Leaders Attend the 2nd Day of G7 summit in Hiroshima, Japan – 20 May 2023
Mandatory Credit: Photo by G7 Hiroshima Summit/UPI/Shutterstock (13921847n) India's Prime Minister Narendra Modi (L), speaks with France's President Emmanuel Macron, after they attended the second day of the G7 summit meeting on Saturday May 20, 2023 in Hiroshima, Japan. Japan hosts The G7 summit in Hiroshima from 19-22 May. Leaders Attend the 2nd Day of G7 summit in Hiroshima, Japan - 20 May 2023/shutterstock_editorial_Leaders_Attend_the_2nd_Day_of_13921847n//2305201342

Visite de Narendra Modi pour le 14 juillet : « Il y a une volonté de montrer que la France considère l’Inde comme un partenaire stratégique et une puissance majeure »

Le premier ministre indien, Narendra Modi, sera l’invité d’honneur du défilé du 14 juillet. Plusieurs entretiens bilatéraux sont prévus entre les deux dirigeants pour une visite qui s’annonce hautement stratégique. Quels sont les véritables enjeux de la réception de Narendra Modi ? Explications avec Melissa Levaillant, chercheuse spécialiste de la politique étrangère de l’Inde et ancienne directrice adjointe des études et de la recherche à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
Henri Clavier

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Pourquoi la France a décidé d’inviter Narendra Modi pour le défilé du 14 juillet quand on connaît les critiques dont il fait l’objet sur le plan démocratique ?

Il y a une volonté du gouvernement français de montrer que la France considère l’Inde comme un partenaire stratégique et comme une puissance majeure. A cet égard, la forme de la réception est cruciale et montre la considération apportée à l’Inde. Ensuite, le 14 juillet est scruté à l’international, donc là aussi c’est une reconnaissance majeure pour Narendra Modi. L’enjeu est aussi d’approfondir un partenariat stratégique solide qui dure depuis 25 ans. On parle aussi, en Inde, du futur de ce partenariat sur les 25 prochaines années, donc ça démontre une certaine confiance entre les deux Etats.

Quel est le périmètre du partenariat stratégique ?

Le partenariat stratégique porte principalement sur les questions de sécurité au sens large puisqu’il y a des aspects relatifs à la défense, au cyber, à la sécurité navale, ou encore au domaine spatial. Maintenant, la perspective pour l’Inde, dans ce partenariat, c’est aussi d’approfondir la collaboration avec la France et d’obtenir davantage de transfert de technologies de pointe. Des contrats d’armement devraient être signés et pourraient acter un renforcement de la collaboration dans l’indo-pacifique.

En dehors du partenariat, quels sont les intérêts communs avec l’Inde ?

Au-delà des contrats d’armement, il y a une vraie convergence sur les questions stratégiques et de sécurité, plus globalement, il existe une préoccupation commune sur l’état du monde. Les intérêts communs entre l’Inde et la France sont trop importants pour être ignorés, ce qui explique aussi l’invitation d’un dirigeant critiqué. Les deux Etats cherchent à porter une politique étrangère de non-alignement et avoir un positionnement propre sur le conflit sino-américain. Il y a un rapport similaire aux Etats-Unis dans la mesure où chacun des deux pays a des liens importants avec les Américains, notamment sur les questions de défense. Mais l’Inde a toujours été très claire sur la nature du rapport avec les Etats-Unis et que la coopération ne signifiait pas un suivi aveugle des positions américaines. Cet état de fait facilite une proximité naturelle entre la France et l’Inde. Emmanuel Macron et Narendra Modi revendiquent tous les deux une véritable autonomie stratégique et souhaitent développer une position spécifique dans l’indo-pacifique.

Pourquoi une telle convergence sur la zone indo-pacifique ?

Du point de vue français, l’Inde est devenue incontournable pour la stratégie d’influence dans la zone indo-pacifique. Dans la doctrine française, on identifie trois partenaires potentiels, l’Australie, le Japon et l’Inde. Pour l’Australie, la conclusion de l’Aukus entre l’Australie, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, a fragilisé la position de la France dans la région. L’inde a l’avantage d’être très investi dans l’océan indien et partage la volonté de maintenir un ordre international inclusif fondé sur le droit.

 Est-ce que les positions ambiguës de l’Inde par rapport à la guerre en Ukraine peuvent être un obstacle à un rapprochement plus prononcé ?

Effectivement, l’Inde n’a pas ouvertement condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il y a plusieurs raisons à cela, d’une part l’Inde entretient des liens étroits avec la Russie depuis la période soviétique. D’autre part, l’Inde n’a jamais appliqué d’autres sanctions internationales que celle des Nations Unies, donc l’Inde est parvenue à faire comprendre aux Européens comme aux Américains qu’il n’était pas possible de renoncer aux hydrocarbures russes.

Quelle est la vision de Narendra Modi pour l’Inde ?

La politique étrangère de l’Inde, celle de Narendra Modi ne fait pas exception, vise la reconnaissance en tant que puissance mondiale. Il n’y a pas, sur ce point, de véritable rupture par rapport à ses prédécesseurs. La politique étrangère de Narendra Modi s’inscrit dans la continuité depuis 1947, il y a un changement de style dans le discours avec des accents très nationalistes, mais dans les actes il n’y a pas de révolution.

Quel rôle joue la rivalité avec la Chine dans le déploiement de la politique étrangère indienne ?

La rivalité avec la Chine est extrêmement structurante pour l’Inde. Sur le plan militaire déjà puisque la situation reste tendue entre les deux pays depuis les affrontements de 2020. L’Inde a également intérêt à contrer cette stratégie d’influence de la Chine dans le voisinage indien. En déployant sa stratégie des routes de la soie en Asie, la Chine accorde énormément de prêts aux États d’Asie du sud et de l’est pour les rendre dépendants de la puissance financière chinoise. L’Inde se perçoit comme un contre-pouvoir à l’influence chinoise et, par exemple, dans une interview accordée au journal Les Echos, Narendra Modi dit clairement que son pays doit incarner sur certains sujets une forme de leadership pour les Etats du Sud. Il précise bien que ce leadership doit être partagé et ne cherche pas à développer une posture hégémonique.

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