Castaner et la Pitié Salpêtrière : « La preuve par l’absurde » que la loi sur les fake news est « inutile » selon Pierre Ouzoulias
Quelques jours après le tweet polémique de Christophe Castaner évoquant une « attaque » de la Pitié Salpêtrière par des gilets jaunes, le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias a, sans succès, assigné en référé Twitter. « Une preuve par l’absurde » selon lui que la loi sur les fake news « est parfaitement inutile ».

Castaner et la Pitié Salpêtrière : « La preuve par l’absurde » que la loi sur les fake news est « inutile » selon Pierre Ouzoulias

Quelques jours après le tweet polémique de Christophe Castaner évoquant une « attaque » de la Pitié Salpêtrière par des gilets jaunes, le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias a, sans succès, assigné en référé Twitter. « Une preuve par l’absurde » selon lui que la loi sur les fake news « est parfaitement inutile ».
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« J’ai eu envie de tester en grandeur nature cette loi (sur la propagation de fausses nouvelles » et son inutilité. Donc, on a profité des évènements du 1er mai pour demander à Twitter, via le tribunal de grande instance de Paris, de retirer le post de M. Castaner qui était en partie faux comme lui-même l’a indiqué ». Pourfendeur de la loi sur la propagation de fausses nouvelles, qu’il juge « au mieux inutile, au pire liberticide », le sénateur communiste des Hauts-de-Seine, Pierre Ouzoulias, est satisfait d’avoir vu sa « certitude » confirmée par l’ordonnance du TGI de Paris du 17 mai dernier.

« L’attaque » de la Pitié Salpêtrière

Le soir du 1er mai, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner avait tweeté : « Ici, à la Pitié Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République ». Des propos très rapidement contredits par de nombreux témoignages et vidéos amateurs (voir notre article). Christophe Castaner avait fini par consentir que le terme « attaque » n’était pas approprié.

Quelques jours plus tard, avec la députée européenne communiste, Marie-Pierre Vieu, Pierre Ouzoulias décide donc de tester l’efficacité de la loi relative à la lutte contre la manipulation de l'information, promulguée en décembre dernier. Le texte vise à lutter contre les « fake news » en période électorale. Pour se faire, il introduit la possibilité de saisir dans les 48 heures le juge des référés, quand une fausse information « manifestement inexacte ou trompeuse », « de nature à altérer la sincérité du scrutin à venir, est diffusée « de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive par le biais d’un service de communication au public en ligne ».

Un tweet « exagéré » mais pas « manifestement inexact ou trompeur »

Dans son ordonnance de référé, le TGI de Paris note « que si le message rédigé par Christophe Castaner apparaît exagéré en ce qu’il évoque le terme d’attaque et de blessures, cette exagération porte sur des faits qui, eux, sont réels, à savoir l’intrusion de manifestants dans l’enceinte de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière le 1er mai 2019 ». En conséquence, « la condition selon laquelle l’allégation doit être manifestement inexacte ou trompeuse n’est pas remplie » notent les magistrats.

Les conditions d’une diffusion « cumulativement massive, artificielle ou automatisée, et délibérée » du tweet de Christophe Castaner n’ont pas été retenues, non plus, par le tribunal. Enfin, en ce qui concerne « le risque d’altération de la sincérité du scrutin » (en l’espèce, les élections européennes), les juges notent que le tweet « n’a pas occulté le débat, puisqu’il a été immédiatement contesté, que de nombreux articles de presse écrite ou Internet ont indiqué que les faits ne se sont pas déroulés » comme l’avait exposé, dans un premier temps, le ministre de l’Intérieur.

Comment prouver l’influence d’une fausse information sur une élection qui n’a pas eu lieu ?

« Il faut arriver à prouver avant le scrutin que le tweet a eu une action politique sur les électeurs et les électrices. Ce qui est rigoureusement impossible » souligne Pierre Ouzoulias pour qui cette décision de justice « est une preuve par l’absurde » que « cette loi est parfaitement inutile ».

L’année dernière, fait rarissime, les sénateurs avaient par deux fois, adopté, à la quasi-unanimité, une motion préalable contre les deux propositions de loi (organique et ordinaire) relatives à la lutte contre la manipulation de l'information. « Les sénateurs ont refusé de débattre du texte parce qu’ils estimaient qu’il était juridiquement inapproprié. Ça montre bien que l’analyse juridique faite par le Sénat était juste » se félicite aujourd’hui Pierre Ouzoulias.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le