Attaqué par la droite, suspecté d'être instrumentalisé, le « canard enchaîné » concentre les critiques. Mais ce n'est pas la première fois que ce journal qui dénonce les « turpitudes » des politiques dévoile des affaires génantes à quelques semaines d'élections cruciales. Cette semaine l’Info dans le rétro revient sur les grands dossiers dévoilés par le célèbre « palmipède » devenu, au fil du temps, un acteur redouté de la Ve République.
Affaire Pénélope Fillon, « on fait notre métier » se défend Nicolas Brimo du « Canard enchaîné »
Attaqué par la droite, suspecté d'être instrumentalisé, le « canard enchaîné » concentre les critiques. Mais ce n'est pas la première fois que ce journal qui dénonce les « turpitudes » des politiques dévoile des affaires génantes à quelques semaines d'élections cruciales. Cette semaine l’Info dans le rétro revient sur les grands dossiers dévoilés par le célèbre « palmipède » devenu, au fil du temps, un acteur redouté de la Ve République.
Par Béatrix Moreau
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Le devoir d’informer
« Officine de propagande », « cabinet noir » à chaque fois les mêmes accusations ressurgissent. Invité cette semaine de l’Info dans le Rétro Nicolas Brimo,journaliste du Canard Enchainé depuis 1971, constate que « cet argument revient à chaque grande affaire », rajoutant avec une certaine légèreté « qu’ils ont l’habitude ». Pourtant la date de parution de certaines révélations peut surprendre. En 1981, à trois jours du second tour de la présidentielle, Nicolas Brimo signe un article à l’origine de l’affaire Maurice Papon alors ministre du candidat Valéry Giscard d’Estaing. Son passé collaborationniste est divulgué dans la presse et le journaliste de l’époque est soupçonné d’avoir passé un accord avec l’équipe de François Mitterrand. « C’est stupide ! » réplique-t-il « ça ne marche pas comme ça le journalisme ». Pour lui, l’influence de cette affaire sur le dénouement de l’élection est à relativiser car la victoire était déjà acquise au candidat socialiste. Les informations publiées dans la presse peuvent faire du bruit mais « croire que les medias font une élection est un vieux truc de politiques et de journalistes » commente Patrick Eveno, historien spécialiste des médias. Un jour la droite, le lendemain la gauche « Quand l'affaire cahuzac a été révélée, on a pas entendu la droite » ajoute l'historien.
Extrait - L'info dans le Rétro - Peut-on tout révèler ?
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Peut-on s’en remettre ?
Les secrets politico-financiers que le journal publie dévoilent des procédés parfois légaux mais contraire à la moralité publique. En 1971, le Canard Enchainé détaille la feuille d 'impôt de Jacques Chaban Delmas, alors Premier ministre de Georges Pompidou et révèle que celui-ci n’a pas payé d’impôt pendant trois ans. Pour se défendre, l’homme politique se retranche dans la légalité mais ne parvient pas à se relever de cette affaire. Affaibli, il est contraint de démissionner en juillet 1972.
Les affaires révélées par l’hebdomadaire collent à certains hommes politiques « comme un sparadrap » pour reprendre l’expression de Nicolas Brimo. Pour que celui-ci adhère, il faut toutefois que la personne accusée soit déjà en situation de faiblesse et d’isolement politique, comme s’accordent à penser nos deux invités. Une situation dans laquelle risque de se trouver François Fillon, dernière victime en date de l’irrévérencieux hebdomadaire.
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.
À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.