Belloubet : « Ceux qui n’ont rien à faire en prison doivent être sanctionnés d’une autre manière »
La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a été auditionnée sur son projet de loi de réforme de la justice. Elle entend notamment revoir l’échelle des peines. Les 15.000 nouvelles places de prison promises par Emmanuel Macron se feront en réalité sur deux quinquennats.

Belloubet : « Ceux qui n’ont rien à faire en prison doivent être sanctionnés d’une autre manière »

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a été auditionnée sur son projet de loi de réforme de la justice. Elle entend notamment revoir l’échelle des peines. Les 15.000 nouvelles places de prison promises par Emmanuel Macron se feront en réalité sur deux quinquennats.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une fois n’est pas coutume, un texte commence son parcours législatif par le Sénat. Il s’agit du projet de loi de programmation 2018-2022 et de la réforme pour la justice, accompagné d’un projet de loi organique sur le renforcement de l'organisation des juridictions. Si cela est arrivé récemment avec le projet de loi sur la lutte contre la fraude fiscale, c’est assez rare pour être noté.

La ministre de la Justice, Nicolas Belloubet, a été auditionnée sur son texte mardi 25 septembre par la commission des lois et son président, Philippe Bas, avec qui les relations se sont visiblement détendues après les tensions liées à la commission d’enquête Benalla. Au point que les deux n’ont pas hésité à plaisanter ensemble. La séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs, que la garde des Sceaux avait voulu rappeler aux sénateurs, ne l’empêche pas.

Par sa réforme, Nicole Belloubet n’entend pas faire de grand bing bang dans le monde judiciaire. Mais elle propose entre autres une « autre échelle des peines », en se penchant sur l’« efficacité et le sens de la peine » pour « mieux réprimer les infractions, mieux protéger la société et mieux réinsérer les personnes condamnées ». « Ceux qui n’ont rien à faire en prison doivent être sanctionnés d’une autre manière. C’est pourquoi je propose une autre échelle des peines, considérant que toute infraction mérite sanction » souligne la garde des Sceaux, alors que les prisons françaises sont pleines depuis des années.

« L’idée, c’est d’éviter des emprisonnements inules, désocialisantes et qui nourrissent la récidive »

« Nous proposons qu’en dessous d’un mois, les peines d’emprisonnement soient interdites. Elles semblent en effet inutiles. Entre 1 et 6 mois, la peine s’exécutera par principe en dehors d’un établissement de détention. Mais cela ne sera pas exclu lorsque cela apparaîtra nécessaire » précise la ministre.

« Entre 6 mois et 1 an, le juge pourra prononcer une peine autonome de détention à domicile, sous surveillance électronique, ou une peine d’emprisonnement. Au-delà d’un an, les peines d’emprisonnement seront exécutées sans aménagement de peine ab initio. Cela signifie que le seuil d’aménagement des peines d’emprisonnement sera abaissé de 2 ans à 1 an ».

« L’idée, c’est d’éviter des emprisonnements inules, désocialisantes et qui nourrissent la récidive. L’idée c’est aussi d’assurer une exécution effective des peines prononcées » explique Nicole Belloubet.

15.000 nouvelles places de prison mais sur deux quinquennats

Un rééchelonnement des peines à mettre en parallèle avec le plan prison, qu’elle a présenté il y a peu en Conseil des ministres. Sur ce point, Philippe Bas a cherché à coincer la ministre de la Justice sur la promesse d’Emmanuel Macron de construire dans le quinquennat 15.000 places de prison. La ministre a expliqué qu’il faudra en réalité deux quinquennats pour réaliser cet objectif, avec seulement 7.000 places construites d’ici 2022. Ce que la Chancellerie avait reconnu dès novembre 2017. « Le programme présidentiel a été abandonné » lance le président de la commission des lois.

Mais la garde des Sceaux n’est pas tombée dans le piège tendu par le Philippe Bas. « Le programme présidentiel sera entièrement respecté, (…) il n’a pas été abandonné. (…) Nous sommes en mesure de dire que nous ferons les 15.000 places. 7.000 livrées, 8000 lancées, d’ici 2022 » a-t-elle soutenu. Question de présentation. La bonne entente, ou du moins la politesse, n’empêche pas quelques joutes à fleuret moucheté.

Partager cet article

Dans la même thématique

Belloubet : « Ceux qui n’ont rien à faire en prison doivent être sanctionnés d’une autre manière »
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Belloubet : « Ceux qui n’ont rien à faire en prison doivent être sanctionnés d’une autre manière »
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le