Budget de la Sécu : le Sénat devrait à nouveau s’opposer à la copie du gouvernement
La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est venue ce mardi présenter le budget de la Sécu devant les sénateurs centristes, avant de déjeuner avec Gérard Larcher. Mais du côté du groupe LR, on devrait rejeter le texte dans sa version d’origine.

Budget de la Sécu : le Sénat devrait à nouveau s’opposer à la copie du gouvernement

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est venue ce mardi présenter le budget de la Sécu devant les sénateurs centristes, avant de déjeuner avec Gérard Larcher. Mais du côté du groupe LR, on devrait rejeter le texte dans sa version d’origine.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Le budget de la Sécurité sociale ne sera pas examiné au Sénat avant novembre, mais la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, prépare le terrain. Mardi matin, elle est venue présenter le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2019 devant les sénateurs du groupe Union centriste. Agnès Buzyn a ensuite traversé la Cour d’honneur du Sénat pour se rendre du côté du Petit Luxembourg, où Gérard Larcher, président LR de la Haute assemblée, l’attendait pour un déjeuner. Ce soir, c’est Emmanuel Macron en personne qui prend le relais en recevant à l’Elysée les députés et sénateurs de la majorité présidentielle membres des commissions des affaires sociales.

« Je viens présenter le PLFSS avec un budget qui sera pour la première fois, depuis 18 ans, à l’équilibre » ne s’est pas privé de rappeler la ministre de la Santé, interrogée par Public Sénat avant son arrivée à la réunion du groupe centriste (voir la vidéo, images d'Aurelien Romano) . Au Sénat, où la majorité est détenue par l’alliance LR-UDI, pourra-t-elle s’appuyer sur les 51 sénateurs du groupe UC ? « Je pense. J’aurai cette discussion ouverte avec eux. Mais je pense pouvoir les convaincre à la fois de la rigueur avec laquelle je gère le budget de la Sécurité sociale et à la fois des orientations qui visent à protéger les plus vulnérables ». Elle en veut pour preuve « des mesures sur la solidarité qui n’ont jamais été prises jusqu'à présent, notamment le reste à charge zéro, c’est une réforme que tous les ministres de la Santé auraient rêvé de faire depuis 50 ans. Et il y a une mesure d’accessibilité aux complémentaires santé pour les plus démunis, qui va toucher 1,4 million de personnes, qui va permettre d’accéder à une complémentaire santé pour moins de 1 euro par jour. C’est une très belle mesure sociale ».

Alain Milon : « Je ne pense pas que nous pourrons voter le PLFSS »

A peu près au même moment, à l’autre bout du Palais du Luxembourg, dans un sous-sol qui mène à la Salle Médicis, Alain Milon rejoint la réunion du groupe LR. Il y aura encore du boulot pour convaincre le président de la commission des affaires sociales. Comme l’année dernière, il ne devrait pas voter en l’état le budget de la Sécu.

« Je ne pense pas que nous pourrons voter le PLFSS tel qu’il est présenté, dans la mesure où l’essentiel des recettes finançant la Sécurité sociale vient maintenant de la CSG. Et nous n’étions pas favorables à la suppression des cotisations sociales et à la mise en place de la CSG. Comme ça n’a pas changé depuis l’année passée, il n’y a aucune raison que nous changions d’avis sur le sujet » explique Alain Milon à Public Sénat (voir ci-dessous, sonore d'Aurelien Romano). La droite dénonce depuis un an la hausse de 1,7 point de la CSG pour les retraités qui permet de financer les suppressions des cotisations pour les actifs. Elle était d’ailleurs revenue provisoirement sur cette hausse l’an dernier, lors du PLFSS. Et ce n’est pas l’exemption pour 300.000 retraités annoncée par le gouvernement qui suffira à leurs yeux.

Alain Milon : "Je ne pense pas que nous pourrons voter le PLFSS tel qu'il est présenté"»
00:56

Pour le président de la commission des affaires sociales, c’est la philosophie même qui en résulte qui pose problème. « C’est de plus en plus une bercysation du système. On abandonne de plus en plus le système solidaire mis en place en 1945 pour un système assurantiel », dénonce le sénateur du Vaucluse, où c’est l’impôt, via la CSG, qui finance la protection sociale, et non les cotisations payées par les salariés. Conclusion d’Alain Milon : « De toutes évidences, les nouvelles orientations de la Sécu sont financières, budgétaires et pas solidaires ». La révision constitutionnelle, qui prévoit « que le PLF et le PLFSS pourront être examinés en même temps » en est à la preuve, selon le sénateur LR. Il ajoute :

« C’est un système à l’anglo-saxonne. On n’a jamais consulté les Français pour leur demander s’ils étaient d’accord ».

La majorité sénatoriale ira cependant au bout de l’examen du texte. Pour que le Sénat puisse imprimer sa marque. Et aussi « car il y a des mesures intéressantes » reconnaît Alain Milon. « Les mesures de santé d’Agnès Buzyn, comme sur les médicaments innovants ou l’imagerie médicale, sont intéressantes » reconnaît ce médecin de profession. Côté équilibre des comptes, s’il reconnaît que « ça va moins mal », mais il souligne qu’il y a « un milliard d’euros de déficit pour les hôpitaux ».

L’équilibre du budget de la Sécu, « un satisfecit » pour Jean-Marie Vanlerenberghe

Le rapporteur de la commission des affaires sociales n’est pas tout à fait sur la même longueur d’onde que son président. Il s’agit de Jean-Marie Vanlerenberghe, sénateur du groupe UC, membre du Modem, parti allié à La République En Marche. A la sortie de sa réunion de groupe, après avoir passé une bonne heure avec Agnès Buzyn, il se félicite de l’équilibre du budget de la Sécu, « la première fois depuis 18 ans. Évidemment, c’est un satisfecit pour nous ». Regardez :

L’équilibre du budget de la Sécu, « un satisfécit » pour Jean-Marie Vanlerenberghe
01:45

Il salue aussi la reprise de certaines mesures du plan santé dans le PLFSS. « C’est plutôt réjouissant car ces mesures ont été approuvées par une très grande majorité, par toutes les associations et les partenaires sociaux » dit-il, soulignant aussi « les mesures qui visent à réduire les déserts médicaux ». Les sénateurs centristes ont alerté la ministre sur ce sujet crucial. Reste qu’à regarder le résultat du vote du groupe UC l’an dernier, il y a encore du travail pour les convaincre. 44 sénateurs centristes avaient voté pour le texte… modifié par le Sénat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Budget de la Sécu : le Sénat devrait à nouveau s’opposer à la copie du gouvernement
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Budget de la Sécu : le Sénat devrait à nouveau s’opposer à la copie du gouvernement
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le