Cazeneuve avec Hamon : un coup de main mais pas de blanc-seing

Cazeneuve avec Hamon : un coup de main mais pas de blanc-seing

Le premier ministre s’est rendu au QG du candidat PS jeudi. Benoît Hamon le remercie pour « son soutien ». Mais Bernard Cazeneuve lui rappelle la nécessité de « rassembler toute sa famille politique ». Le candidat présentera la semaine prochaine le détail de son projet.
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Un coup de main, mais pas de blanc-seing. Le premier ministre Bernard Cazeneuve est venu apporter son appui à Benoît Hamon, au moment où les défections vers Emmanuel Macron continuent dans le camp socialiste. A la différence de la première rencontre entre le candidat et Bernard Cazeneuve, qui s’était faite à Matignon après la primaire, le premier ministre s’est, cette fois, déplacé ce jeudi jusqu’au QG du candidat.

Après une rencontre d’environ trois quarts d’heure, Benoît Hamon s’est dit « très heureux » que le premier ministre soit à côté de lui. Sans citer ceux, comme Bertrand Delanoë, qui préfèrent se tourner vers Emmanuel Macron, le candidat a dénoncé les « aventures politiques parfois cyniques, qui ne sont pas à la hauteur des enjeux ». Pour bien marquer le coup, Benoît Hamon souligne l’« immense bonheur et privilège que (Bernard Cazeneuve) soit venu jusqu’ici pour (lui) apporter son soutien » (voir la vidéo, images : Mounir Soussi et Yonathan Van Der Voort).

« Ce qui a été fait de positif dans le quinquennat »

Seul problème, Bernard Cazeneuve n’a pas repris à son compte le terme de « soutien ». « Je suis venu ici ce matin à la demande de Benoît Hamon, après avoir eu l’occasion de dire à plusieurs reprises ma disponibilité dans cette campagne pour être utile » a souligné le premier ministre, qui entend « rappeler en permanence la gravité du contexte » avec une « extrême droite qui fracture la République » et « une droite dont on voit qu’elle est capable, elle aussi, de céder à cette pente ».

Attaché à « l’avenir de (sa) famille politique », il s’est exprimé « avec franchise » à Benoît Hamon. « En ce qui concerne le candidat investi par la primaire, il faut rassembler toute sa famille politique» lance maître Cazeneuve, « je lui redis aujourd’hui avec amitié »… Benoît Hamon, juste à côté de lui, ne bronche pas et semble encaisser. Autre conseil : « Il faut inscrire l’espérance qu’il incarne dans la continuité de ce qui a été fait de positif dans le quinquennat ». Bref, envoyer des signes, des gestes aux ministres et parlementaires qui trainent des pieds pour soutenir le candidat. C’est le message aussi, ce matin dans Libération, de la ministre Laurence Rossignol, qui « soutient Hamon » mais souligne qu’« il doit rassembler la gauche dans toute sa diversité, on n’y est pas encore ».

« L’appel au rassemblement de Cazeneuve n’est pas que pour Hamon, il s’adresse à tout le monde, à tous ceux qui sont d’humeur grincheuse… »

Si Bernard Cazeneuve soutient Benoît Hamon, c’est quand même du bout des lèvres, en bon soldat du socialisme. Mais pour le député Jean-Marc  Germain, co-directeur de campagne, « c’est un moment fort de la campagne ». « Benoît Hamon rassemble pas à pas tout le monde. Il a fait un accord avec les écologistes, il a constitué une équipe de campagne qui rassemble toutes les sensibilités du PS et aujourd’hui, le premier ministre vient dire son soutien pour dire que le candidat de la gauche, c’est Benoît Hamon » souligne-t-il. Regardez :

Jean-Marc Germain : "Benoît Hamon rassemble pas à pas tout le monde"
00:22

Un autre haut responsable de la campagne, proche du candidat, souligne que « l’appel au rassemblement (de Bernard Cazeneuve) n’est pas que pour Benoît Hamon, il s’adresse à tout le monde. A tous ceux qui sont d’humeur grincheuse… »

« Toute une série de gens qui sont mal à l'aise »

Les « grincheux » se sont pour le moins fait entendre ces derniers jours. Sur France Info, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, dit attendre du candidat des « clarifications » notamment sur la règle des 3% de déficit public et « la prise en compte du bilan ». « Si cette clarification n'est pas faite, il y a toute une série de gens qui sont mal à l'aise » a prévenu l’ancien maire de Nantes, défenseur de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, projet que Benoît Hamon veut abandonner.

