Candidature de Macron : « Stratégiquement, c’est plutôt bien joué d’avoir choisi une lettre très consensuelle qui ne dit rien », selon Philippe Moreau Chevrolet
C’est par une lettre aux Français que le chef de l’Etat a annoncé être candidat à l’élection présidentielle. « Ça permet de faire campagne a minima, sans trop s’exposer, tout en étant Président », analyse le communicant Philippe Moreau Chevrolet, qui pense qu’« Emmanuel Macron est un trou noir politique, il absorbe toutes les forces ».

Candidature de Macron : « Stratégiquement, c’est plutôt bien joué d’avoir choisi une lettre très consensuelle qui ne dit rien », selon Philippe Moreau Chevrolet

C’est par une lettre aux Français que le chef de l’Etat a annoncé être candidat à l’élection présidentielle. « Ça permet de faire campagne a minima, sans trop s’exposer, tout en étant Président », analyse le communicant Philippe Moreau Chevrolet, qui pense qu’« Emmanuel Macron est un trou noir politique, il absorbe toutes les forces ».
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La forme, comme le fond. Le choix de l’annonce de candidature d’Emmanuel Macron par une lettre aux Français n’est pas neutre. « C’est le bon choix. Car il fallait avoir une déclaration de candidature discrète », estime Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste de communication politique, afin de « ne pas rappeler » la personnalité « clivante » du chef de l’Etat. Le dirigeant de MCBG Conseil pense par ailleurs qu’« on ne pourra pas avoir un débat démocratique serein à cause de la guerre » en Ukraine.

Si le chef de l’Etat place sa candidature sous le signe de l’écologie, « du point de vue des électeurs, ce n’est pas une promesse crédible », selon Philippe Moreau Chevrolet, mais ça lui permet de « donner des gages » aux électeurs de gauche « dont il a besoin en 2022 ». Pour le communicant, « Emmanuel Macron essaie d’être à la fois la droite, la gauche, l’écologie, le centre, le libéralisme, l’européanisme, avec un peu d’antivax quand même et de dégagisme aussi. C’est un aspirateur à tout ». Entretien.

La guerre en Ukraine a bousculé la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron. Elle a été repoussée jusqu’au dernier moment. Dans la forme, il a fait le choix de la sobriété avec une lettre aux Français. Comment analysez-vous ce choix ?

C’est le bon choix. Car il fallait avoir une déclaration de candidature discrète, pour ne pas rappeler aux Français que ce qui avait été clivant pendant des mois, avant le covid et l’Ukraine, c’est la personnalité même du chef de l’Etat. Le rapport des Français avec Emmanuel Macron est un rapport très passionnel, marqué par une grande hostilité pendant la crise gilets jaunes.

L’idée, c’est de permettre à Emmanuel Macron de s’exprimer comme Président jusqu’au bout, en étant protégé des attaques de ses opposants, et en ne remettant pas le Président et sa personnalité au centre du débat. Stratégiquement, c’est plutôt bien joué d’avoir choisi une lettre très consensuelle qui ne dit rien. Ça permet de faire campagne a minima, sans trop s’exposer, sans revenir sur le débat de fond, en étant capable de faire campagne tout en étant Président, ce qui va être obligatoire pour lui, avec la crise qu’on traverse.

Les propos de Bruno Le Maire, qui a dit qu’il fallait faire la guerre économique aux Russes, est un signal d‘alerte. La réponse a été immédiate de la part de Moscou. Donc on ne pourra pas avoir un débat démocratique serein à cause de ça, à cause de la guerre. On imagine mal Emmanuel Macron et Marine Le Pen débattre sereinement de l’intervention, sachant qu’on est regardés de l’extérieur, sachant que la moindre phrase ou le moindre mot peuvent avoir des conséquences diplomatiques extrêmement graves.

Certains soutient du Président affirment, sous couvert d’anonymat, que la situation, la guerre en Ukraine, va aider Emmanuel Macron dans sa réélection. Mais si c’est le cas, n’y a-t-il pas un risque pour lui d’être réélu sans un réel débat de fond ?

Emmanuel Macron va être réélu, très probablement. Les circonstances feront qu’il sera réélu dans un fauteuil sans trop de difficultés. La question sera ensuite comment gérer l’absence de débat démocratique dans la campagne. Comment gérer le fait qu’il aura une majorité à l’Assemblée, qui devrait être là, mais qui sera extrêmement difficile à gérer. Il n’y aura plus de leader, car il ne pourra pas être réélu une troisième fois. Il sera réélu entre LREM, Horizons (le parti d’Edouard Philippe, ndlr) et le Modem. Il cumulera les handicaps pour un second mandat. Et la crise fera que son discours de politique générale sera inaudible. A moins qu’il ne dise vouloir faire un troisième mandat (pour l’heure impossible, sauf à modifier la Constitution, ndlr). Il pourrait être tenté de le dire pour calmer le jeu. Mais ce n’est pas seulement le Sénat qui ne serait pas d’accord, c’est la population. Donc le moment centriste qu’on observe depuis cinq ans, où il ne se passe pas grand-chose, sera instantanément remis en cause.

