Ukraine : « Tout l’enjeu est désormais de faire durer la solidarité »

Après 500 jours de combats, le Sénat organisait une table ronde sur le rôle des collectivités françaises et ukrainiennes dans la résistance à l’agression russe. La solidarité des territoires français envers leurs homologues ukrainiens a été très forte, et tout l’enjeu désormais est de la maintenir pour commencer à envisager la reconstruction de l’Ukraine.
Henri Clavier

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 « Nous n’oublierons pas votre aide inestimable », déclare Vitaly Maletsy, maire de Kremenchuk qui salue, dans son propos, l’implication des collectivités territoriales françaises dans l’aide apportée à l’Ukraine. Après avoir accueilli Ruslan Stefanchouk, président de la Rada (le parlement ukrainien), le Sénat, dans son rôle de représentant des collectivités territoriales, a souhaité mettre en exergue les rapprochements et la coopération entre les collectivités locales françaises et ukrainiennes. A travers un message lu en introduction de la table ronde, le président du Sénat, Gérard Larcher salue « les autorités locales ukrainiennes, les maires, les gouverneurs qui sont avec le président Zelensky, l’âme de la résistance. « Nous devons maintenir la flamme de la solidarité », ajoute Gérard Larcher.

Des collectivités « pleinement engagées pour faire vivre la coopération décentralisée »

En plus des armes fournies à l’Ukraine par la France, les collectivités territoriales ont été « pleinement engagées pour faire vivre la coopération décentralisée », explique Nadia Sollogoub, sénatrice de la Nièvre et présidente du groupe d’amitié France-Ukraine. Roger Karoutchi, premier vice-président du Sénat, perçoit dans l’implication des collectivités territoriales dans le soutien à l’Ukraine un « défi auquel les collectivités territoriales doivent répondre en resserrant les liens ». Les différents intervenants ont pointé la faculté de la coopération décentralisée et de l’action extérieure des collectivités territoriales de s’inscrire dans une approche multiniveaux et de compléter la politique de solidarité menée par l’Etat.

Ces actions de solidarité, menées par les collectivités territoriales, permettent également de fournir une aide concrète sur le terrain mais aussi de « tisser un réseau de solidarité sur lequel les Ukrainiens peuvent s’appuyer », souligne Nadia Sollogoub. A ce titre, la ville de Strasbourg a pu acheminer un convoi humanitaire, dès le 6 mars 2022. Les intervenants saluent la dimension concrète des actions menées et notamment « l’élan des collectivités territoriales grâce auquel nous sommes arrivés à collecter plus de 8 000 tonnes de matériel en quatre semaines. Ce qui a été notre force, c’est notre proximité et la capacité que nous avons à être pragmatiques, l’élu est le praticien de la République, il a cette capacité à s’adapter rapidement » considère François Richez, président de la fédération nationale de Protection civile.

Une solidarité massive

 « Plus de 1800 collectivités territoriales ont abondé le FACECO (fonds d’action extérieure des collectivités territoriales) et ont apporté plus de 11 millions d’euros », se félicite Jean-Paul Guihaumé, ambassadeur, délégué pour l’Action extérieure des collectivités territoriales. Thibaud Guignard, maire de Ploeuc-l’Hermitage et co-président de la commission Europe de l’AMF rappelle « le rôle majeur joué par l’échelon municipal avec la mise à disposition de logement, de repas et la scolarisation des enfants réfugiés ». Un élan sur lequel les différents acteurs locaux souhaitent capitaliser afin de renforcer durablement les liens entre les collectivités françaises et ukrainiennes. Si Vadym Omelchenko, ambassadeur d’Ukraine en France, se réjouit de la multiplication des jumelages et des partenariats entre les régions françaises et ukrainiennes depuis le début de la guerre, tout l’enjeu est désormais de faire durer la solidarité. En effet, pour l’année 2023, l’élan de solidarité semble moins significatif qu’en 2022 à en croire Jean-Paul Guihaumé. « Aujourd’hui il y a entre 25 et 30 villes qui ont des partenariats avec des villes ukrainiennes », rappelle Philippe Laurent, maire de Sceaux. Une manière de dire que l’effort ne fait que commencer.

Anticiper et participer à la reconstruction

 « Dans l’urgence, nous parlons en termes d’armes mais depuis quelques mois, à chaque réunion des ambassadeurs, une question de l’ordre du jour porte sur la reconstruction de l’Ukraine », déclare Vadym Omelchenko afin de faire comprendre que la partie la plus difficile et longue sera la reconstruction de l’Ukraine. Dans ce cadre, les collectivités territoriales peuvent être amenées à jouer un rôle précieux que cela soit par l’échange de bonnes pratiques ou en « parrainant les collectivités ukrainiennes et financer des projets de reconstruction ». Un chantier d’une ampleur colossale puisque selon les premières estimations « plus de 80 000 sites ont été détruits par la guerre sur les territoires libérés ». Jean-François Rapin, président de la commission des affaires européennes informe également que « rien que pour les opérations de déminage le coût est estimé à 38 milliards d’euros ». Surtout, « les collectivités territoriales peuvent jouer le rôle de tiers de confiance pour mobiliser des financements, notamment européens », explique Thibaut Guignard.

 « En filigrane, c’est le sujet de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne qui est en jeu »

 « En filigrane, c’est le sujet de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne qui est en jeu, nos collectivités ont tout intérêt à s’impliquer dans ces projets », affirme Jean-François Rapin pour qui le rapprochement des collectivités territoriales françaises et ukrainiennes constitue une étape vers l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Une position partagée par Vitaly Maletsy qui y voit une occasion de « se préparer au cadre d’exigence de l’Union européenne et donc anticiper une adhésion ». Une adhésion à l’Union européenne permettrait assurément de faciliter la reconstruction du pays où « malgré la guerre il y a un climat d’investissement très favorable », fait savoir Vitaly Maletsy.

 

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