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Ukraine : « On pourra dire que les menaces américaines sont crédibles le jour où les Russes changeront d’attitude », affirme Olivier Kempf

A l’approche de l’ultimatum de Donald Trump fixé au 8 août, l’émissaire du président américain doit rencontrer Vladimir Poutine cette semaine. Malgré les menaces américaines, la Russie ne semble pas prête à négocier un cessez-le-feu. Explications avec Olivier Kempf, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique.
Henri Clavier

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Donald Trump a donné jusqu’au 8 août à la Russie pour revenir à la table des négociations afin de rechercher une issue pacifique au conflit en Ukraine. Pour appuyer son ultimatum, le président américain menace les pays tiers qui commercent encore avec la Russie de sanctions économiques et de droits de douane. L’Inde et la Chine, qui continuent d’acheter des hydrocarbures russes, sont notamment visés. Le milliardaire républicain a également fait savoir que deux sous-marins nucléaires se trouvaient désormais « dans la région », sans préciser laquelle.

Face à ce pic de tensions, l’émissaire de Donald Trump, Steve Witkoff doit se rendre à Moscou « mercredi ou jeudi » pour rencontrer Vladimir Poutine. Une visite jugée « importante et utile » par le Kremlin. Le président russe a déjà rencontré Steve Witkoff à plusieurs reprises à Moscou, mais les efforts de Donald Trump pour rétablir le dialogue avec le Kremlin n’ont pas porté de fruits. 

Alors que la Russie a effectué un nombre record de frappes de drones et de missiles sur l’Ukraine en juillet, la position américaine ne semble pas pouvoir faire plier Vladimir Poutine. Analyse et éléments de réponse avec Olivier Kempf, directeur du cabinet stratégique La Vigie et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. Entretien.

Les menaces de Donald Trump peuvent-elles favoriser la reprise des négociations ?

C’est un signe que Trump fait du bruit. La dernière séance de négociations, n’a même pas duré une heure. On n’est plus vraiment sur des négociations. Aucune partie ne veut négocier, ni l’Ukraine ni la Russie. Le Kremlin va recevoir Steve Witkoff et à nouveau présenter ses conditions de négociation qui s’apparentent à une capitulation de l’Ukraine, et qui sont donc inacceptables. Pour Donald Trump, c’est une énième gesticulation, une façon de s’adresser à l’opinion publique.

Donald Trump menace d’une nouvelle augmentation de la surtaxe sur les produits indiens, menacer les pays tiers ne peut pas avoir d’effet ?

Si vous regardez les pays en bons termes avec la Russie et qui aident directement ou indirectement Vladimir Poutine dans son effort de guerre, il y a la Corée du Nord et l’Iran qui sont déjà sous sanctions. Donc a priori ça ne devrait pas changer leur soutien à Poutine. Ensuite, il y a la Chine et l’Inde qui continuent de commercer avec la Russie, mais les Etats-Unis ont-ils vraiment les moyens de faire pression sur ces deux Etats ? Non. Trump brandit la menace de droits de douane sur la Chine et l’Inde, mais ces deux États ont des moyens de rétorsion énormes sur les Etats-Unis. Par ailleurs, la Chine et l’Inde sont déjà soumis, respectivement, à des droits de douane à hauteur de 45 % et 25 %. On pourra dire que les menaces américaines sont crédibles le jour où les Russes changeront d’attitude. Ils ont un peu baissé l’intensité de leurs activités en Ukraine en février lorsqu’ils pensaient qu’ils pouvaient atteindre leurs objectifs grâce à la médiation des Etats-Unis. Par ailleurs, d’une manière générale l’arme des sanctions ne fonctionne pas, l’Union européenne a pris 18 paquets de sanctions et les effets sont très limités alors même que le volume d’échange entre la Russie et l’Union européenne était important.

La parole de Donald Trump n’est pas prise au sérieux ?

Les Russes ne sont pas dans une position assez délicate pour prendre peur des cris de Donald Trump qui depuis six mois ne cesse de faire des déclarations erratiques sans pour autant passer à l’acte. Si les Russes ne font rien d’ici le 8 août, on atteindra effectivement la fin d’un nouvel ultimatum. Le problème réside dans la crédibilité de la parole du Président américain. C’est la cinquième fois qu’il pose une date butoir, une échéance à l’issue de laquelle il assure qu’il prendra des sanctions. Mais comme les fois précédentes, il n’y a aucune raison que cela fonctionne.

Donc la Russie n’a aucune raison d’atténuer ses opérations en Ukraine ? 

L’armée russe est en passe d’atteindre ses objectifs militaires sur le terrain, donc ils n’ont pas intérêt aux négociations. Aujourd’hui, les Russes ont réorganisé leur industrie de défense, leurs actions sont économes en hommes et ils en perdent probablement moins que les Ukrainiens. Par ailleurs, ils ont un avantage en matière d’artillerie et même en termes de drones. Ce que l’on voit aujourd’hui sur le terrain c’est que les Ukrainiens sont plus en difficulté que les Russes.

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