Affaire Benalla : après la commission d’enquête du Sénat, le procès
Alexandre Benalla, ancien chargé de mission de l’Elysée, à l’origine du plus grand scandale du quinquennat, comparaîtra lundi 13 novembre devant le tribunal correctionnel de Paris, dans trois volets distincts : les violences de la place de la Contrescarpe, l’utilisation frauduleuse de passeports diplomatiques et port d’arme prohibé. Des affaires sur lesquelles il avait déjà dû répondre devant la commission d’enquête du Sénat.

Affaire Benalla : après la commission d’enquête du Sénat, le procès

Alexandre Benalla, ancien chargé de mission de l’Elysée, à l’origine du plus grand scandale du quinquennat, comparaîtra lundi 13 novembre devant le tribunal correctionnel de Paris, dans trois volets distincts : les violences de la place de la Contrescarpe, l’utilisation frauduleuse de passeports diplomatiques et port d’arme prohibé. Des affaires sur lesquelles il avait déjà dû répondre devant la commission d’enquête du Sénat.
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La comparution d’Alexandre Benalla devant les juges aura-t-elle le même impact que ses auditions devant le Sénat ? Rien n’est moins sûr tant les travaux de cette commission d’enquête avaient passionné les Français, entraînant des records d’audience pour certaines auditions.

Trois ans après le feuilleton politique qui a tenu en haleine des millions de Français, le plus célèbre chargé de mission de la Ve République, comparaîtra, lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris notamment pour « violences volontaires en réunion » et « immixtion sans titre dans l’exercice d’une fonction publique ». Deux incriminations qui portent sur les faits survenus le 1er mai 2018, place de la Contrescarpe à Paris.

Ce premier épisode d’une affaire tentaculaire commence par la diffusion d’une vidéo le jour de la fête du travail en 2018. On y voit deux manifestants se faire molester par ce qui s’apparente à un policier en civil. Il faudra attendre le 18 juillet pour que son identité soit dévoilée par le journal Le Monde : Alexandre Benalla, chargé de mission à l’Élysée et ancien responsable de la sécurité du candidat Emmanuel Macron, lors de la campagne présidentielle. Au fil des heures, une autre personne qui accompagnait Alexandre Benalla place de la Contrescarpe est identifiée : Vincent Crase, un ancien employé de LREM, réserviste de la gendarmerie placé auprès du commandement militaire de l’Élysée et chargé des stationnements autour du Palais. Lui aussi comparait devant le tribunal lundi pour violence en réunion, usage public et sans droit d’un insigne, port d’arme prohibé et suppression de données ».

Violences à la Contrescarpe : « La partie émergée de l’iceberg », pour le Sénat

Au cœur de l’été 2018, c’est une déflagration politique aux multiples rebondissements qui sont révélés au fur et à mesure des auditions de la commission Benalla. En vertu de la séparation des pouvoirs, et à la différence des députés, dont la commission d’enquête explosera en vol sur fond de désaccord politique, les travaux des sénateurs ne porteront pas spécifiquement sur les évènements de la Contrescarpe.

« Les faits constatés le 1er mai (2018) apparaissent comme la partie émergée de l’iceberg » : « Du point de vue du bon fonctionnement de l’État, les informations qui se sont accumulées ensuite sont sans doute plus graves encore que les évènements survenus en marge de la fête du travail », estimait en 2018, le rapporteur LR de la commission d’enquête du Sénat, Philippe Bas.

Dans la première partie de leurs travaux, les sénateurs révéleront au grand jour des failles dans la gestion du cas Benalla. « Il s’agit d’abord des pouvoirs excessifs qui ont été laissés à un collaborateur inexpérimenté. […] Nous avons découvert la nomination atypique comme lieutenant-colonel de réserve opérationnel de la gendarmerie nationale qui a été celle de Monsieur Benalla. […] Nous avons également mis à jour cette confiance maintenue et cette collaboration poursuivie après les graves dérapages commis par ce collaborateur, le 1er mai 2018 ; également une remontée d’informations défaillantes au sein de l’institution policière et de l’exécutif sur les faits du 1er mai, une dissimulation des faits à la justice […], une première sanction discrète (après les évènements du 1er mai) », listera Muriel Jourda lors de la remise du rapport.

Trois policiers de l’Etat-major de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) seront aussi jugés. Ils comparaissent pour avoir transmis, le soir de la publication de l’article du Monde, des images de vidéosurveillance à Alexandre Benalla, afin de l’aider à se défendre.

Devant la commission du Sénat, le 12 septembre 2018, le commissaire de police, Maxence Creusat, indiquait « qu’il n’avait commis aucune faute de nature pénale », se considérant « comme un fonctionnaire de police intègre, loyal et honnête ».

Maxence Creusat se présente « comme un fonctionnaire de police loyal, honnête et intègre »
02:27

Alexandre Benalla est également poursuivi pour « recel de détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection » et « recel de violation du secret professionnel ».

Passeports diplomatiques

Alexandre Benalla devra également s’expliquer devant le tribunal sur l’utilisation de deux passeports diplomatiques alors qu’il a été licencié par l’Elysée et entame une reconversion dans la sécurité privée. Cette information est révélée par Mediapart à la fin de l’année 2018. Trois mois plus tôt, lorsqu’il était entendu pour la première fois sous serment, Alexandre Benalla avait pourtant affirmé que ses passeports étaient restés dans le bureau qu’il occupait à l’Elysée, au moment de son départ.

