Avec le macronisme, la culture d’entreprise s’installe au pouvoir politique
Les macronistes veulent "disrupter" les pratiques: avec Emmanuel Macron à la tête de la "start-up nation" et le "renouvellement"...

Avec le macronisme, la culture d’entreprise s’installe au pouvoir politique

Les macronistes veulent "disrupter" les pratiques: avec Emmanuel Macron à la tête de la "start-up nation" et le "renouvellement"...
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Par Marie DHUMIERES

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Les macronistes veulent "disrupter" les pratiques: avec Emmanuel Macron à la tête de la "start-up nation" et le "renouvellement" au gouvernement et à l'Assemblée, la culture de l'entreprise a fait son entrée dans les bâtiments du pouvoir politique.

Il voulait arrêter la politique pour l'entreprise, mais a "ensuite pivoté de business model", racontait en souriant le chef de l'Etat devant des entrepreneurs jeudi soir.

S'il assure ne pas résumer la vie politique à celle d'une entreprise, Emmanuel Macron en reprend pourtant les codes, affirme Thierry Herrant, spécialiste de la communication d'entreprise, qui avance l'idée d'une "présidence managériale".

Macron qui s'adresse aux parlementaires réunis en congrès la veille de la déclaration de politique générale d'Edouard Philippe ? "C'est une culture entrepreneuriale", analyse Thierry Herrant. "Le patron donne sa vision, son cap, et le directeur général dévoile sa stratégie".

La stratégie du directeur général, la préparation de la déclaration de politique générale du Premier ministre donc - a été élaborée dans une double approche de "bottom-up" et "top-down" explique-t-on à Matignon : Les projets de feuilles de route sont transmis par des ministres choisis pour leur expertise et leur capacité de "leadership" au chef du gouvernement (bottom-up), en se basant sur le programme du chef de l'Etat (top-down).

Un "jargon" d'entreprise, reconnaît-on dans l'entourage du Premier ministre, où on ne nie pas la possible "influence" du passé dans le privé de l'exécutif et de nombreux conseillers à l'Elysée et Matignon, tout en soulignant que l'"efficacité" et l'"organisation" ne sont pas propres à l'entreprise.

Autre méthode du privé: l'évaluation annuelle des ministres, qui devront se présenter devant le Parlement pour soumettre leur bilan.

"C'est la même logique qu'en entreprise, les ministres sont nommés avec un ordre de mission. S'ils maintiennent leurs objectifs, ils sont maintenus", note le politologue Matthieu Chaigne, du site Délits d'Opinion.

"Les hommes sont choisis en fonction de leurs compétences, moins d'un rapport de force", constate-t-il aussi.

Le ministre de l'Education, l'ancien directeur de l'Essec Jean-Michel Blanquer par exemple, "ne tiendra que s'il amène des résultats, pas parce qu'il a des députés derrière lui", avance-t-il. "Ce sont des hommes qui doivent tout à Macron, il n'y a pas d'airbag. Et Macron du coup, se sentira d'autant plus libre de s'en séparer" le cas échéant.

Quant au "spoil system" pour écarter les directeurs d'administrations centrales et hauts fonctionnaires réticents devant le programme du président, "c'est la base de la stratégie d'entreprise", explique Thierry Herrant. "Il faut que tout le monde soit aligné sur la position du nouveau CEO".

- 'On brainstorme ce matin en mode atelier' -

"Helpers", "benchmarking", "feedbacks", "process"... souvent moqué depuis le lancement d'En marche!, le jargon du mouvement a fait son entrée au Palais Bourbon avec l'arrivée de la majorité présidentielle.

"Disruptons les pratiques : on brainstorme ce matin en mode atelier", tweetait dimanche le nouveau député Eric Bothorel, qualifiant aussi l'Assemblée de "plus grand espace de coworking" de France.

"On a des deadlines, des policies, des lignes directives", énumère-t-il, parlant de "back-office" du parti pour être efficace. "Ce n'est pas un gros mot", dit-il insistant sur la liberté de parole conservée. Pas un gros mot non plus, l'"ice-breaking" pour que les nouveaux députés REM apprennent à se connaître, même si, dit-il, "on n'a pas joué avec des balles en prononçant le nom de chacun".

Bruno Bonnell, un chef d'entreprise qui s'avoue "un peu perturbé" en devenant député, veut, en conservant sa "profonde intégrité", "accompagner dans une transformation subtile" l'Assemblée, particulièrement en termes de numérique. "On vote avec des enveloppes et des urnes, parfois sur des bulletins manuscrits", note par exemple celui qui veut "digitaliser (sa) circo" et mettre en place un logiciel de traitement des courriers des administrés, "une habitude d'entreprise pour suivre les clients".

Autre ressemblance avec l'entreprise: le verrouillage de la communication du "macronisme", sa défiance envers les médias et la préférence pour les journalistes spécialisés, analyse Thierry Herrant. On préfère "des ministres experts qui parlent à des experts sur des sujets techniques", explique-t-il. "Moins il y a d'infos, moins il y a de risques".

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