussi, en avant l’enjeu de la rationalité dans ces pourparlers. « Pour nous, Français, le conflit ukrainien, c’est la menace russe sur l’Europe. Pour les Américains, le conflit ukrainien, c’est une contrainte financière mais aussi politique, car ce qui importe vraiment pour eux, c’est leur relation avec la Chine. En ce sens, la comparaison d’Emmanuel Macron avec Taïwan est pertinente. L’Ukraine est un conflit globalisé qui répond à des jeux d’alliances. On sait par exemple que la Chine a soutenu l’envoi de soldats nord-coréens combattre du côté des Russes. Si les Etats-Unis ne sont plus une garantie de parapluie militaire en Europe, ils perdent aussi leur crédibilité auprès de leurs alliés et partenaires en Asie du Sud Est. Ce sont des arguments rationnels, mais le problème, c’est que la relation de Donald Trump et de Vladimir Poutine ne l’est pas. Emmanuel Macron essaye de ne pas rompre le canal diplomatique et a compris qu’on discute d’une certaine façon avec les autocrates ».

 

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