Pour ses vœux aux forces armées, Emmanuel Macron a défendu le renforcement du budget des armées, qui sera doublé entre 2017 et 2027, pour atteindre 64 milliards d’euros par an. Des moyens nécessaires, face à un monde instable, entre une Russie menaçante et des Etats-Unis, qui veulent s’emparer du Groenland et qui ne sont plus des alliés fiables.
« Grosse déception »
Pour la sénatrice PS Hélène Conway-Mouret, qui suit les questions de défense, « les promesses avaient été tenues sur le plan budgétaire », reconnaît-elle. Mais la sénatrice des Français établis hors de France reste sur sa faim globalement. « C’est un rappel du bilan, très bien. Ce qui me déroute, c’est qu’il n’y a absolument rien de plus, que ce que nous avons déjà entendu plusieurs fois. Quand on fait des vœux, on prend des résolutions pour l’année qui vient. Là, on comprend qu’il faut faire plus, travailler plus vite, avec les Européens, mais quoi de nouveau sous le soleil ? J’attendais un discours qui articule un peu plus une vision, qui donne un cadre pour l’année à venir », réagit-elle, parlant même de « grosse déception ».
Hélène Conway-Mouret appelle à « assumer de présenter une vision claire et à détailler les priorités du gouvernement, ce qui n’a pas été fait jusqu’à présent, et à faire preuve de réalisme, en décidant qu’il y a le court terme, avec des priorités, et le long terme ».
Pour ce qui est de l’envoi de troupes françaises au Groenland, « ce qui m’ennuie un peu, c’est que cette opération, comme celle en Roumanie – ce dont je me réjouis, je soutiens un volontarisme français qui s’exprime dans l’action – a un coût. Il faut une transparence. S’il doit y avoir un engagement conséquent et dans le temps, tout ça doit être fléché budgétairement », pointe la socialiste. Elle pense que le gouvernement ne pourra pas tout financer. « Ça mène à avoir des inquiétudes grandissantes, car certains points disparaissent, car le gouvernement verra que plein de choses ne sont pas possibles », pense la sénatrice PS.
« Les soldats américains auront quand même beaucoup de mal à venir attaquer des soldats européens sur un territoire qui ne leur appartient pas »
Sur le fond, elle estime la présence militaire française utile. « La dissuasion, ça existe. S’il y a un sujet sécuritaire, l’Europe se doit de soutenir son allié américain. La meilleure façon de le faire, c’est d’être présent sur place », soutient Hélène Conway-Mouret. « Les soldats américains auront quand même beaucoup de mal à venir attaquer des soldats européens sur un territoire qui ne leur appartient pas », imagine la sénatrice PS, qui ajoute qu’« il faut jouer sur le plan diplomatique » et « faire aussi pression de l’intérieur ».
Quant au coup de pression mis par Emmanuel Macron sur les industriels de l’armement, là aussi elle s’interroge. « On leur a déjà demandé de faire plus vite et en plus grand nombre, ce qu’ils ont fait. Peuvent-ils faire plus ? Sûrement », « mais il faut aussi une clarification des objectifs à court et long terme pour entraîner ce mouvement », soutient-elle. A noter au passage que le chef de l’Etat n’a pas dit un mot du projet franco-allemand d’avion du futur, le Scaf, qui est aujourd’hui à l’arrêt ou presque. « Le Scaf est mort car ils en sont à regarder le plan B », constate la sénatrice, qui pointe « un blocage complet entre les deux industriels, à qui on a forcé la main pour travailler sur le projet. Depuis le début, ça n’a pas marché ».