100 premiers jours de Macron : « il adopte la posture d’un président de cohabitation »
Réélu président de la République le 24 avril 2022, Emmanuel Macron fête ce 2 août les 100 premiers jours de son second quinquennat. Une période marquée par la défaite de son camp aux élections législatives le privant d’une majorité absolue, l’apprentissage du compromis parlementaire et un sentiment de retrait des affaires intérieures.  

100 premiers jours de Macron : « il adopte la posture d’un président de cohabitation »

Réélu président de la République le 24 avril 2022, Emmanuel Macron fête ce 2 août les 100 premiers jours de son second quinquennat. Une période marquée par la défaite de son camp aux élections législatives le privant d’une majorité absolue, l’apprentissage du compromis parlementaire et un sentiment de retrait des affaires intérieures.  
Public Sénat

Par Mickael Spitzberg

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

On a coutume de dire que les 100 premiers jours d’un président sont décisifs. Qu’ils tracent le chemin d’un mandat. Or force est de constater que « peu de présidents ont été aussi en retrait après leur élection », souligne Anne Charlène Bezzina, professeure de Droit public et maître de conférence à l’Université de Rouen et à Sciences-Po Paris. « On a une volonté présidentielle de gouvernance minimale. Emmanuel Macron adopte la posture d’un président de cohabitation concentré sur la politique internationale et laissant le périmètre national à sa Première ministre », poursuit-elle.
Un choix plus subi qu’assumé, selon Philippe Moreau-Chevrolet,
directeur général de l'agence MCBG Conseil : « Emmanuel Macron est désarmé législativement. Or c’est un homme d’action, un coach et sans vrai pouvoir, il n’a plus de poids ».

 

Le roi est nu



Un affaiblissement qui peut aussi expliquer un besoin de discrétion. Et trouver son origine dans le rapport du président aux Français. « Emmanuel Macron a un vrai problème avec une frange de la population qui le déteste », explique Pablo Pillaud-Vivien, responsable éditorial de Regards.fr. « Une fracture dangereuse », selon lui. « Il y a une volonté de ne pas attiser les mécontentements, ajoute Anne Charlène Bezzina, et donc de jouer l’attente. Ne pas diviser pour rassembler au final ». A commencer par sa famille politique. D’où l’impression de flottement lorsqu’il s’est agi de nommer un successeur à Jean Castex au poste de Premier ministre. Emmanuel Macron a dû « trouver un nouvel équilibre dans sa majorité », décrypte Anne Charlène Bezzina. « Il a fallu faire des accords pour la nomination d’un nouveau Premier ministre avec des gages à donner aux différentes composantes de sa majorité ». « Emmanuel Macron doit aussi faire face à l’émergence de prétendants pour 2027, analyse Philippe Moreau-Chevrolet. Autant de successeurs putatifs qu’il doit contenir pour ne pas être mis hors-jeu ».


Jupiter à l’heure des compromis

Un apprentissage pour un président « qui n’aime pas voir ses choix contestés », signale Pablo Pillaud-Vivien. Emmanuel Macron a été contrarié dans ses plans au cours de ces premières semaines de mandat. Ce qui a pu donner l’impression de débuts hésitants. « Il a subi ses 100 premiers jours. La constitution de la Nupes et sa défaite aux élections législatives l’ont conduit à réaliser des modifications dans sa stratégie », selon Pablo Pillaud-Vivien. « Il est en recherche de moyens de faire sa politique. Les premières lois du gouvernement sont un ballon d’essai. Comment se comporte l’opposition au Parlement et s’adapter ».
L’occasion aussi pour un président jugé hautain (Jupitérien) « d’apparaître en recherche de concorde et de laisser son opposition se décrédibiliser par ses outrances », juge Anne Charlène Bezzina.  
  

Les vrais cent premiers jours sont à venir

Restent les véritables enjeux de ce second quinquennat : maîtriser la dette du pays et faire adopter des réformes structurelles. Et cet automne aura valeur de test. « Les cent jours importants de Macron II seront à la rentrée », prédit Pablo Pillaud-Vivien. « C’est en octobre qu’on verra ce qu’il a vraiment dans le ventre » et si la nouvelle « méthode » du gouvernement prêt à des concessions porte ses fruits, notamment lors de l’examen du projet de loi de finances 2023.
L’occasion aussi de voir si les lois pour améliorer le pouvoir d’achat des Français sont efficaces et permettent d’aborder les réformes difficiles (chômages, retraites, hôpital) dans un contexte favorable.
Et d’ici là, rien ne dit qu’Emmanuel Macron sera moins effacé. « S’il n’y a pas de plus en plus de contestation sociale, Emmanuel Macron n’a aucune raison de sortir de sa position de retrait. Sauf en cas de crise où il devra incarner et se révéler », prédit Anne Charlène Bezzina.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le

Nationwide protests over cost of living – Dijon
6min

Politique

Mouvement lycéen : Un « semi mea culpa » du gouvernement sur la gestion de la crise

Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.

Le

FRA – ASSEMBLEE – 4 COLONNES
8min

Politique

Après la proposition de primaire de Gabriel Attal, rejetée par le camp Philippe et Retailleau, le blocage perdure

En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.

Le