C’est un déplacement qui tombe juste après l’annonce d’un « contrat historique » de 114 avions Rafale, que l’Inde va acheter à Dassault. Emmanuel Macron entame ce mardi une visite officielle de trois jours à Bombay puis New Delhi. Le chef de l’Etat a multiplié les voyages dans le pays depuis son élection. C’est son quatrième déplacement en Inde depuis 2018, qui sera ponctué par une série d’événements au côté du Premier ministre indien.
Autonomie stratégique
Emmanuel Macron et Narendra Modi vont afficher pendant trois jours la bonne santé du partenariat franco-indien, avec à la clé ce contrat exceptionnel de 114 chasseurs Rafale. Les deux dirigeants partagent une même ambition, l’autonomie stratégique de leurs pays – et de l’Europe – vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine, alors que New Delhi est sous pression américaine, à coups de sanctions, pour cesser ses achats de pétrole russe.
« L’Inde vient de prendre un tel camouflet de la part des Américains que toutes les puissances, même moyennes, qui peuvent lui permettre de montrer qu’elle a des alternatives sont les bienvenues », estime auprès de l’AFP Christophe Jaffrelot, expert au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po à Paris.
62 Rafale déjà vendus
« 114 Rafale, 30 milliards d’euros, c’est le contrat du siècle ! Une forme d’apothéose ! », relève le chercheur spécialiste de l’Inde, après déjà 36 Rafale à l’armée de l’Air et 26 à la Marine indiennes depuis 2016. Et ça ne devrait pas s’arrêter là. Selon La Tribune Dimanche, l’Inde a demandé à la France de lui fournir 31 Rafale marine supplémentaire. Soit en tout, si cet autre contrat se confirme, 145 nouveaux Rafale, qui s’ajoutent donc aux 62 déjà vendus. Au total, ce ne serait pas moins de 207 Rafale vendus à l’Inde. Colossal.
Le ministère indien de la Défense a donné jeudi son feu vert à l’acquisition, un « jalon très important » vers un contrat « historique », s’est félicité la présidence française, qui se veut « optimiste » sur les négociations à venir avec le constructeur Dassault.
Emmanuel Macron emboîtera aussi le pas au chancelier allemand Friedrich Merz et au duo exécutif de l’Union européenne Antonio Costa et Ursula von der Leyen qui a conclu « l’accord de libre-échange de tous les accords » avec l’Inde le 27 janvier en pleine fièvre protectionniste américaine.
Les PDG d’EDF, Schneider Electric, CMA-CGM, Safran, Dassault et Naval Group présents
A l’occasion de ce quatrième déplacement, « Business France et la Mission French Tech emmèneront plus d’une centaine d’entreprises françaises au sein de leurs délégations », précise la présidence de la République. notamment présents sur l’ensemble de la visite les PDG d’EDF, Schneider Electric, CMA-CGM, Safran, Dassault et Naval Group, ainsi que des patrons de startup de l’intelligence artificielle telles Owkin et H.
Mardi, après une cérémonie d’hommage aux victimes des attentats terroristes de 2008, le programme annonce un déjeuner pour Emmanuel et Brigitte Macron sur le thème du cinéma, avant que le chef de l’Etat ne soit reçu par le premier ministre indien, dans l’après-midi. Après le lancement de l’année franco-indienne de l’innovation et de la plateforme numérique du réseau franco-indien de l’innovation, Narendra Modi reçoit à dîner le chef de l’Etat.
« Besoin de diversification important pour les entreprises françaises »
Les deux dirigeants inaugureront aussi à distance, depuis Bombay, une chaîne d’assemblage d’hélicoptères Airbus H125 construite à Bengalore (sud). Ils vont continuer ainsi à « ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l’avenir », fait valoir l’Elysée. La France est aussi soucieuse de diversifier son commerce vers l’Inde, pays le plus peuplé du monde, de la santé à l’intelligence artificielle.
« Il y a un besoin de diversification important pour les entreprises françaises qui étaient très exposées sur la Chine et les Etats-Unis », pointe l’Elysée, alors que l’Inde est en passe de devenir la quatrième économie mondiale. « Le commerce bilatéral avec l’Inde se chiffre aujourd’hui à 15 milliards d’euros. Mais on a un potentiel encore inexploité, ces échanges peuvent se renforcer », souligne la présidence française.
(Avec AFP)