Allongement du délai d’IVG : « Il faut vraiment que le Sénat s’empare du sujet » affirme Patricia Schillinger (LREM)
En débat à l’Assemblée, ce jeudi, une proposition de loi visant à allonger le délai légal pour recourir à une interruption volontaire de grossesse divise les rangs des parlementaires. Plusieurs sénateurs demandent déjà son examen au Sénat.

Allongement du délai d’IVG : « Il faut vraiment que le Sénat s’empare du sujet » affirme Patricia Schillinger (LREM)

En débat à l’Assemblée, ce jeudi, une proposition de loi visant à allonger le délai légal pour recourir à une interruption volontaire de grossesse divise les rangs des parlementaires. Plusieurs sénateurs demandent déjà son examen au Sénat.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

[EDIT] Le texte qui allonge le délai légal d'accès à l'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse a été adopté à l'Assemblée nationale jeudi soir, par 86 voix pour, 59 contre et 7 abstentions, la plupart des groupes politiques étant partagés.

Quarante-cinq ans après la loi Veil, le débat sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) divise de nouveaux les rangs de l’Assemblée. Quelques jours avant l’examen de la polémique loi bioéthique, l’Assemblée nationale se penche, ce jeudi, sur une proposition de loi de la députée LREM Albane Gaillot, qui a quitté le groupe de la majorité pour rejoindre celui de ses dissidents au sein du groupe Ecologie Démocratie Solidarité (EDS). Le texte propose ainsi de rallonger le délai légal pour accéder à l’IVG, de 12 à 14 semaines, se calquant ainsi sur des pays comme l’Allemagne. La proposition de loi prévoit également la suppression de la clause de conscience spécifique à l’IVG pour les médecins qui ne désirent pas pratiquer d’avortement.

« Les propositions de ce texte convergent avec les conclusions d’un rapport de la délégation au droit des femmes, remis en septembre dernier sur les conditions d’accès à l’IVG », détaille la sénatrice socialiste et ancienne ministre Laurence Rossignol, qui avait déjà déposé un amendement visant à sécuriser l’accès à l’avortement pour toutes les femmes, et préconisant l’allongement du délai légal. « L’allongement de ce délai est une nécessité, qui a d’ailleurs été renforcé par le confinement, avec les tensions auxquelles les hôpitaux sont soumis, et les inégalités d’accès à l’IVG sur le territoire. La longueur du processus conduit un certain nombre de femmes à se retrouver hors délai pour avorter, et les oblige à se rendre à l’étranger, où elles doivent payer, ce qui ajoute une discrimination sociale au problème. »

« Ce serait au groupe LREM de s’emparer du texte »

Après son examen par l’Assemblée nationale, le texte devra donc poursuivre son chemin législatif et être débattu au Sénat. « J’espère que cette proposition de loi sera adoptée par l’Assemblée, car il faut que ce texte soit débattu au Sénat. Je travaille d’ailleurs avec mon groupe pour que nous le prenions dans notre niche », soutient Laurence Rossignol. Si la sénatrice est favorable à l’adoption de ce texte, elle se dit consciente qu’il ne fera pas consensus au Sénat, même parmi les membres du groupe de la majorité présidentielle. « Les sénateurs LREM seront tiraillés entre leur fidélité au groupe de la majorité à l’Assemblée, ou au gouvernement. Il sera d’ailleurs intéressant de voir s’ils ont l’intention de prendre la proposition de loi dans leur niche, car ce serait à eux de le faire… ».

« Je trouve personnellement que ce texte est le bienvenu », réagit la sénatrice LREM du Haut-Rhin Patricia Schillinger. « On sait bien qu’aujourd’hui les délais sont trop courts, pour les femmes qui souhaitent avorter. Après l’épidémie de Covid, c’est encore plus difficile d’obtenir des rendez-vous chez les gynécologues. Il faut vraiment que le Sénat s’empare du sujet. Mais on sait que, dans l’hémicycle, c’est toujours très compliqué lorsqu’il s’agit de sujets qui touchent les femmes… », reconnaît la sénatrice, qui compte malgré tout militer pour que le groupe de la majorité s’empare du texte.

« Nous ne sommes pas là pour faire du buzz politique »

A droite de l’hémicycle, cependant, les élus ne sont pas favorables à l’adoption du texte, et les sénateurs de droite, majoritaires au Sénat, devraient difficilement se laisser convaincre. « Je veux défendre la loi Veil, qui était un équilibre basé sur 12 semaines », soutenait ce matin le député Damien Abad, invité de l’émission de Public Sénat Bonjour chez vous. « Ce délai a été choisi sur des bases, sur des études scientifiques d’ailleurs on est dans la moyenne des pays européens. Il y a une clause de conscience spécifique parce que c’est un acte particulier. Je ne veux pas qu’on détricote la loi Veil au détour d’une proposition de loi. Nous ne sommes pas là pour faire du buzz politique. Je dis que la loi Veil c’est ce qui a tenu la France debout et je pense qu’on doit respecter cet esprit de la loi Veil ». « Nous savons qu’il ne sera pas évident de trouver une majorité pour l’adopter au Sénat », balaie Laurence Rossignol. « Mais le plus important est que ce texte fasse la navette, qu’il soit examiné au Sénat, pour qu’il retourne à l’Assemblée et soit votée », affirme l’ancienne ministre.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le