A 18 ans, ils iront voter pour la première fois, sans illusion
Doriane, Glawdys, Chloé, Tristan ou encore Paul ne se retrouvent pas dans le système politique actuel et croient en une ...

A 18 ans, ils iront voter pour la première fois, sans illusion

Doriane, Glawdys, Chloé, Tristan ou encore Paul ne se retrouvent pas dans le système politique actuel et croient en une ...
Public Sénat

Par Wafaa ESSALHI

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Doriane, Glawdys, Chloé, Tristan ou encore Paul ne se retrouvent pas dans le système politique actuel et croient en une "démocratie participative". "Désenchantés", ces lycéens bretons iront quand même voter à leur première élection présidentielle, au printemps prochain.

"Aujourd'hui, on essaye de voter pour le moins pire", se désole Tristan Dufée, étudiant en BTS Gestion et protection de la nature au lycée agricole de Saint-Aubin-du-Cormier, près de Rennes.

"Les jeunes votent à contrecœur. Ils éliminent les candidats qui ne leur correspondent pas, donc c'est un choix par défaut", poursuit le jeune homme qui est allé voter à la primaire à gauche.

Doriane Delalande acquiesce. "Je suis pour une démocratie participative. Les gens doivent donner plus leur avis".

"Un État dirigé par des citoyens pour les citoyens", renchérit Tristan. Le jeune homme étaie son idée : les Islandais "se sont rendus compte que les politiques ne faisaient que des coups dans le dos. Ils ont réussi à les mettre dehors. Et ce sont les citoyens, renouvelés constamment par tirage au sort, qui décident en créant des lois", argumente le lycéen dont la famille "s’intéresse beaucoup à la politique".

Paul Pincé, qui prépare un bac pro Conduite et gestion de l'exploitation agricole, suggère "une VIe république".

Il a été assidu aux débats des primaires de gauche comme de droite: "c'est intéressant de voir les différentes personnes, leurs programmes", explique cet élève.

Son préféré: Benoît Hamon. Ce qu'il a retenu de son programme ? "Le revenu universel et la légalisation du cannabis". Cette légalisation, "il est le seul à vraiment en parler; en France, c'est assez tabou. Quand on voit ce que cela a apporté aux États-Unis, ça peut être assez bénéfique".

Une fois son bac en poche, Paul souhaite travailler dans la culture des céréales et sa crainte porte sur "certaines idées de l'extrême droite, surtout au niveau agricole" avec les attaques portées contre les aides européennes.

Les préoccupations de Glawdys Panaget sont autres: "tout ce qui touche la migration". Elle admet être influencée par ses parents dans ses choix.

- 'Ce sera trop tard demain' -

Sur l'échiquier politique, la lycéenne bretonne "arrive à différencier la droite et la gauche". "Je sais de quel côté je suis", poursuit l'élève qui souhaite garder son vote secret.

Chloé Decopons, en Première Aménagement paysager, discute aussi de la présidentielle avec ses parents: "ils m'aident un peu, me disent: celui-là est bien, celui-là non".

A 18 ans, elle ne se sent pas encore "mûre" dans sa réflexion et n'est pas favorable à l'abaissement du droit de vote à 16 ans comme proposé par Jean-Luc Mélenchon ou Thierry Solère, avant qu'il ne devienne porte-parole de François Fillon.

"Déjà qu'à 18 ans, on ne sait pas pour qui voter (...) ! C'est trop tôt, à 16 ans on s’intéresse à autre chose qu'à la politique", juge la primo-votante.

En internat au lycée de Saint-Aubin, Chloé regrette que les candidats "parlent beaucoup du chômage mais sans proposition".

Elle ira pourtant voter tout comme Doriane qui vient de fêter ses 18 ans: "Il y a des gens qui critiquent mais qui ne vont pas voter", s'indigne-t-elle.

Pour Tristan, l'environnement est "le thème primordial du 21e siècle". Il reproche aux différents candidats dont il a épluché les programmes de ne pas assez l'aborder.

"On est dans un monde où tout va de travers et si on ne s'en inquiète pas maintenant, ça sera trop tard demain", prévient le jeune homme de Saint-Malo. Glawdys, en terminale Gestion des Milieux Naturels et de la Faune et qui pense "travailler dans la police de l'environnement" est tout aussi "inquiète".

Dans l'ensemble, ces élèves en lycée agricole jugent la classe politique coupée du monde ouvrier.

Tristan ne mâche pas ses mots. "Si on les mettait dans des conditions réelles de travail comme les maçons ou les agriculteurs, ils ne tiendraient pas une semaine ! C'est facile de diriger, d'être dans un petit bureau !", affirme le lycéen.

Partager cet article

Dans la même thématique

A 18 ans, ils iront voter pour la première fois, sans illusion
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

A 18 ans, ils iront voter pour la première fois, sans illusion
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

A 18 ans, ils iront voter pour la première fois, sans illusion
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le