Au début de l’année 2019, Patrick Strzoda, directeur de cabinet du président de la République, avait détaillé qu’Alexandre Benalla avait utilisé une vingtaine de fois ses passeports diplomatiques, entre le 1er août et le 31 décembre, à une période où l’intéressé n’exerçait plus ses fonctions. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait également confirmé ces utilisations, détectées au Tchad, en Israël, au Maroc et aux Bahamas.

Pire, Patrick Strzoda avait également accusé l’ancien chargé de mission d’avoir obtenu un passeport en usurpant un en-tête du chef de cabinet, François-Xavier Lauch. « Pour obtenir ce passeport, M. Benalla a adressé au ministère de l’Intérieur une note dactylographiée à en-tête du chef de cabinet, une note non signée de façon manuscrite », avait-il souligné.

De quoi provoquer une nouvelle audition d’Alexandre Benalla quelques jours plus tard au cours de laquelle il avait assuré aux sénateurs ne pas avoir menti. « Ces passeports m’ont été remis à nouveau, alors que j’avais été contacté par un salarié de l’Élysée, début octobre 2018 […] On m’a fait savoir que ces passeports n’étaient pas désactivés. Sinon, je n’aurais pas voyagé avec ces passeports », avait-il expliqué.

Affaire Benalla: pourquoi parle-t-on de parjures en ce qui concerne les passeports dipolomatique
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Port d’arme prohibé

Le dernier point sur lequel devra s’expliquer Alexandre Benalla, à partir du 13 septembre, concerne cette photo prise le 28 avril 2017 à Poitiers après un meeting de campagne du candidat Macron. Le cliché est exhumé par Mediapart en septembre 2018 quelques jours après la première audition de l’ancien chargé de mission devant le Sénat. On y voit, l’homme qui était à l’époque « directeur de la sûreté et de la sécurité » d’En Marche, poser arme à la main, aux côtés d’une serveuse du restaurant et de deux autres membres du service d’ordre du parti.

Or, Alexandre Benalla ne s’est vu délivrer une autorisation de port d’arme que le 13 octobre 2017, par un arrêté de la préfecture de police, c’est-à-dire une fois en poste à l’Élysée. Auparavant, comme il avait expliqué aux sénateurs, il avait essuyé deux refus de la part du ministère de l’Intérieur en raison de « motifs administratifs » […] Frédéric Aureal, chef du SDLP (Service de la protection NDLR) n’a pas souhaité que je puisse porter une arme durant cette campagne présidentielle », avait-il précisé.

Photo Mediapart: quand Benalla expliquait ne pas avoir l’autorisation de port d’arme durant la campagne
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Les autres procédures en cours visant Alexandre Benalla

Le procès d’Alexandre Benalla est prévu jusqu’au 1er octobre. Mais ces ennuis judiciaires pourraient ne pas s’arrêter là. Le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête sur le contrat de sécurité privé signé entre un oligarque russe, Iksander Makhmudov, et Mars, la société de Vincent Crase, quand ce dernier était chargé de la sécurité de LREM, tandis qu’Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée et était habilité « secret-défense ». « Je vais réaffirmer solennellement devant vous que je n’avais aucun lien d’ordre professionnel avec une société de sécurité ou de défense », expliquera Alexandre Benalla lors de sa seconde audition devant le Sénat avant qu’un enregistrement téléphonique ne vienne par la suite contredire ses propos.

« Je n’avais aucun lien d’ordre professionnel avec une société de sécurité ou de défense », déclare Benalla
08:11

A l’issue de leurs travaux la commission d’enquête du Sénat a transmis au parquet les déclarations tenues sous serment par Alexandre Benalla. Le délit de parjure devant une commission d’enquête est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende.

Les déclarations discordantes d’Alexandre Benalla, sur les passeports, son permis de port d’arme ou sur les contrats russes, avaient notamment poussé le Sénat à transmettre ces éléments à la justice. Dans leur rapport, les sénateurs estimaient « qu ['il] a délibérément cherché à tromper la commission lors de sa première audition et qu’il a, lors de la seconde audition, tenté de reconstituer les faits afin d’effacer son premier mensonge ».

Le procureur de Paris avait alors reproché au Sénat d’avoir empiété sur le principe constitutionnel de séparation des pouvoirs, jugeant le champ d’investigation des élus « similaire » à celui des procédures judiciaires. En conséquence, les signalements pour parjure visant Alexandre Benalla et Vincent Crase seront examinés lorsque les procédures judiciaires les concernant seront achevées.

Il faudra donc aussi attendre l’aboutissement d’une autre enquête ouverte par le parquet de Paris pour « entrave à la manifestation de la vérité » dans le cadre de l’affaire de la Contrescarpe. Les investigations portent notamment sur le mystérieux coffre-fort que l’ex-chargé de mission possédait à son domicile pour stocker ses armes et qui n’était plus dans son appartement lors de la perquisition menée fin juillet 2018., mais aussi sur le contenu d’un autre coffre situé dans son bureau à l’Elysée.

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