Après le Conseil d’Etat, la Cnil enjoint les forces de l’ordre à cesser d’utiliser des drones
Le gendarme des données personnelles indique avoir « rappelé à l’ordre le ministère de l’Intérieur pour avoir procédé à des vols de drones équipés de caméras en dehors de tout cadre légal ». Pas une surprise pour les sénateurs de la commission des lois.

Après le Conseil d’Etat, la Cnil enjoint les forces de l’ordre à cesser d’utiliser des drones

Le gendarme des données personnelles indique avoir « rappelé à l’ordre le ministère de l’Intérieur pour avoir procédé à des vols de drones équipés de caméras en dehors de tout cadre légal ». Pas une surprise pour les sénateurs de la commission des lois.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Pour la deuxième fois en moins d’un mois, Beauvau se fait taper sur les doigts. Quelques semaines après des remontrances du Conseil d’Etat allant dans le même sens, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) indique dans un communiqué publié ce jeudi avoir enjoint les forces de police de cesser « sans délai » tout vol de drone équipé de caméras jusqu’à ce qu’un cadre normatif « autorisant un tel traitement de données personnelles ou jusqu’à ce qu’un système technique empêchant toute identification des personnes soit mis en œuvre ». « Ce n’est pas une découverte. En réalité, on savait déjà qu’il y avait un problème d’ancrage juridique », réagit le co-rapporteur du texte « Sécurité globale » au Sénat, Loïc Hervé (Union Centriste), par ailleurs membre de la Cnil depuis 2014. « C’est un problème auquel le projet de loi entend répondre », assure-t-il. Cette décision, il estime donc qu’elle tombe « à bon escient ». Vice-président de la commission des lois, Jérôme Durain accueille lui aussi cette décision « favorablement ». « Il y a bien un doute juridique. Tout ça est flou, y compris dans les réponses du ministre », tacle le sénateur socialiste.

La Quadrature du net, l’association de défense des libertés publiques, révélait fin octobre que « la police nationale et la gendarmerie utilisent de manière systématique les drones pour surveiller les manifestations ». Mediapart avait de son côté documenté cette utilisation. Lors d’un contrôle, la Cnil avait constaté que les personnes filmées étaient susceptibles d’être identifiées, ce qui, en vertu de la loi Informatique et Libertés, doit être prévu par un texte législatif ou réglementaire et nécessiter une étude d’impact.

A l’issue d’une procédure de contrôle initiée en mai 2020, la formation restreinte de la Cnil, a donc « rappelé à l’ordre le ministère de l’Intérieur pour avoir procédé à des vols de drones équipés de caméras en dehors de tout cadre légal ».

L’Intérieur « prend acte »

Le ministère dirigé par Gérald Darmanin a fait savoir de son côté « prendre acte de la décision dont il respectera les termes » et souligne que l’article 22 du texte sur la « Sécurité globale », qui sera examiné par le Sénat, prévoit un tel dispositif. Ce texte envisage d’autoriser l’usage des drones lors de manifestations « lorsque les circonstances font craindre des troubles graves à l’ordre public » et a fait l’objet de vives critiques.

Selon Loïc Hervé, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. « Je vais proposer une rédaction de l’article 22 qui respecte les libertés individuelles. C’est le rôle du Parlement de protéger les libertés publiques », affirme-t-il. Encore faut-il que députés et sénateurs se mettent d’accord sur la rédaction du texte au terme de la navette parlementaire. « Absolument pas » opposé à l’utilisation des drones, l’élu centriste rappelle leur utilité dans certaines circonstances. « Je viens d’un département de montagne, la Haute-Savoie. Par exemple, quand les sauveteurs cherchent quelqu’un en haute montagne, ils utilisent un drone. Ce dispositif permet de sauver des gens », explique-t-il.

A l’inverse, fin décembre, Jérôme Durain affichait lui sa préoccupation quant aux captations d’images sans consentement, parfois avec l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale. Le sénateur de Saône-et-Loire reste toujours en alerte sur le texte. « Je pense que l’examen de l’article 22 va permettre de remettre les compteurs à zéro. Plus globalement, il faudra faire du sujet des images un fil rouge », presse-t-il les deux rapporteurs du texte, Loïc Hervé et Marc-Philippe Daubresse (Les Républicains). Et trouver un compromis entre les différentes sensibilités des groupes politiques présents au Sénat. Pour le moment, les auditions en vue de l’examen du texte se poursuivent. Pour la bataille des amendements, rendez-vous est donné en mars.

Partager cet article

Dans la même thématique

Après le Conseil d’Etat, la Cnil enjoint les forces de l’ordre à cesser d’utiliser des drones
3min

Politique

« La température est montée jusqu’à 50 degrés sur la façade de l’immeuble » rappelle cette jeune mère de famille de Pantin.

Confiné pour cause de canicule dans un appartement du centre de Pantin en Seine-Saint-Denis, épuisé par les vagues de chaleur à répétition, soucieux de l’état de santé d’un jeune bébé, Marion raconte, dans ce nouvel épisode de Dialogue Citoyen, comment elle et sa famille ont décidé de quitter la région parisienne quelques jours pour s’extraire de la fournaise dans laquelle ils vivaient depuis des semaines.

Le

Après le Conseil d’Etat, la Cnil enjoint les forces de l’ordre à cesser d’utiliser des drones
3min

Politique

L’impatience des sinistrés des incendies de l’été « Il faut accélérer les procédures » de reconstruction

L’été caniculaire a été, à bien des égards, particulièrement violent. Cinquante-trois jours de vagues de chaleur ont entraîné sécheresses, incendies et températures insupportables. Florence Van Overmeire a perdu sa maison lors des terribles incendies qui ont frappé la Gironde. Sur le plateau de Dialogue citoyen, face aux sénateurs, cette habitante de la commune du Porge a accepté de revenir sur cette épreuve et appelle à l’accélération des procédures de reconstruction.

Le

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le