« Attention à ne pas glisser vers un régime trop dirigiste ! » : ambiance au Sénat après le boycott
Salle des conférences, devant la salle des séances du Sénat, les parlementaires se sont confiés à notre micro, après le vote sur la déclaration du gouvernement qu’ils ont déserté, en signe de protestation.

« Attention à ne pas glisser vers un régime trop dirigiste ! » : ambiance au Sénat après le boycott

Salle des conférences, devant la salle des séances du Sénat, les parlementaires se sont confiés à notre micro, après le vote sur la déclaration du gouvernement qu’ils ont déserté, en signe de protestation.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Un après-midi singulier au Sénat. Il est 17 h 24, les écrans de la salle des séances affichent une infographie de l’hémicycle presque vide : seulement 45 sénateurs, sur les 348 que compte la chambre, ont pris part au vote qui a suivi la déclaration du gouvernement sur les nouvelles mesures sanitaires. La majorité des groupes ont choisi de ne pas cautionner le scrutin, mécontent d’être placés devant le fait accompli, le cadre sanitaire du mois d’avril ayant été exposé par Emmanuel Macron la veille au soir. Salle des conférences, cinq groupes politiques – de la droite aux communistes – donnent une conférence de presse commune. L’image est inédite.

A notre micro, les sénateurs reviennent sur cette séance particulière. La centriste Françoise Gatel estime que l’absence de la quasi-totalité du Sénat sur le vote ne signifie pas une opposition aux mesures, mais bien une réaction au sentiment d’un Parlement qui « n’est pas associé » à la gestion de crise. « On ne peut pas dire que le Parlement ralentirait la course contre le covid-19. A chaque fois que le gouvernement nous a demandé de voter des lois d’urgence, nous l’avons fait. Nous n’avons rien ralenti », a rappelé la présidente de la délégation aux collectivités territoriales. Annoncer des mesures à la télévision avant un vote symbolique qui ne peut changer le contenu de ce troisième confinement : « Il y a danger », estime-t-elle. « Attention à ne pas glisser vers un régime trop dirigiste ». « Ce sera plus facile d’avoir un Parlement qui porte avec vous les mesures sanitaires pour qu’on retrouve la confiance de nos concitoyens », a-t-elle conseillé.

« Nous sommes en quelque sorte informés, priés de bien vouloir voter et approuver »

Le socialiste Jean-Pierre Sueur juge lui aussi que l’état de la relation entre l’exécutif et les parlementaires a atteint un seuil qui n’est plus tolérable. « Ce n’est pas comme ça que je vois le dialogue constructif entre un exécutif et un Parlement très divers et respectueux de la pluralité des opinions françaises », s’est-il exclamé. L’ancien président de la commission des lois affichage sa déception, après le discours du Premier ministre, traduisant des mesures déjà arrêtées. « Cela aurait été plus naturel que l’on puisse être sollicité pour demander notre avis, qu’on puisse quand même participer à ce nouveau dispositif, mais nous ne participons pas. Nous sommes en quelque sorte informés, priés de bien vouloir voter et approuver. »

Sénateur non-inscrit à un groupe, Stéphane Ravier (Rassemblement nationale) a, lui, dénoncé le « coup de force permanent » et le « pouvoir solitaire » du président de la République. Il est l’un des deux seuls sénateurs à avoir voté contre la déclaration. Interrogé sur cette photo « œcuménique » des différentes tendances du Sénat, qui a refusé de participer au vote d’un seul bloc, le sénateur marseillais raille : « Tout cela pourrait ressembler à une opposition, mais c’est une opposition de façade, de salive. » A quelques mètres du trône de Napoléon, dans ce palais marqué par l’histoire du Premier empire, le sénateur RN estime que ses collègues auraient dû aller au bout de leur logique et voter contre. « Les sénateurs sont un peu comme les grognards [les soldats de Napoléon Bonaparte, ndlr]. Ils grognent mais ils avancent […] Mon vote a été cohérent. »

Partager cet article

Dans la même thématique

LA ROCHELLE : French socialist party summer camp.
5min

Politique

Le sénateur Ronan Dantec à pied d’œuvre pour faire de la social-écologie le socle du rassemblement de la gauche en 2027

À l’initiative d’Ensemble sur nos territoires (ESNT), un mouvement d’élus locaux lancé par le sénateur écologiste Ronan Dantec, plusieurs responsables de gauche sont conviés à Montreuil, le 11 avril, pour se prononcer sur la mise en place d’une plateforme programmatique commune. L’objectif : faire de la « social-écologie » un instrument de rassemblement et de reconquête des classes populaires en vue de 2027.

Le

Clairefontaine: Celebration of French Training Model’s 50 Years
3min

Politique

Municipales à Lyon : l’écart se resserre entre Jean-Michel Aulas et le maire sortant Grégory Doucet, selon un nouveau sondage

A trois jours du premier tour des élections municipales, un sondage Opinionway commandé par CNews, Europe 1 et le JDD l’ancien président de l’Olympique lyonnais seraît en tête du premier tour avec 43 % des suffrages exprimés. Cependant, le maire écologiste sortant rattrape du terrain en remportant 3 points supplémentaires par rapport au mois dernier. Un duel qui s’annonce serré dans la quatrième ville la plus peuplée de France.

Le

PARIS, RASSEMBLEMENT DU PERSONNEL PERISCOLAIRE.
8min

Politique

Violences sexuelles dans le périscolaire à Paris : la crise enflamme la campagne municipale à Paris

À quelques jours du premier tour des élections municipales, une nouvelle affaire de violences sexuelles présumées impliquant un animateur du périscolaire relance une crise qui secoue les écoles parisiennes depuis plusieurs mois. Entre révélations judiciaires, colère des familles et affrontements politiques, le dossier est devenu l’un des sujets les plus sensibles de la campagne dans la capitale.

Le

VISITE BRUNO RETAILLEAU LE HAVRE
8min

Politique

Présidentielle 2027 : l’idée d’une primaire ouverte à droite fait son chemin

Dans la perspective de la présidentielle, Gérard Larcher a appelé à un rassemblement du centre et de la droite républicaine derrière un candidat unique. Le président du Sénat a même indiqué qu’il pourrait soutenir Gabriel Attal s’il sortait vainqueur d’une primaire ouverte à l’automne face à un candidat LR.

Le