S’il est réélu, mais en quelque sorte mal élu, du fait des circonstances, aura-t-il des difficultés à réformer ?

Je ne suis pas sûr que la réforme radicale soit dans sa nature. Si on prend un peu de recul, il a fait une politique extrêmement centriste. Il ne s’est pas passé grand chose depuis cinq ans. Ce n’est pas son tempérament de faire des grandes réformes clivantes. Et de fait, il ne les a pas faites. Dans le quinquennat Hollande, on peut au moins dire qu’il y a eu le mariage pour tous. Dans celui de Macron, il n’y a pas de réforme emblématique. Il y a beaucoup de petites réformes, comme sur les mères célibataires ou le congé paternité doublé. Des réformes critiquées aussi, comme celle de l’assurance chômage.

Emmanuel Macron place sa déclaration sous le signe du travail, de l’écologie, avec aussi une coloration sociale. Il parle très peu de régalien et n’évoque même pas l’immigration. Une posture qui peut surprendre. Après avoir été taxé d’être un Président de droite pendant cinq ans, être disruptif pour Emmanuel Macron en 2022, est-ce de paraître de gauche et écologiste ?

Il aurait du mal à paraître de gauche et écologiste, simplement parce que les cinq ans de mandat n’ont pas exprimé une grande manifestation de gauche et d’écologie. Il va garder cependant une partie de l’électorat PS, qui vote pour lui. Cet électorat sera divisé en deux. Il se répartit entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Anne Hidalgo, c’est fini. L’électorat PS va prendre le candidat le plus bankable. Ce sera un vote utile de gauche, qui ira vers Macron ou Mélenchon.

Sur le long terme, ça veut dire qu’une partie de l’électorat PS restera acquise à Emmanuel Macron, quoiqu’il arrive. La seule chose qui lui fait concurrence à gauche, c’est Jean-Luc Mélenchon. Et le seul risque, c’est sur la droite, s’il y a une union des droites avec une recomposition dure, autour d’Eric Zemmour ou de Marine Le Pen, qui a adouci son image. Elle sera probablement au deuxième tour. Et elle est paradoxalement plus capable de faire l’union des droites. Là, ça peut être une vraie concurrence pour Macron.

Mais pour le second tour, la gauche ne va pas le bouder, car il va faire le plein s’il est face à Le Pen. Les élections aujourd’hui sont des élections contre. Contre Le Pen, contre Zemmour, contre le sortant. Les élections sont devenues une énergie négative. Sur cette base-là, il peut espérer s’en sortir. Pour la suite, ça va être compliqué. On va recomposer la politique française. La question, c’est comment va se recomposer le clivage droite/gauche.

Quand il dit vouloir faire de la France « une grande nation écologique », est-il crédible et que cherche-t-il à faire ?

Il l’a promis il y a cinq ans. Il ne l’a pas fait. Nicolas Hulot est parti en cours de route, car il n’y croyait pas. Du point de vue des électeurs, ce n’est pas une promesse crédible. Il n’y a pas eu de geste. Mais on n’est pas élu ou rejeté sur la base d’un bilan. Cette élection-ci ne va pas se jouer sur la question écologique, mais c’est quand même un peu normal que devant l’absence de bilan, les gens ne lui accordent pas de crédibilité sur l’écologie.

Il le promet car c’est un gage de modernité, que c’est un des sujets du moment, et qu’il a besoin de garder avec lui les électeurs de gauche qu’il a réussi à conquérir en 2017 et dont il a besoin en 2022. Il a besoin de donner des gages dans les discours. Emmanuel Macron essaie d’être à la fois la droite, la gauche, l’écologie, le centre, le libéralisme, l’européanisme, avec un peu d’antivax quand même et de dégagisme aussi. C’est un aspirateur à tout.

C’est la définition d’un trou noir que vous donnez…

Oui ! C’est la définition d’un trou noir politique. Emmanuel Macron absorbe toutes les forces politiques, toutes les énergies politiques qui sont à côté. Et les étoiles autour de lui aussi. Pour lui, c’est une qualité. Mais le problème, c’est qu’on ne sait pas ce qu’il y a de l’autre côté du trou noir. Une fois qu’il aura dévitalisé le champ politique à son profit, qu’il aura tué tous ses opposants, qu’est-ce qu’on construit derrière ? Il n’y a aucun candidat crédible en face, aucun n’a émergé ces cinq dernières années. Et aucun n’a été audible sur le sanitaire. C’est complètement la faute de l’opposition si elle est inexistante.

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