Donald Trump osera-t-il recourir une nouvelle fois à la force ? Ces derniers jours, le président américain laisse planer la menace d’une intervention militaire contre l’Iran, tout en appelant le régime des mollahs à « trouver un accord » avec Washington pour éviter une confrontation. Ces dernières semaines, en guise d’avertissement, celui-ci a fait déployer d’importants moyens aériens et navals dans la zone. « Comme toujours avec Donald Trump, c’est une affaire de deal », schématise Gilles Kepel, professeur des universités et spécialiste du monde arabe, invité ce lundi 2 février de la matinale de Public Sénat. « Toutes les préparations sont faites pour mettre la pression maximale sur Téhéran, pour les contraindre à une négociation. »
Craintes des alliés américains dans le Golfe
Le milliardaire républicain n’en serait pas à son coup d’essai militaire dans la région. En juin dernier, il avait ordonné des frappes aériennes sur trois sites liés au programme nucléaire iranien, dans le sillage de nombreux bombardements israéliens. Une opération qui avait considérablement affaibli Téhéran, tout en affichant ses limites en matière de défense antiaérienne. Mais aujourd’hui, la République islamique agite le risque d’une possible extension du conflit à tout le Moyen-Orient pour dissuader Donald Trump de passer à l’action. « Les Américains doivent savoir que s’ils déclenchent une guerre, cette fois-ci ce sera une guerre régionale », a ainsi promis dimanche le guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei.
Qatar, Emirats arabes unis, Arabie saoudite… Les pays alliés à Washington s’inquiètent de la déflagration que pourrait créer une nouvelle opération militaire initiée par Donald Trump. Malgré sa proximité avec les Etats-Unis, Riyad a notamment informé Téhéran qu’il n’autoriserait pas le lancement de frappes américaines depuis son territoire. « Le régime saoudien ne peut pas se permettre de se laisser entraîner dans une situation où son pétrole serait bloqué », précise Gilles Kepel. « Certes, ça ferait monter le prix du baril, mais s’il ne peut pas circuler, ce n’est pas terrible… »
Un rôle israélien en question
Israël, ennemi juré de l’Iran, pourrait-il appuyer une nouvelle intervention américaine ? Sa capacité de défense en cas de riposte iranienne n’est pas aussi claire qu’à l’été dernier. En effet, lors de cette « guerre des 12 jours », « Israël a utilisé le Dôme de fer », son bouclier antimissiles aériens, contre les tirs iraniens, rappelle Gilles Kepel. Or, à l’époque, Téhéran a « envoyé beaucoup de leurres », contraignant l’Etat hébreu à les détruire, y compris au moyen de missiles très onéreux. De quoi s’interroger sur la question de savoir si ce système de protection « a été reconstitué de manière suffisante pour résister à l’attaque de missiles que l’Iran serait en état de donner », poursuit l’expert. « Ça, on ne le sait pas. »
Tant de facteurs à prendre en compte par Donald Trump avant de choisir, ou non, l’option militaire contre le régime des mollahs. Dans ce rapport de force complexe, l’Iran risque de jouer la montre pour éviter de se rendre à la table des discussions. Un scénario « que les Iraniens veulent retarder le plus possible puisque les demandes des Etats-Unis vont équivaloir, plus ou moins, à une capitulation en termes militaires », explique Gilles Kepel. Au-delà de ces menaces américaines, l’Iran tente d’afficher sa fermeté, quelques semaines après des manifestations d’ampleur qui ont déjà considérablement fragilisé le pouvoir en place à Téhéran. Une contestation réprimée dans le sang par le régime. Selon les sources, le bilan de ces violences se chiffrerait en milliers, voire en dizaines de milliers de morts.