A Saint-Etienne-du-Rouvray, la « résistance » appelée aux urnes
Assis dans l'église où le père Hamel a été assassiné au nom du jihad l'été dernier, Bernard Auvray le dit tout net: dimanche, il votera pour la...

A Saint-Etienne-du-Rouvray, la « résistance » appelée aux urnes

Assis dans l'église où le père Hamel a été assassiné au nom du jihad l'été dernier, Bernard Auvray le dit tout net: dimanche, il votera pour la...
Public Sénat

Par Béatrice LE BOHEC

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Assis dans l'église où le père Hamel a été assassiné au nom du jihad l'été dernier, Bernard Auvray le dit tout net: dimanche, il votera pour la gauche radicale comme l'aurait fait ce prêtre engagé contre "le racisme et la pauvreté".

"Ce qui choquait le plus le père Hamel, c'était le racisme, la pauvreté, le manque d'amour entre les humains. Il avait une lecture de l'Evangile qu'on pouvait appliquer à tous les sujets... Je vais voter Jean-Luc Mélenchon pour son discours le plus proche du monde ouvrier", confie ce retraité de 72 ans qui militait au côté du prêtre dans un groupe d'action catholique ouvrière.

Le 26 juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray, Jacques Hamel, 85 ans, a été égorgé en pleine messe par deux jihadistes de 19 ans, dont un vivait dans cette commune de près de 30.000 habitants. L'attentat dans l'église, une première en Europe, a bouleversé un pays déjà traumatisé par des attaques sanglantes (238 morts).

Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet 2016, jour de l'assassinat du père Hamel
Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet 2016, jour de l'assassinat du père Hamel
AFP/Archives

Les habitants de cette ville populaire et cosmopolite, communiste depuis 1959, affirment que l'attaque les a traumatisés sans pour autant modifier leur vote. Leur priorité: élire une personne capable de redresser un pays en proie à un chômage endémique de 10%.

"Ici il y a toutes les religions, toutes les cultures. On est une communauté assez solidaire, on a tous subi une tragédie. Ca n'a pas changé ma position sur mon vote", juge Linda Royer, 39 ans, attablée au bar du centre-ville.

Récemment licenciée par une entreprise de logistique, elle attend des candidats qu'"ils ne s'en mettent pas +plein les fouilles+ vu la conjoncture actuelle".

- 'Enjeu de paix' -

"Si le coeur reste gros, la raison est forte et les habitants font la démonstration de leur résistance", veut croire le maire, Hubert Wulfranc.

Pour l'édile communiste de 60 ans, c'est surtout "l'enjeu de paix" défendu par Jean-Luc Mélenchon qui pèsera dans les urnes. Le tribun de la gauche radicale, en pleine ascension dans les sondages, milite notamment pour quitter l'Otan et pour une meilleure répartition des richesses.

"Ici je vois chaque mois la précarité progresser davantage, ça se voit sur les visages, les vêtements... C'est un désespoir qui s'accumule. Marine Le Pen veut tirer vers le bas une partie de nos concitoyens. Mais, à la colère manipulée, commence à se substituer la colère raisonnée : une colère construite en regardant vers le haut, vers ceux qui ont profité de la crise", dit-il.

A femme se recueille devant la mairie en hommage au prêtre assassiné, le 26 juillet 2016, à Saint-Etienne du Rouvray (Seine-Maritime)
A femme se recueille devant la mairie en hommage au prêtre assassiné, le 26 juillet 2016, à Saint-Etienne du Rouvray (Seine-Maritime)
AFP/Archives

A la mosquée Yahya où une cinquantaine de fidèles viennent d'assister à la prière, Hamadi Ladkar dit lui aussi chercher un candidat qui améliore la vie: "Il y en a beaucoup qui vont vers le Front national rien que pour les (propositions contre les) immigrés mais moi je cherche quelqu'un qui guide la France pour remonter la pente. Qu'on trouve du travail, comme avant".

Lors de la présidentielle de 2012, la ville avait voté au premier tour à 37% pour le socialiste François Hollande, plaçant ensuite Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Mais certains prédisent une percée de la candidate du FN.

Pour Bernard Auvray, "le rejet de l'autre existe à Saint-Etienne. Il y a une tension liée au choc des cultures et aux voiles des femmes".

Olivier Alarson, ex-gérant de discothèque devenu chauffeur de taxi, ne cache pas qu'il votera extrême droite, pour la première fois.

"Quand le prêtre s'est fait égorger, ici il y avait des bougies, des petits coeurs, des fleurs, alors qu'en face de nous il y a des gens qui égorgent ! Ca va pas, on est des Bisounours. Quand les gens vont se rendre compte de ce qu'il y a en face, ce sera trop tard", dit cet homme de 45 ans autrefois baptisé par le père Hamel.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le