#BalanceTonPorc : « Des hommes ont peur d’être dénoncés parce qu’ils ont eu un mot déplacé » estime Elisabeth Levy
Invitées de l’émission « On va plus loin », Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur et Fatima Benomar, cofondatrice de l’association féministe « Les effronté.es », débattent des tribunes du Monde et du site de France Info autour du mouvement #BalanceTonPorc.

#BalanceTonPorc : « Des hommes ont peur d’être dénoncés parce qu’ils ont eu un mot déplacé » estime Elisabeth Levy

Invitées de l’émission « On va plus loin », Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur et Fatima Benomar, cofondatrice de l’association féministe « Les effronté.es », débattent des tribunes du Monde et du site de France Info autour du mouvement #BalanceTonPorc.
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Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur a cosigné la Tribune du Monde « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Et plutôt deux fois qu’une : «  J’assume ce texte » dit-elle. En revanche, ce qu’elle ne supporte pas c’est « le torrent d’injures » qui a suivi : « C’est très bien que la parole des femmes se libère me dit-on et je suis tout à fait prête à l’entendre. Mais (…) je demande le droit au pluralisme et je demande le droit au désaccord, sans être insultée. La disqualification des auteures notamment au prétexte que ce serait des bourgeoises… Quand les femmes ont dénoncé Harvey Weinstein, c’était des prolétaires ? C’était des caissières ? Cela n’était pas des privilégiées ? »

 

Fatima Benomar, cofondatrice de l’association féministe « Les effronté.es » qui a cosigné une contre-tribune sur le site de France Info, explique ce qui l’a fait réagir, avec d’autres femmes, à ce texte co-écrit par Elisabeth Levy : « Ce qui nous a mis en colère, c’est ce décalage de ce que l’on voit nous, comme association par rapport à la prise de parole des femmes qui subissent le harcèlement, les agressions et les viols, et ce qui était en train d’être dit dans cette tribune. C'est-à-dire qu’on a l’impression d’être arrivé à une ère où dès qu’un homme fait des avances dites « lourdingues », [les femmes vont] aller porter plainte. Le problème que l’on a en France, c’est que même lorsqu’elles vivent des choses extrêmement graves comme des harcèlements, des agressions et des viols - il n’y a que 10% des femmes violées qui portent plainte - elles vont au contraire intérioriser que c’est de leur faute. »

 « Que vous ayez été énervées, c’est très bien » répond Elisabeth Lévy. «  Qu’on nous accuse de défendre les violeurs (…) ne me convient pas du tout. Si la parole des femmes se libère, elle doit se libérer dans toutes sortes de sens. Il n’y a pas un grand parti des femmes où tout le monde doit penser pareil (…) Vous n’avez pas le monopole d’une vérité (…)Moi je suis née dans le monde de l’égalité. Si un homme s’adresse à moi, en me disant, comme un homme a dit à Sandra Muller [journaliste, à l’origine du hashtag « BalanceTonPorc » sur les réseaux sociaux NDLR] (…) « Tu as des gros nibards, je vais te faire jouir », ça peut me déranger, ça peut m’énerver, ça peut me faire marrer mais en aucun cas, ça n’attente à ma dignité (…) Moi, je considère que si un homme me touche sans mon consentement, ce n’est pas mon honneur qui est atteint. Il ne peut pas m’humilier» assure-t-elle.

 « C’est très bien que vous dites que vous arrivez à être forte » lui rétorque Fatima Benomar. «  Moi, une fois, j’ai été agressée sexuellement (…) j’ai cogité pendant des semaines pour me dire si ce n’était pas moi qui était mal habillée ou si ce n’était pas moi qui avait provoqué la situation. Parce qu’il y a tout un discours qui est culpabilisant. Et ce qui était génial avec #MeToo, c’est qu’il y a eu une libération de milliers de femmes, qui, en écoutant le témoignage des autres, ont su identifier que ce qu’elles ont vécu était grave » explique-t-elle.

La féministe s’oppose à l’idée, soulignée dans la tribune du Monde, qu’un statut de victimes risquerait d’enfermer les femmes : « Nous ce qu’on dit c’est que la plupart des femmes se sentent plutôt coupables (…), complices quand il [leur] arrive des violences. (…) Le statut de victimes, on a l’impression que vous dites que c’est intériorisé, qu’elles deviennent victimes comme si cela faisait partie de leur identité. Au contraire (…) J’ai été victime d’une violence, ça veut dire « Ce n’est pas ma faute. C’est la faute de l’autre. Ce n’est pas ma dignité qui est remise en cause. C’est un autre qui a voulu attenter à ma dignité. » »

Et si Elisabeth Lévy semble estimer que la situation devient difficile aujourd’hui pour les hommes en France : « Des hommes ont peur d’être dénoncés parce qu’ils ont eu un mot déplacé ou pas, parce qu’ils ont fait une avance (…) A mon avis, les comportements déviants existent mais ils ne sont pas la norme dans notre pays », de son côté, Fatima Benomar souhaite faire passer un message aux femmes : « Ce qui est important c’est que les femmes (…) ont le droit de choisir avec qui, si [oui] et quand. Et que la violence commence quand l’expression de leur non consentement (…) a été niée et que la personne commence à insister et à avoir un comportement intimidant. »

Retrouvez le match des idées d'OVPL  en intégralité :

#BalanceTonPorc : débat entre Elisabeth Levy & Fatima Benomar
17:00

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