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8994452 03.09.2025 Russian President Vladimir Putin, Kazakh President Kassym-Jomart Tokayev, Chinese President Xi Jinping and Uzbek President Shavkat Mirziyoyev arrive to attend a military parade marking the 80th anniversary of victory in the Chinese People's War of Resistance against Japanese Aggression and the end of World War Two, in Tiananmen Square in Beijing, China. Alexander Kazakov / Sputnik//SPUTNIK_8994452_68b7b4c741ec0/Credit:Alexander Kazakov/SPUTNIK/SIPA/2509030756

Visite de Poutine en Chine : « Pékin a un intérêt objectif à ce que la guerre en Ukraine se prolonge »

Dans le sillage de Donald Trump, le président russe Vladimir Poutine arrive mardi soir en Chine pour discuter des moyens de « renforcer » le partenariat stratégique entre les deux pays. Selon Pierre-Antoine Donnet, rédacteur en chef de Asia Magazine, « Pékin a un intérêt objectif à ce que la guerre en Ukraine se prolonge. »
Steve Jourdin

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Vladimir Poutine entame ce mardi une visite de 48 heures en Chine. Qu’attendre de ce déplacement ?

Cette visite était prévue de longue date. Il ne faut donc pas y voir une réaction improvisée à la récente visite de Donald Trump à Pékin. La concomitance des deux événements est surtout symbolique. Ce déplacement sera avant tout l’occasion pour Vladimir Poutine et Xi Jinping de réaffirmer la solidité de leur relation. Il n’est absolument pas question, pour la Chine, de modifier sa politique à l’égard de la Russie. Pékin estime avoir obtenu de Donald Trump certaines concessions initiales, mais cela ne remet pas en cause son soutien stratégique à Moscou.

Selon certaines informations, Xi Jinping aurait évoqué Vladimir Poutine devant Donald Trump, en laissant entendre que le président russe pourrait un jour regretter son aventure ukrainienne. Mais cela relève essentiellement du registre diplomatique. Sur le fond, la Chine tient à préserver ses liens avec la Russie, une relation profondément asymétrique dans laquelle Pékin occupe clairement la position dominante. Cette relation lui procure des avantages considérables sur les plans économique, énergétique et géopolitique.

 

La relation entre les deux pays est-elle au beau fixe malgré ce déséquilibre ?

Oui, incontestablement. Sur le plan économique, les importations chinoises d’hydrocarbures russes ont fortement progressé, notamment pour compenser les perturbations des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient.

Sur le plan géopolitique, Pékin considère que Washington n’a opposé aucune résistance sérieuse à certaines demandes de Xi Jinping. Dans ce contexte, la Chine n’a aucune raison de revoir sa stratégie vis-à-vis de la Russie.

 

C’est une alliance, basé sur une convergence de vues ?

Il s’agit d’une alliance de circonstance, extrêmement utile aux deux parties, mais qui va bien au-delà d’un simple partenariat. Il faut rappeler une déclaration particulièrement révélatrice de Wang Yi, véritable numéro deux de la diplomatie chinoise. En juillet dernier, il affirmait que « la Chine ne peut pas se permettre une défaite de la Russie en Ukraine ».

Cette phrase traduit une réalité stratégique fondamentale : Pékin a un intérêt objectif à ce que la guerre se prolonge. Le conflit mobilise les ressources occidentales, détourne l’attention de l’Europe et des États-Unis de l’Asie orientale et offre à la Chine un temps précieux pour renforcer son économie, son armée et son influence internationale. Plus la guerre dure, plus la Chine gagne du temps, et plus elle se renforce.

 

Quel est le rôle concret de la Chine dans la guerre en Ukraine ?

La Chine fournit à la Russie de nombreux composants à double usage, notamment des éléments électroniques et des équipements susceptibles d’être utilisés à des fins militaires.

Sans ce soutien, qu’il soit technologique, industriel ou économique, la Russie aurait beaucoup plus de difficultés à poursuivre son effort de guerre. L’aide chinoise permet également à l’économie russe de résister malgré les sanctions occidentales et les attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques.

 

Vladimir Poutine et Xi Jinping s’apprécient-ils personnellement ?

Les deux dirigeants se connaissent extrêmement bien. Ils se sont rencontrés à de nombreuses reprises. Le moment clé de leur rapprochement reste leur entretien du 4 février 2022, quelques semaines avant l’invasion de l’Ukraine. À cette occasion, ils avaient proclamé une « coopération sans limite ».

Cette formule n’était pas purement rhétorique. Elle signifiait que Pékin avait sans doute été informé des intentions de Moscou. Depuis le début du conflit, la Chine n’a jamais condamné l’invasion russe. Xi Jinping est convaincu du déclin progressif des États-Unis. Sa stratégie s’inscrit dans le temps long. Face à Donald Trump, qui privilégie les accords immédiats, Pékin avance patiemment et consolide méthodiquement ses positions.

 

Pourquoi Pékin freine-t-il sur le projet de gazoduc Power of Siberia 2, ce gigantesque oléoduc censé relier les deux pays ?

La Chine exige que la Russie finance elle-même une grande partie de ce projet. Et cette volonté illustre parfaitement le rapport de force entre les deux pays. Pékin impose ses conditions, consciente que Moscou a davantage besoin de ce gazoduc que l’inverse.

Par ailleurs, la Chine dispose d’importantes réserves stratégiques d’hydrocarbures, ce qui lui permet de ne pas agir dans l’urgence. Toutefois, Pékin n’a aucun intérêt à une déstabilisation durable du Moyen-Orient. La Chine a besoin de stabilité pour soutenir sa croissance et ses exportations. Elle pourrait donc encourager l’Iran à rechercher un compromis diplomatique.

 

L’axe Russie-Chine-Corée du Nord-Iran, dont on parle beaucoup comme un miroir inversé de l’Occident, existe-t-il réellement ?

Oui, dans une certaine mesure. Ces pays sont très différents, mais ils partagent une hostilité profonde à l’égard de l’Occident. Chacun dispose d’un pouvoir de nuisance spécifique. Ensemble, ils contribuent à fragiliser l’ordre international dominé par les démocraties occidentales.

Cela dit, la Chine agit toujours selon ses propres intérêts. Elle n’a pas de véritables alliés. Si Vladimir Poutine venait à subir une défaite majeure, Pékin pourrait très rapidement prendre ses distances avec lui.

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