Affaire Benalla : Philippe Bas, un président dans la lumière
Peu connu du grand public, le président LR de la commission des lois du Sénat, Philippe Bas a marqué les esprits par sa capacité à manier courtoisie, rigueur et bons mots, lors des auditions de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla. Portrait.

Affaire Benalla : Philippe Bas, un président dans la lumière

Peu connu du grand public, le président LR de la commission des lois du Sénat, Philippe Bas a marqué les esprits par sa capacité à manier courtoisie, rigueur et bons mots, lors des auditions de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla. Portrait.
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« Je ne m’appelle pas Le Bas, mais Bas. Ça s’écrit B-A-S ». S’il n’a plus besoin de se faire un nom, le président LR de la commission des lois du Sénat doit encore l’épeler devant les journalistes qui l’interrogent après l’audition d’Alexis Kohler.

Philippe Bas pédago, urbain et killer

Passé par Sciences Po, l’ENA, cet ancien secrétaire général de l’Élysée sous Jacques Chirac et ancien ministre du gouvernement Villepin n’est pourtant pas novice en politique. Mais qui aurait pu prévoir que ce discret sénateur de la Manche de 60 ans serait l’objet de commentaires si laudateurs sur les réseaux sociaux.

 

Contacté par Public Sénat, Philippe Bas fait dire par sa collaboratrice qu’il ne souhaite pas réagir à ce coup de projecteur autour de sa personne. « On a bien remarqué qu’il se passait quelque chose. Mais il ne vous parlera pas de lui ce n’est pas son style ».

Ces compliments ont même eu le don d’agacer son homologue de l’Assemblée nationale, la présidente LREM de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet. Avant de quitter la commission d’enquête, le corapporteur LR Guillaume Larrivé s’est permis de saluer « la qualité » de Philippe Bas qui « conduit les débats avec une grande rigueur ». « Oh, c’est touchant, très élégant » a réagi dans un rire jaune, Yaël Braun-Pivet.

Affaire Benalla : le Sénat sort grand vainqueur face à l’Assemblée

En effet, depuis la mise en place de la commission d’enquête du Sénat sur l’affaire Benalla, Philippe Bas est presque à lui seul un plaidoyer pour le bicamérisme. À la Haute assemblée, aucune interpellation entre élus, aucune suspicion de parti pris, aucune bataille de micro. Le président distribue la parole dans un calme olympien et va même jusqu’à reformuler les questions si besoin « dans un souci de clarté ». « On a fait une alliance conjoncturelle » reconnaît la sénatrice écologiste membre de la commission des lois Esther Benbassa.

Ce n’est pourtant pas le calme des débats, situation assez habituelle au Sénat, qui a réveillé les téléspectateurs dans la chaleur étouffante de l’été, mais bien le « style » Philippe Bas, cette détermination à vouloir obtenir des réponses sans se départir de son affabilité, le tout dans un phrasé lent et ciselé. Ajoutez à cela quelques piques bien senties et il n’en faut pas plus pour augmenter sensiblement les audiences du canal 13 de la TNT.

Lors d’un échange particulièrement technique sur l’organisation du pouvoir exécutif, Alexis Kohler tente une parade : « Vous avez occupé le poste que j’ai l’honneur d’occuper aujourd’hui, vous savez bien que… » commence le secrétaire général de l’Élysée. Réponse du tac au tac de Philippe Bas : « C’était la préhistoire et l’ancien monde, je veux bien reconnaître qu’il y ait des différences ». Ou encore, lorsque Alexis Kohler insiste sur « la rapidité » de la sanction infligée à Alexandre Benalla », Philippe Bas embraye : « La sanction a peut-être été très rapide mais son exécution est très lente ». Et quand Gérard Collomb confesse avoir appris « par les journaux », « l’histoire de M. Benalla ». « Et bien, M. le ministre, heureusement qu’il y a les journaux pour vous informer » tacle le sénateur.

Philippe Bas défenseur d’un Sénat contre-pouvoir

« C’est un grand serviteur de l’État qui a des convictions très profondes. Il a montré que le Sénat est un contre-pouvoir qui fonctionne. Il est très respectueux des personnes mais il peut manier parfois un peu l’ironie. Il est très joueur. C’est un facétieux » note François-Noël Buffet, vice-président LR de la commission des lois. Depuis 2014 où il a pris la tête de la commission des lois, c’est avec le même flegme rigoureux qu’il préside les réunions. « Je le côtoie depuis quelques années maintenant. Je peux vous dire que c’est un excellent technicien et un politicien aguerri. Le fait de prévoir les travaux de la commission d’enquête sur 6 mois c’est une bonne façon de faire reculer la révision constitutionnelle » avance Esther Benbassa. Lundi 23 juillet, le sénateur de la Manche a d’ailleurs mis en garde sur les conséquences du projet de réforme institutionnelle, très contestée au Sénat. « Il est temps que les Français se rendent compte que ce qui est en préparation ne va pas dans le bon sens (…) L’hégémonisme présidentiel va encore être accentué par la révision constitutionnelle laquelle diminue les pouvoirs du Parlement ».

« Philippe Bas a les défauts de ses qualités. C’est un homme de droite. Au sein de la commission de lois, nous, parlementaires de l’opposition, nous sommes réduits à une portion congrue. Notre rôle se limite à lever la main. Il devrait faire preuve de plus d’ouverture » lui reproche la sénatrice écologiste qui observe par ailleurs que « depuis quelque temps, il commence à prendre de plus en plus en considération la parole des femmes ».

Depuis les attentats de 2015, Philippe Bas est en pointe sur les questions entourant la lutte antiterroriste. Nombreuses de ses propositions ont été adoptées au fil des mois. Il a, toutefois, connu un revers l’année dernière. Le Conseil Constitutionnel a censuré par deux fois sa proposition de faire de la consultation de sites jihadistes, un délit.

Réélu en 2017, Le président de la commission des lois va avoir encore de nombreuses occasions pour défendre le Parlement, qu’il juge être celui « qui a le moins de pouvoirs dans le monde ».

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