8 mars : la place des femmes dans les secteurs scientifiques est « un enjeu de société »
À l’occasion de la journée internationale du droit des femmes, une table ronde était organisée au Sénat sur la mixité dans la formation professionnelle. La réforme du baccalauréat qui a vu fondre le nombre de jeunes filles dans les filières scientifiques a bien sûr été dans le viseur des intervenantes.

8 mars : la place des femmes dans les secteurs scientifiques est « un enjeu de société »

À l’occasion de la journée internationale du droit des femmes, une table ronde était organisée au Sénat sur la mixité dans la formation professionnelle. La réforme du baccalauréat qui a vu fondre le nombre de jeunes filles dans les filières scientifiques a bien sûr été dans le viseur des intervenantes.
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« Pourquoi encore aujourd’hui, les jeunes filles n’investissent-elles pas les secteurs manuels, techniques ou scientifiques ? Pourquoi ne représentent-elles qu’un quart des salariés du secteur du numérique où le potentiel d’emplois est important ? », s’interroge Annick Billon, la présidente de la délégation aux Droits des femmes du Sénat, en introduction d’une table ronde intitulée : « Orienter et former pour davantage de mixité ».

Comme chaque année, le 8 mars est l’occasion pour la délégation de se pencher sur les obstacles qui freinent l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, des obstacles qui se construisent dès le parcours scolaire.

En la matière, la réforme du lycée mise en place à la rentrée 2019 pourrait conduire à des effets délétères sur la place des femmes dans les secteurs scientifiques. « La part des filles dans les enseignements de mathématiques en filière générale a lourdement chuté, retombant en 2021 à 41 %, le niveau de 1994. Ces résultats risquent de diminuer encore la part des femmes dans l’industrie et le numérique », a rappelé la sénatrice.

>> Lire notre article. Réforme du bac : « Il y a une spécialisation élitiste des mathématiques », regrette Max Brisson

Cet après-midi, Jean-Michel Blanquer, qui défend sa réforme depuis des semaines, a pu compter sur le soutien de Sophie Béjean, rectrice de la région académique Occitanie, Jean-Charles Ringard, inspecteur général Éducation, Sport et Recherche. Tous les deux sont auteurs d’un rapport intitulé « Faire de l’égalité filles-garçons une nouvelle étape dans la mise en œuvre du lycée du XXIe siècle » remis à Jean-Michel Blanquer.

« La nouvelle logique du lycée n’est pas une logique du menu, mais de choix à la carte », défend un inspecteur

« L’orientation n’est pas une cause mais une conséquence […] La manière dont nous enseignons a une influence sur les choix que nous faisons en matière d’orientation », a souligné Jean-Charles Ringard, appelant « à changer de paradigme » par l’application « d’objectifs affichés ». « Le ministre a retenu l’idée qu’entre 2022 et 2025, chaque enseignement de spécialité de lycée, chaque filière scientifique postbac, devait avoir au moins 30 % de mixité », a-t-il indiqué.

L’inspecteur général Éducation reconnaît qu’il y a « potentiellement » moins de filles dans les filières scientifiques au lycée. Mais « Il faut comparer ce qui est comparable. La série (L, ES, S) était un menu […] On a constaté que le lycée a dérivé progressivement vers la filière S comme filière d’excellence. Mais dans la part des 52 % d’élèves qui choisissaient la série S à peine la moitié allait vers les filières scientifiques […] La nouvelle logique du lycée n’est pas une logique du menu, mais de choix à la carte qui part d’un principe pédagogique extrêmement simple. Dès l’instant où l’on choisit un parcours de formation, on est plus motivés ».

Une argumentation qui n’est pas vraiment sur la même ligne que les conclusions d’un rapport récent du Sénat, comme l’a fait remarquer Annick Billon.

« Demain, ce monde de technologies pourrait être construit sans les femmes »

Aline Aubertin, présidente de l’association « Femmes ingénieurs » n’est pas non plus convaincue par les explications et rappelle que seulement 30 % des femmes occupent les postes d’ingénieurs.

« Ce que je viens d’entendre me fait bondir. Oui, il y a un menu à la carte mais on n’a pas expliqué aux filles qu’en fonction des choix qu’elles auront faits sur la carte, elles seront potentiellement privées de dessert. Si elles n’ont pas fait les bons choix, elles ne pourront pas aller vers les filières scientifiques et techniques. Elles laisseront les emplois aux garçons qui seront mieux payés qu’elles […] C’est un enjeu de société parce qu’on va manquer d’ingénieur. Je suis catastrophée de me dire que demain ce monde de technologies serait construit sans les femmes ».

 « Il faut repenser cette réforme du lycée qui est vraiment inégalitaire »

Depuis les trois dernières élections présidentielles, les associations, femmes ingénieurs, femmes et mathématiques et femmes et sciences, formulent des propositions à l’attention des candidats, afin de changer la perception des métiers scientifiques : combattre les stéréotypes sur les femmes et les sciences, repenser la place des sciences et de l’ingénierie dans l’enseignement primaire et secondaire ou encore favoriser la mixité dans les lycées et les établissements d’enseignement supérieur.

En conclusion de la table ronde, la sénatrice PS, Florence Blatrix Contat, a regretté que seulement « 10 à 12 % de filles suivaient le binôme de spécialités, mathématiques et numérique au lycée. « C’est très inquiétant car c’est un secteur qui est en train de se structurer en construisant son système de management, son système de valeurs, son système éthique… et si les femmes en sont exclues, ce n’est pas porteur d’avenir. Il faut repenser cette réforme du lycée qui est vraiment inégalitaire, car tous les élèves n’ont pas la même information sur ce qu’ils pourront faire en choisissant cette spécialité ».

 

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