Armes françaises au Yémen : Florence Parly bientôt auditionnée par le Sénat
La ministre des Armées, Florence Parly, sera bientôt auditionnée par la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat au sujet des ventes d’armes par la France. Une audition qui intervient après des révélations sur l’utilisation d’armes françaises dans la guerre au Yémen.

Armes françaises au Yémen : Florence Parly bientôt auditionnée par le Sénat

La ministre des Armées, Florence Parly, sera bientôt auditionnée par la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat au sujet des ventes d’armes par la France. Une audition qui intervient après des révélations sur l’utilisation d’armes françaises dans la guerre au Yémen.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Ce sont des révélations qui contredisent la version officielle des autorités françaises. Des armes françaises vendues à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis ont été utilisées dans le conflit au Yémen contre les rebelles houthis, une minorité chiite soutenue par l’Iran. C’est ce que révèle Disclose, nouveau média d'investigation français, en partenariat avec France Info, Mediapart, The Intercept, Konbini et Arte.

Note du renseignement militaire

Des révélations qui s’appuient sur une note de la Direction du renseignement militaire (DRM) transmise à l’exécutif en octobre 2018. Selon cette note, des armes de fabrication françaises ont bien été utilisées sur le terrain de manière offensive, et non défensive, comme l’affirment jusqu’ici les autorités françaises. Des chars Leclerc, des canons Caesar, des radars Cobra, des Mirage 2000-9, des hélicoptères Cougar ou encore des frégates de classe Makkah, tous de fabrications françaises, sont concernés. Des armes qui peuvent menacer directement les populations locales. Une carte de la DRM, intitulée « population sous la menace des bombes », estime que « 436.370 personnes » sont « potentiellement concernées par de possibles frappes d'artillerie », notamment celles de 48 canons Caesar, produits par le français Nexter.

La ministre des Armées, Florence Parly, a pourtant toujours nié jusqu’ici tout recours à des armes françaises dans le cadre de ces opérations. « Je n’ai pas connaissance du fait que des armes (françaises) soient utilisées directement au Yémen », affirmait la ministre des Armées début janvier, sur France Inter.

Contrôle quasi inexistant du Parlement sur les ventes d’armes

Elle pourra bientôt répondre aux questions des sénateurs. « On va entendre la ministre des Armées spécialement sur le sujet des ventes d’armes. Cela se fera à partir de la rentrée parlementaire » annonce à publicsenat.fr Christian Cambon, président LR de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat. Après deux semaines de suspension, les travaux de la Haute assemblée reprennent à partir du 29 avril. Une audition à huis clos, qui était prévue avant les révélations sur le Yémen. Mais « raison de plus », pour les sénateurs, d’entendre Florence Parly. « Nous interrogerons aussi le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian », précise Christian Cambon.

« Après, le Sénat en tirera les conséquences, sous l’autorité du président du Sénat, pour un meilleur contrôle par le Parlement. Globalement, le président du Sénat s’est toujours manifesté pour plus de transparence sur l’action du gouvernement » ajoute le président de la commission des affaires étrangères et de la défense.

En matière de contrôle sur les ventes d’armes, le Parlement part de loin, car celui-ci est… inexistant ou presque. Il doit se contenter d’un rapport annuel sur le sujet, donc a posteriori (voir le rapport 2018). « On est le Parlement qui a le moins de contrôle sur les ventes d’armes » constate de son côté un député qui suit ces questions. « Aux Etats-Unis, le Congrès doit approuver les ventes d’armes » ajoute le même, un peu envieux.

Mission d’information sur le contrôle des exportations d'armement à l’Assemblée

C’est pour plancher sur ce sujet que Marielle de Sarnez, présidente Modem de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, a lancé une mission d’information sur le « contrôle des exportations d'armement ». Une mission d’information n’a pas les pouvoirs d’investigation d’une commission d’enquête. Ses conclusions ne sont pas attendues avant plusieurs mois, mais il ne serait pas surprenant qu’il en ressorte une nécessité d’associer davantage le Parlement pour plus de transparence. Mais pas sûr que les vendeurs d’armes et l’Etat soient très à la recherche de cette transparence…

Pour un autre parlementaire, une meilleure association du Parlement ne résoudra pas tout : « Voter sur le sujet ne signifie pas qu’on donne des renseignements sur l’utilisation qu’on fait des armes. C’est bien ça le problème ».

11,1 milliards d’euros de ventes d’armes à l’Arabie Saoudite depuis 2008

Pour ce qui est du Yémen, Matignon, interrogé dans l’enquête de Disclose, affirme ne « pas (avoir) connaissance de victimes civiles résultant de l’utilisation (d’armes françaises) sur le théâtre yéménite ». « À notre connaissance, les armes françaises dont disposent les membres de la coalition sont placées pour l’essentiel en position défensive, à l’extérieur du territoire yéménite ou sur des emprises de la coalition, mais pas sur la ligne de front », soutiennent les services du premier ministre. Pour l’essentiel.

Selon le rapport annuel 2018 sur les ventes d’armes, la France a vendu depuis 2008 à l’Arabie Saoudite pour 11,1 milliards d’euros d’armement et 3,8 milliards d’euros aux Emirats arabes unis.

Partager cet article

Dans la même thématique

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le

Macron Sénat 3 ok
14min

Politique

[Série 3/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : lors du second quinquennat, « le Sénat est un peu le roi du pétrole »

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffements, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après sa réélection historique en 2022, Emmanuel Macron n’a qu’une majorité relative, l’obligeant à composer avec les LR pour obtenir des majorités. Le Sénat y trouvera son intérêt et un pouvoir d’influence. Après la dissolution manquée en 2024, la droite entre au gouvernement et fait partie de la majorité. L’opposant d’hier se retrouve aux côtés des macronistes, tout en gardant ses distances.

Le

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le