Cabinets de conseil : l’Etat a-t-il plus dépensé aujourd’hui, qu’il y a dix ans?
Mis en difficulté par les révélations de la commission d’enquête du Sénat sur le recours jugé excessif par l’Etat aux cabinets de conseil, Emmanuel Macron assure que les dépenses sont bien plus faibles « qu’il y a dix ans ». Selon, les chiffres identifiés par la Haute assemblée, ce serait pourtant l’inverse.

Cabinets de conseil : l’Etat a-t-il plus dépensé aujourd’hui, qu’il y a dix ans?

Mis en difficulté par les révélations de la commission d’enquête du Sénat sur le recours jugé excessif par l’Etat aux cabinets de conseil, Emmanuel Macron assure que les dépenses sont bien plus faibles « qu’il y a dix ans ». Selon, les chiffres identifiés par la Haute assemblée, ce serait pourtant l’inverse.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Je me félicite que sous ce quinquennat, on a beaucoup moins dépensé qu’il y a 10 ans ». Suite aux révélations de la commission d’enquête du Sénat sur les cabinets de conseils, Emmanuel Macron a développé sa défense lundi lors d’un déplacement à Dijon. Parmi les éléments de réponse destinés à justifier le milliard de dépenses identifié par la Haute assemblée en 2021, le chef de l’Etat fait la comparaison avec l’un de ses prédécesseurs.

Comme le souligne d’ailleurs le site d’information Politico, les membres du gouvernement et les élus de la majorité ont « reçu des éléments de langage » pour « égratigner le pouvoir sarkozyste, soulignant que le plus haut taux historique de recours à des cabinets de conseil remonte à 2009 et 2010 ».

Que dit le rapport du Sénat sur ce point ? Rédigé sous la, houlette de la sénatrice communiste, Éliane Assassi, il note bien une augmentation du recours aux conseils extérieurs suite à la révision générale des politiques publiques (RGPP), sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Le « non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux », a « porté un coup important à la capacité de la fonction publique de mener à bien ses missions », note le rapport.

Comme on peut le voir sur ce graphique réalisé à partir des données de la FEACO (European Federation of Management Consultancies Associations), le chiffre d’affaires réalisé par les entreprises de conseil dans le secteur public a dépassé le milliard d’euros par an en 2009 et 2010.

graphique FEACO
le chiffre d’affaires réalisé par les entreprises de conseil dans le secteur public

« Nous n’avons pas pu avoir accès aux chiffres d’avant 2018 »

Mais comparaison n’est pas forcément raison, nous indique le président de la commission d’enquête, Arnaud Bazin (LR). « Les données de la direction du budget ne sont pas disponibles pour la période d’avant 2018. On nous a expliqué que le logiciel de comptabilité de l’Etat ne remontait pas avant cette date. Le graphique de la FEACO repris dans notre rapport, prend en compte non seulement les dépenses de l’Etat, mais aussi celle des collectivités locales et de toutes les agences de l’Etat. Or, le milliard d’euros que nous avons identifié en 2021 est une estimation minimale qui ne prend compte que les dépenses des ministères et seulement 10 % des agences de l’Etat », souligne l’élu. La comparaison entre 2010 et 2021, mise en avant par le chef de l’Etat serait donc plutôt en sa défaveur.

Arnaud Bazin ajoute : « la RGPP on en pense ce qu’on veut mais c’était une réforme assumée et transparente. Sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, nous ne voyons pas de réforme de l’Etat qui justifierait un recours accru aux cabinets de conseils ».

Quid de la comparaison d’Emmanuel Macron avec nos voisins européens ?

Emmanuel Macron a également comparé les dépenses de conseil de la France avec celle de ses voisins européens. « Ils ont des chiffres qui sont la plupart du temps bien supérieurs à ceux de la France », s’est-il félicité.

>> Lire notre article. Cabinets de conseil : « Les propos d’Emmanuel Macron traduisent une grande fébrilité », note le président de la commission d’enquête

Le chiffre d’affaires réalisé par les cabinets de conseil s’élevait effectivement à 657 millions d’euros en 2018 en France, contre 3 143 millions d’euros en Allemagne et 2 640 millions d’euros au Royaume-Uni. Mais comme le soulignait le sociologue Frédéric Pierru devant la commission du Sénat, cet écart s’explique notamment par « une différence de culture administrative ». « Jusqu’au début des années 2000, la France se montrait relativement imperméable à la colonisation des États par les grandes firmes du conseil, en raison de l’obstacle représenté par les grands corps de l’État », expliquait-il.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Debate on no-confidence motions against the 2026 finance bill at National Assembly
5min

Politique

Prix du Trombinoscope : Sébastien Lecornu, Amélie De Montchalin, Olivier Faure parmi les lauréats

Le jury du Prix du Trombinoscope, dont Public Sénat est partenaire, a dévoilé son palmarès annuel. Plusieurs figures de premier plan ont été distinguées, parmi lesquelles Sébastien Lecornu, Amélie de Montchalin, le duo des sénateurs de la commissions d’enquêtes sur les aides publiques aux entreprises ou Olivier Faure. Des récompenses qui mettent en lumière une année politique marquée par la tension budgétaire, la recherche de compromis et le retour au premier plan du Parlement.

Le

Cabinets de conseil : l’Etat a-t-il plus dépensé aujourd’hui, qu’il y a dix ans?
3min

Politique

La nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, une décision « aux antipodes de l'éthique », brocarde le sénateur Jean-Raymond Hugonet

Le sénateur LR Jean-Raymond Hugonet a interpellé le gouvernement sur la nomination d'Amélie de Montchalin, actuelle ministre du Budget, comme présidente de la Cour des comptes. L’élu dénonce un risque de conflit d’intérêts. Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, accuse les oppositions de cibler la couleur politique d’Amélie de Montchalin.

Le

Paris : Proces Joel Guerriau et Sandrine Josso
2min

Politique

Condamnation de Joel Guerriau : Sandrine Josso reçue par Gérard Larcher, ce mercredi à 18h30

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher va recevoir l’élue, ce mercredi. La députée avait fait part de son regret de ne pas avoir reçu de marque de soutien de la part du président du Sénat.

Le