Budget : « La réalité finit par rattraper Emmanuel Macron »
Croissance plus faible, déficit, économies sur les aides sociales… L’équation se complique en cette rentrée pour le gouvernement. Du grain à moudre pour les oppositions.

Budget : « La réalité finit par rattraper Emmanuel Macron »

Croissance plus faible, déficit, économies sur les aides sociales… L’équation se complique en cette rentrée pour le gouvernement. Du grain à moudre pour les oppositions.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La rentrée aurait pu mieux se présenter pour le gouvernement. La faute aux indicateurs économiques. Ils mettent à mal les plans de l’exécutif, contraint de conjuguer avec une croissance plus faible que prévu. Le premier ministre Edouard Philippe a reconnu, dans un entretien au Journal du dimanche, que le gouvernement tablait sur une prévision de croissance de 1,7% l’an prochain, contre 1,9% espéré encore au cœur de l’été. Lundi matin, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a reconnu que la France ne pourra pas tenir son objectif de réduction du déficit à 2,3% du PIB en 2019, visant plutôt 2,6%, comme cette année.

Conséquence : le gouvernement multiplie les mesures d’économie. Le premier ministre a annoncé que les retraites, les allocations familiales et les APL n’augmenteront que de 0,3% les deux prochaines années. Ils ne seront donc pas indexés sur l’inflation, qui atteint 1,7% pour le moment et qui devrait se situer à 2,3% sur l’année. Côté fonction publique, 4.500 postes supplémentaires seront supprimés et la réduction des emplois aidés continuera, passant de 200.000 à 100.000. Pas sûr que la hausse du RSA, de certains minima et la suppression des cotisations salariales – une promesse de campagne, synonyme de hausse de pouvoir d’achat  – compenseront ces économies.

Autre annonce faite par Bruno Le Maire : le report du 1er janvier au 1er octobre 2019 d'une baisse de cotisations patronales de quatre points. De quoi économiser 2 milliards d’euros supplémentaires. La mesure permet aussi à l’exécutif de montrer que les efforts ne sont pas seulement demandés aux Français, mais aussi aux entreprises.

« Le rideau de fumée se dissipe »

La révision des chiffres de la croissance ne surprend pas vraiment Vincent Eblé, président PS de la commission des finances du Sénat. « Avant l’été, jusqu’au débat d'orientation des finances publiques, le gouvernement était encore à 2% de croissance. Puis il a dit 1,9%. Maintenant, c’est 1,7%. Je ne suis même pas sûr que ce sera atteint. On est tenu, quand on dirige un pays, à une certaine prudence dans les annonces. Ce gouvernement a péché par imprudence » estime le sénateur de Seine-et-Marne. Vincent Eblé ajoute : « La réalité finit par rattraper Emmanuel Macron et son gouvernement. Aujourd’hui, le rideau de fumée se dissipe et les chiffres rattrapent le gouvernement ».

Alors que l’effort se fait aujourd’hui sur les prestations sociales, le socialiste rappelle que l’an dernier, « ils ont sensiblement baissé les prélèvements obligatoires, ils ont réduit les recettes publiques pour les catégories les plus fortunées, avec la suppression de l’ISF, le prélèvement forfaitaire unique. Ce n’est pas pour les couches moyennes ou les catégories populaires ».

Bouffée d’air pur pour les oppositions

La conjoncture économique donne des arguments aux oppositions. Une bouffée d’air pur politique pour la rentrée. Selon Roger Karoutchi, sénateur LR des Hauts-de-Seine, « c’est un constat d’échec. Pourquoi on cherche autant d’économies ? Parce qu’en 2018, avec 1,7% de croissance, nous serons les derniers en Europe ». Pour le sénateur, la réduction de voilure du train de vie de l’Etat ne va pas assez loin et l’engagement de supprimer d’ici la fin de quinquennat 50.000 postes de fonctionnaires ne sera « pas tenu ».

Budget 2019 : « Un constat d’échec » selon Roger Karoutchi (LR)
01:23

« L’Etat est incapable de faire 1 ou 2% de réduction dans ses dépenses. Résultat, on va prendre dans la poche de tous les Français. Première cible, les retraités. Ça ne suffisait pas d’avoir augmenté en 2018 de manière considérable la CSG. (…) On leur dit maintenant qu’on va réévaluer les retraites de 0,3%, sachant que l’inflation estimée sera de 2,3%, ce qui revient à dire que les retraites perdront 2% de pouvoir d’achat supplémentaire en 2019, puis 2% en 2020. En 3 ans, tous les retraités auront perdu 8 à 10% de leur pouvoir d’achat » fustige Roger Karoutchi, qui y ajoute les allocations familiales : « On s’en prend aussi aux familles » (voir la vidéo, images d'Adrien Develay).

« Lendemains qui déchantent »

Seule mesure qui a naturellement grâce aux yeux du sénateur LR : la suppression des cotisations sur les heures supplémentaires. « Comme Nicolas Sarkozy l’a mise en place en 2007 (dans une version un peu différente, ndlr), je m’en voudrais de critiquer, au contraire. (…) On est pour cette mesure. Pour le reste, on peut s’inquiéter ».

Les prochaines échéances électorales en tête, Roger Karoutchi prédit déjà « des lendemains qui déchantent » à la majorité. « Je dis ça, je dis rien, mais je dis à En Marche : vous rêviez de faire des scores pharaoniques aux européennes. Attention à ne pas faire des scores bathyscaphes ». Autrement dit, de toucher le fond. Emmanuel Macron en est encore loin. Mais selon un sondage Ifop, la cote de popularité du chef de l’Etat, après un été marqué par l’affaire Benalla, chute de cinq points, passant de 39 à 34% de « satisfaits » en un mois. Son plus bas niveau depuis son élection.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le

France Extreme Weather Heat
3min

Politique

Incendie au Cap-Ferret : 10 000 hectares parcourus, 80 maisons brûlées et 40 000 personnes évacuées, « le feu continue de progresser », annonce Laurent Nuñez

Le ministre de l’Intérieur a fait un point de situation, ce vendredi matin, sur « le plus feu gros de la saison » qui menace dangereusement le Cap-Ferret, en Gironde. « Le feu n’est pas maitrisé et continue de progresser », alerte Laurent Nuñez. Au total, 50 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, « quasiment trois fois » plus que l’an dernier.

Le