Audition de Vincent Bolloré : quand le milliardaire s’expliquait devant les sénateurs sur sa stratégie chez Canal
Vincent Bolloré répondra mercredi 19 janvier aux questions de la commission d’enquête sénatoriale sur la concentration des médias. En 2016 déjà, le milliardaire breton avait été auditionné par les sénateurs pour évoquer sa reprise du groupe Canal. Un face-à-face lors duquel il n’avait pas caché son agacement.

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Vincent Bolloré répondra mercredi 19 janvier aux questions de la commission d’enquête sénatoriale sur la concentration des médias. En 2016 déjà, le milliardaire breton avait été auditionné par les sénateurs pour évoquer sa reprise du groupe Canal. Un face-à-face lors duquel il n’avait pas caché son agacement.
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Comme ils se retrouvent… Vincent Bolloré, 14e fortune de France, dont le groupe a la mainmise sur Canal +, CNews, C8, et indirectement sur plusieurs médias détenus par Lagardère, sera auditionné ce jeudi, à partir de 16h45, par la commission d’enquête sénatoriale sur la concentration des médias. Une audition à suivre en direct sur Public Sénat. Il y sera notamment interrogé par les membres de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, dont le rapporteur David Assouline. Ce n’est pas la première fois que l’homme d’affaires breton et l’élu socialiste se font face. Déjà en 2016, sous les ors du Palais du Luxembourg, Vincent Bolloré, avare des apparitions médiatiques, avait dû répondre au feu nourri des questions de la même commission sur la stratégie déployée à Canal + et l’ex iTélé (devenue en 2017 CNews), tombés dans son escarcelle après qu’il est devenu l’actionnaire majoritaire de leur maison mère, le groupe Vivendi.

À l’époque, les polémiques s’accumulent autour de cette reprise, face à l’éviction de plusieurs personnalités liées à Canal +, à la mise en place de suppressions de postes, mais aussi autour de projets de publireportages (des formats destinés à promouvoir une marque ou un produit), ou encore des accusations de censure après l’annulation de la diffusion sur Canal + d’une enquête du magazine « Spécial Investigation » sur le Crédit Mutuel. « Les faits sont là. Il y a un reportage validé sur le Crédit Mutuel qui a des intérêts avec le groupe Vivendi et il est déprogrammé », avait pointé David Assouline.

Vincent Bolloré, qui se voit reprocher de jouer les directeurs des programmes voire les directeurs de l’information, botte en touche systématiquement : « Le reportage sur le Crédit Mutuel, je ne l’ai jamais vu et les histoires de publireportages, je ne sais pas de quoi il s’agit », lâche ce proche de Nicolas Sarkozy, accusant ses détracteurs de « crier au loup ».

Crédit Mutuel, Médiapart, Canal : Vincent Bolloré répond à David Assouline
04:50

« Je suis la conséquence des problèmes de Canal et peut-être la solution »

Il avait toutefois assumé d’avoir mis Canal + à la « diète », dénonçant « les excès bien connus de la chaîne. » « On a fait toute une pendule parce qu’au lieu d’avoir 450 personnes à Cannes, vous en aviez 50 », avait-il notamment déclaré à propos des équipes du « Grand journal », l’un des programmes phares de la chaîne. « Je ne suis pas la cause des problèmes de Canal, je suis la conséquence des problèmes de Canal et peut-être la solution ».

Le milliardaire Breton est allé jusqu’à invoquer une obscure métaphore maritime pour évacuer les accusations d’ingérence. « Je suis toujours très flatté quand on explique que c’est moi qui fais tout. […] Mais je ne suis pas un surhomme, je suis un Monsieur dans sa 65e année, qui a hérité d’un groupe. […] Je ne suis pas un enfant de 4 ans. Je lis ce qui s’écrit. Quand vous lisez des choses désagréables, il y a toujours des trucs intéressants à prendre. Je viens de l’Ouest, là où l’huître, sous le citron, bouge. Enfin l’huître reste l’huître. Donc nous avançons avec détermination ».

Vincent Bolloré : "Je ne suis pas un surhomme ni un enfant de 4 ans"
00:31

Le sort d’Europe 1

Depuis cette audition, la mainmise du tandem Vivendi-Bolloré sur une partie des médias français s’est élargie. Notamment avec les titres du groupe Lagardère, - Europe 1, Paris Match et Le Journal du Dimanche -, dont Vivendi est devenu le premier actionnaire au cours des derniers mois. Vincent Bolloré, qui prêtera serment, sera certainement interrogé mercredi sur les changements de ligne éditoriale constatés. « Quand je vois qu’Europe 1 aujourd’hui, c’est CNews, je m’inquiète de la tonalité éditoriale », avait commenté auprès de Public Sénat Patrick Kanner, le chef de file de la gauche sénatoriale, qui est également à l’origine de la mise en place de cette commission d’enquête. Dénonçant notamment le rapprochement de leur antenne avec la chaîne d’informations CNews, environ 70 % des membres de la rédaction d’Europe 1 se sont mis en grève en juin dernier. Depuis, une centaine de salariés ont quitté la station dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective et de ruptures individuelles.

La commission d’enquête passera également sur le gril d’autres fortunes ayant investi dans les médias. Bernard Arnault le 20 janvier et, dans les prochaines semaines : Arnaud Lagardère, Xavier Niel, Patrick Drahi et Martin Bouygues.

» Lire notre article - Rachat d’Itélé : « J’ai pris le parti de la rédaction face à Vincent Bolloré qui faisait du fox news », relate Patrick Eveno

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