Annulation de la dette : « Ce serait dangereux », selon Jean-François Husson
La crise liée à la covid-19 n'est pas terminée que la reprise économique est sur toutes les lèvres. Au centre des débats, la dette contractée auprès de la Banque centrale européenne. Certains demandent son annulation. D’autres, comme le rapporteur de la commission des finances du Sénat, estiment que ce serait irresponsable.

Annulation de la dette : « Ce serait dangereux », selon Jean-François Husson

La crise liée à la covid-19 n'est pas terminée que la reprise économique est sur toutes les lèvres. Au centre des débats, la dette contractée auprès de la Banque centrale européenne. Certains demandent son annulation. D’autres, comme le rapporteur de la commission des finances du Sénat, estiment que ce serait irresponsable.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La perspective d’une sortie de crise est apparue dans le sillage de l’arrivée d’un vaccin contre la covid-19. Avec elle, la question de la dette contractée par la France auprès de la Banque centrale européenne (BCE) pour soutenir son économie pendant la pandémie.

Peut-on et doit-on annuler les dettes publiques détenues par la Banque centrale européenne (BCE), qui représentent aujourd’hui 2 400 milliards d’euros ? Son poids ne risque-t-il pas d’entraver les investissements et la reprise ? Pour Aurore Lalucq, députée européenne et cosignataire d’une tribune publiée en septembre dans le Journal du Dimanche (« Pourquoi il faut annuler la dette détenue par la Banque centrale européenne »), l’annulation de la dette est une « solution techniquement faisable » et « économiquement indispensable ».

La peur de nouveaux impôts

Pour l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran, autre adepte de cette annulation, si la BCE effaçait d’un trait cette dette, cela « neutraliserait complètement l’augmentation de l’encours de dette provoquée par la dette covid-19 ». Sinon, elle craint « le retour de l’austérité […], ce qui a bridé la politique budgétaire et totalement déséquilibré la politique économique de la zone euro », dit-elle dans une interview accordée à The Conversation le 14 décembre.

A contrario, l’annulation de la dette « couperait court à la crainte que pourraient avoir les contribuables, d’impôts nouveaux ou augmentés ». Au final, avec l’annulation d’une partie de cette dette « l’économie réelle se porterait mieux libérée de ces tensions ».

Les cryptomonnaies en embuscade ?

Pour d’autres, il s’agit d’un « leurre », une façon « de ne pas regarder la réalité en face ». Ils rappellent que la BCE est une affaire qui concerne l’Union européenne et que, la quantité de titres n’étant pas la même d’un pays à l’autre, il faudrait un accord de tous les pays européens, « ce qui est loin d’être gagné ».

L’Allemagne, par exemple, est viscéralement contre une telle idée. Tout comme la BCE. D’aucuns craignent également la perte de confiance envers les banques centrales, ouvrant la voie à des monnaies alternatives (les cryptomonnaies de type bitcoin, ou le diem de facebook…) gérées par les géants du numérique et que les pouvoirs publics ne seraient plus en mesure de réguler.

Alors que la « commission sur l’avenir des finances publiques », mise en place par le gouvernement et présidée par l’ancien ministre Jean Arthuis, rendra un rapport sur la dette d’ici mars, « le Sénat se saisira très certainement de cette question, c’est un vrai débat politique », affirme à Public Sénat Jean-François Husson, sénateur LR et rapporteur de la commission des finances.

Annuler la dette publique détenue par la BCE est-il envisageable ?

Il faut être au rendez-vous de nos engagements. Ne pas rembourser la dette nous mettrait en dehors du contrat qui lie les États européens entre eux. La France se mettrait en difficulté.

Quelles pourraient être les conséquences ?

Si les États veulent retrouver la confiance de leur peuple, il faut qu’ils honorent leurs dettes car, en s’engageant, l’État engage son peuple, qui n’est autre que ses contributeurs. Croire qu’on pourrait balayer d’un revers de la main la dette serait dramatique. Cela reviendrait à dire que « l’argent magique » existe, tout comme la gomme magique… On s’aventurerait sur un terrain dangereux, où la parole donnée n’aurait plus de valeur. Se laisser séduire par la facilité nous conduirait dans l’impasse, voire dans les griffes des populistes.

Beaucoup estiment cette dette irremboursable, un poids pour la relance économique, et un obstacle à la transition écologique…

Le monde d’après n’est pas incompatible avec le remboursement de la dette. Il y aura des efforts à faire, il faudra redéfinir les priorités. Les enjeux environnementaux, pour lesquels je me bats depuis vingt ans, devront en faire partie. Redéfinir nos priorités, c’est aussi revoir notre façon de produire et de consommer.

Le remboursement de cette dette n’est-il pas l’argument tout trouvé pour le retour de l’austérité, les réformes impopulaires, et les coupes dans les dépenses publiques voulues par le président Emmanuel Macron ?

On peut mettre de la rigueur dans la gestion, mais est-ce de l’austérité ? Une cure d’amaigrissement et de jouvence ne fait de mal à personne. Les enjeux écologiques conduisent à repenser notre manière de produire. Ce sont des contraintes, mais pour mieux faire. Être rigoureux ne veut pas dire se priver, mais réorganiser et revoir l’attribution de ses ressources. Il faut redéfinir les besoins d’urgence…

Comment des esprits éclairés et responsables peuvent dire « on contracte une dette, l’État sort de l’argent grâce à la dette et le soutien collectif de l’Europe », puis dire « on ne rembourse pas » ? Il faut oublier ça. Ce n’est pas être responsable. On ne peut pas se mentir, ni mentir aux autres.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris, March against sexual and gender-based violence
10min

Société

Violences sexuelles et sexistes :  malgré des avancées, la formation des forces de l’ordre reste à améliorer

Préjugés sexistes, violences minimisées, ou refus de plainte : les victimes qui ont le courage de pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie doivent parfois affronter une nouvelle épreuve, celle du dépôt de plainte. Depuis le Grenelle contre les violences conjugales en 2019, la formation des forces de l’ordre sur les violences intra-familiales et les violences sexistes et sexuelles (VSS) a été renforcée. Pourtant, l’affaire Lyhanna a démontré qu’il existe encore de nombreux trous dans la raquette. Si la formation initiale des policiers et des gendarmes aux VSS est obligatoire, la formation continue des forces de l’ordre reste tributaire des dynamiques locales.

Le

Annulation de la dette : « Ce serait dangereux », selon Jean-François Husson
7min

Société

« Ce n’est pas une crise passagère ! » : les démographes alertent sur la rupture historique de la natalité

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Auditionnés par la commission des affaires sociales du Sénat, les démographes de l’Ined et de l’Insee ont décrit une baisse durable, générale et profondément sociétale de la fécondité, loin des seuls effets économiques ou des politiques natalistes.

Le

Annulation de la dette : « Ce serait dangereux », selon Jean-François Husson
6min

Société

Réinsertion : la prison remplit-elle encore sa mission ?

En France, environ 90 000 détenus sortent chaque année de prison. Leur réinsertion devient alors un enjeu majeur pour notre société. Mais à l'heure où près de deux détenus sur 3 récidivent 5 ans après leur libération, la sénatrice centriste Dominique Vérien, co-autrice d'un rapport sur l'exécution des peines, souhaite redonner du sens aux sanctions pénales. Développement des aménagements de peine et des alternatives à l’incarcération, les pistes sont nombreuses… Dans le cadre d’un documentaire, Public Sénat fait le portrait de détenus et d’ex-détenus qui tentent de se reconstruire une vie après la prison.

Le