Baisse de la natalité : l’immigration serait un « leurre », selon François Bayrou
Le Haut-commissaire au Plan était auditionné ce 20 mai par la délégation à la prospective du Sénat. Il est notamment intervenu sur sa vision pour redresser la démographie française dans les prochaines années. Selon lui, l’apport migratoire ne peut venir qu’en complément pour équilibrer le solde total, avec « des apports limités, ou en tout cas régulés et réfléchis ».

Baisse de la natalité : l’immigration serait un « leurre », selon François Bayrou

Le Haut-commissaire au Plan était auditionné ce 20 mai par la délégation à la prospective du Sénat. Il est notamment intervenu sur sa vision pour redresser la démographie française dans les prochaines années. Selon lui, l’apport migratoire ne peut venir qu’en complément pour équilibrer le solde total, avec « des apports limités, ou en tout cas régulés et réfléchis ».
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Les deux parlaient la même langue. Après avoir été entendu par deux commissions permanentes du Sénat au cours des derniers mois, le Haut-commissaire au Plan François Bayrou a échangé ce 20 mai avec la délégation à la prospective du Sénat. L’ancien ministre est chargé depuis septembre d’éclairer l’Etat sur les choix à prendre sur le long terme, une échelle de temps sur laquelle travaille justement la délégation sénatoriale depuis sa création. Une partie de l’audition a tourné autour de l’évolution de la démographie française. En fin de semaine dernière, l’ancien ministre béarnais avait sonné l’alerte dans une note, indiquant que « l’avenir démographique de la France » n’était « plus assuré ».

Le baby-boom que certains espéraient à la faveur des confinements instaurés en France n’a pas eu lieu et la France reste sur une mauvaise pente démographique. Pour François Bayrou, le « fléchissement » n’est même conjoncturel mais remonte à « six ou sept ans ». Depuis cette période, la courbe des naissances diminue un peu plus chaque année. Fin 2019, le solde naturel de la population s’établissait à 141 000, un point bas jamais observé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le quinquennat de François Hollande est « concomitant du fléchissement »

Pour redresser la barre, le Haut-commissaire recommande de « renouer avec une ambition démographique », notamment avec une politique familiale ambitieuse. Proche du président de la République, le maire de Pau a notamment expliqué la baisse de la natalité par les réformes du précédent quinquennat en la matière. « Je crois que les décisions qui ont été prises sous les gouvernements de François Hollande, concernant par exemple les allocations familiales, ont joué un rôle mystérieux, pas facile à décrire. Mais il se trouve que c’est absolument concomitant du fléchissement », a-t-il considéré. Le quinquennat de François Hollande avait été marqué par un contexte fiscal moins favorable, avec l’abaissement du quotient familial, mais aussi l’introduction d’une dégressivité des allocations familiales pour les ménages aisés.

Le propos n’a pas manqué de faire réagir son auditoire. Pour la sénatrice communiste Cécile Cukierman, la cause de ce manque de dynamisme démographique est trouvée. C’est « peut-être un discours politique qui, pendant de nombreuses années, a tellement dit que certains s’enrichissaient avec les allocations familiales. » Or, « on prend conscience qu’avoir des enfants, ça un coût », a-t-elle rappelé, soulignant notamment que la garde des jeunes enfants était devenue un « surcoût exorbitant » pour les parents. « On se focalise sur le très jeune enfant, et on ne va pas au-delà », a renchéri la sénatrice LR des Hauts-de-Seine Christine Lavarde, étonnée que les propositions du Haut-commissariat au Plan relayées dans la presse étaient « plutôt axées » sur l’immigration.

L’apport migratoire au solde démographique « ne change pas les grands nombres »

Sur ce dernier point, la note de François Bayrou n’a pas considéré que l’apport migratoire pouvait régler le problème. « Du strict point de vue démographique l’immigration n’est ni la seule solution ni le seul problème », a-t-il écrit. Durant l’audition, le numéro 1 du MoDem a voulu une nouvelle fois balayer ce « fantasme » ou ce « leurre » d’une solution miracle. « Il y a aujourd’hui, disent les rapports, quelque chose comme entre 15 et 20 % de la natalité qui est due à des femmes issues de l’immigration […] Le taux de fécondité est un peu plus haut, mais ça ne change pas les grands nombres. »

Si François Bayrou s’est dit favorable à des « apports limités, ou en tout régulés et réfléchis » permettant d’assurer l’équilibre de la société, il a déconseillé de répondre au déclin démographique en premier par l’immigration, la question de la démographique étant, selon lui, dans « l’harmonie d’une société ». « Je ne crois pas du tout à ce que les Allemands ont fait : accepter d’un coup un million de personnes parce que le patronat avait dit qu’il fallait un million de personnes. Si cela se produisait en France, étant donné la situation psychologique du pays et les tensions, je pense que ça ferait des dégâts considérables qui produiraient du déséquilibre et le déséquilibre produit de la dénatalité, c’est-à-dire le contraire », a-t-il argumenté.

François Bayrou a surtout rappelé que la « situation des mères », et l’attention portée entre la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, commandait « en partie » la démographie du pays. Les questions vont de l’installation de crèches à la protection des femmes dans l’entreprise. Outre sa vision sur les allocations familiales qui doivent rester « universalistes », le Haut-commissaire a donné raison à Bernard Fialaire (sénateur RDSE du Rhône) sur le « facteur limitant » du logement, dont le prix pénalise l’extension des familles.

En clair, beaucoup de sujets doivent être résolus pour favoriser la natalité. « Quand on conduit une enquête auprès des parents, pour leur demander combien d’enfants ils voudraient, la réponse est : un enfant de plus que le nombre de celui qu’ils ont. Il y a un décalage entre le souhait et la réalité », a souligné François Bayrou. Tout tiendrait au contexte général de la société française. « La clé fondamentale, c’est un certain optimisme du pays. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Elysee Palace : Emmanuel Macron welcomes European Council President Antonio Costa
3min

Politique

Les sénateurs communistes veulent réduire les pouvoirs du Président de la République

Mercredi 25 février, les communistes du Sénat défendront une proposition de loi constitutionnelle visant à « restreindre certaines prérogatives du Président de la République ». Il s’agit de retirer des prérogatives du chef de l’Etat et de les transférer au Premier ministre, comme le pouvoir de dissolution ou encore la présidence du Conseil des ministres.

Le

Baisse de la natalité : l’immigration serait un « leurre », selon François Bayrou
2min

Politique

Mort de Quentin : Vincent Jeanbrun pointe la responsabilité de LFI dans « la libération de la parole violente »

Invité dans notre matinale, le ministre du Logement est revenu sur la mort de Quentin en marge d’une intervention de Rima Hassan à Sciences Po Lyon. L’ancien député LR pointe la responsabilité de LFI dans « l’hystérisation » du débat public et appelle la France Insoumise à « se soumettre » au respect du débat public et des règles de droit.

Le

Baisse de la natalité : l’immigration serait un « leurre », selon François Bayrou
3min

Politique

Logement : « Quand on est un criminel, on ne doit pas bénéficier d’un logement social » estime Vincent Jeanbrun

Invité de notre matinale, le ministre du Logement n’a pas nié les difficultés d’un secteur en crise, et mise en réponse sur un « plan de relance. » Concernant le logement social, Vincent Jeanbrun défend toujours la fin du « logement social à vie » et l’expulsion de locataires condamnés pour des faits « particulièrement graves. »

Le