Selon Le Figaro, après les départs au compte-gouttes vers Macron, une quarantaine de députés de l’aile droite du PS, rassemblée sous le nom des Réformateurs, s’apprêterait à signer une tribune préparée par les députés Gilles Savary et Christophe Caresche. Mais les intéressés démentent et parlent de texte de travail. Gilles Savary évoque même une « intox dont l'origine est interne ». Les grands départs vers Macron n’auront pas lieu. Dans l’immédiat du moins. La réalité serait plus pragmatique, selon un membre de l’équipe Hamon : « Ils n’ont pas de signataires pour publier la tribune… »

Les départs vers Macron « n’influent que très peu sur le choix des électeurs »

Comme il l’avait fait sur l’antenne de Public Sénat mardi, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, appelle à nouveau ses camarades, ce jeudi dans Le Parisien, au « sang-froid » et à ne pas « se précipiter » chez Macron. Pour le moment, il est urgent d’attendre. « On sait qu’il y a pas mal de parlementaires entre deux eaux. Donc certains attendront de voir ce qui se passe à l’élection présidentielle. Ce qui est bon signe. Cela montre qu’ils ne sont pas sûrs de leur coup » expliquait mercredi à publicsenat.fr le député Alexis Bachelay, co-animateur de la permanence présidentielle de Benoît Hamon.

L’entourage du candidat minimise les défections vers Emmanuel Macron. « Ce n’est pas une collection de soutiens qui a quoi que ce soit d’important. Tout ça n’influe que très peu sur le choix des électeurs. Ce qui compte, c’est le fond » souligne-t-on. Au QG, on croit à la « dynamique » qui va s’enclencher. Ce responsable de la campagne l'explique :

« On part de 5%. On est à 15% pour l’instant, ce qui va dans le bon sens. Il faut passer à un nouveau palier. Pendant 15 jours, l’espace médiatique a été saturé par François Fillon. Nous, on a fait plus de propositions qui n’ont pas été trop vues pendant ce temps-là. On va continuer à le faire ».

Projet présenté la semaine prochaine et nouvelle initiative avec Cazeneuve

Les 2h30 de L’Emission politique sur France 2, ce soir, seront l’occasion pour Benoît Hamon de reprendre la main. Il précisera sa nouvelle mouture du revenu universel, dont il estime le coût à 35 milliards d’euros, soit dix fois moins que la première version. Il pourra aussi développer sa vision de l’Europe, qu’il veut anti-austérité. Il propose dans Le Monde de créer une « Assemblée parlementaire de la zone euro », dont la prérogative serait de « débattre publiquement et de décider du budget de la zone euro ».

La semaine prochaine, le candidat enfoncera le clou et présentera le détail de son projet, sûrement jeudi 16, voire vendredi 17, peut-être sous la forme d’une conférence de presse. Cette séquence projet culminera avec un grand meeting organisé à Bercy, dimanche 19 mars.

Bernard Cazeneuve pourrait refaire son apparition et prêter main forte au candidat. « On réfléchit déjà à des initiatives communes, surtout après le 24, quand la campagne officielle démarrera » glisse l’entourage du candidat. Pourquoi pas un déplacement commun ou même un meeting. Si le plan se passe sans accroc, « à la fin, les gens de gauche voteront à gauche. Emmanuel Macron va apparaître pour ce qu’il est : un homme de centre-droit » croit ce proche du candidat. Reste à voir s’il n’y a pas une majorité de centre-droit aujourd’hui dans le pays…

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