Bernard Cazeneuve a "regretté" lundi les propos de François Fillon accusant le gouvernement de laisser "se développer dans le pays un climat de quasi-guerre civile", et a jugé que son accusation n'était "tout simplement pas responsable".
"La politique appelle, y compris pendant une période électorale, une dignité, une hauteur de vue et une exigence de vérité", a déclaré le Premier ministre, lors d'une visite au Salon de l'Agriculture, tôt lundi matin, en compagnie du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll.
"Je peux comprendre que certains candidats soient tentés de dissimuler derrière des polémiques une difficulté à faire campagne", a-t-il ajouté.
Le candidat de la droite à l'élection présidentielle, François Fillon, a "accusé" dimanche le gouvernement de laisser "se développer dans le pays un climat de quasi-guerre civile" qui perturbe la campagne, après des incidents visant plusieurs candidats.
"J'accuse solennellement le Premier ministre et le gouvernement de ne pas assurer les conditions d’un exercice serein de la démocratie. Ils portent une très lourde responsabilité en laissant se développer dans le pays un climat de quasi-guerre civile qui ne peut que profiter aux extrêmes", a estimé M. Fillon.
Le candidat conservateur a de nouveau dénoncé lundi "la passivité du gouvernement face à ces violences", lors d'un déplacement en région parisienne.
"Franchement, quasi-guerre civile... Hier il nous disait coup d'Etat institutionnel et demain il nous dit quoi? Extermination des programmes? Holocauste des candidats?", a demandé le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas. Citant l'ancien président socialiste François Mitterrand, il a ajouté sur France 2: "les excès de langage, ce sont les procédés coutumiers de ceux qui veulent faire diversion".
Un manifestant frappe la vitre d'un arrêt de bus lors d'une manifestation contre la venue de Marine Le Pen à Nantes le 27 février 2017
AFP/Archives
"Il faut faire attention aux termes que l'on emploie", a insisté de son côté Bernard Cazeneuve. "Employer le terme de quasi-guerre civile quand on est un responsable politique éminent et qu'on sait quel est le niveau de mobilisation des forces de sécurité dans notre pays, ça n'est tout simplement pas responsable."
"Nous n'acceptons aucune violence à l'encontre d'aucun candidat", a dit le Premier ministre, souhaitant "rétablir la vérité", "par-delà les polémiques qui correspondent franchement à un abaissement du débat public".
"C'est d'abord ça la République, c'est la volonté de faire en sorte que dans l'espace public chacun puisse s'exprimer", a encore dit M. Cazeneuve.
Sur CNews, Thierry Solère, porte-parole de François Fillon, a répondu que "l'irresponsabilité, c'est celle de ce gouvernement qui n'assume pas son travail".
"Il faut regarder la réalité qui se passe sur le terrain. On est à 54 jours de l’élection présidentielle et partout en France (...) il y a des débordements qui sont organisés par des gens souvent d'extrême gauche, qui sont j'imagine parfaitement identifiés par les services de police et qui pourrissent l'organisation concrète sur le terrain de la campagne présidentielle", a-t-il ajouté.
François Fillon a vu plusieurs de ses déplacements perturbés par des opposants l'invectivant ou l'accueillant avec des concerts de casseroles.
La venue à Nantes (ouest) de la candidate d'extrême droite Marine Le Pen, pour un meeting, a également été accompagnée de manifestations parfois violentes durant le week-end. Plusieurs autocars transportant des militants de son parti, le Front national, ont été pris pour cible dimanche par des manifestants hostiles.
Le premier ministre a mis sur la table une série de concessions, qui s’adressent surtout au PS, sur le budget. Mais « sur la partie recettes, je reste fortement sur ma faim », pointe le président du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner, qui attend des précisions d’ici mardi, notamment sur la taxation des grandes entreprises et des hauts revenus.
Le Premier ministre espère toujours parvenir à un compromis avec les principales forces politiques sur le budget. Il a présenté ce vendredi 16 janvier les mesures clefs d’une nouvelle version du projet de loi de finances, issues de ses échanges avec les forces du bloc central et une partie des oppositions.
Après la signature prévue samedi au Paraguay entre les pays latino-américains du Mercosur et l’Union européenne, les députés européens se prononceront mercredi sur l’opportunité de saisir la Cour de Justice de l’Union européenne contre cet accord controversé. Si la Commission européenne s’est engagée à suspendre l’application provisoire du traité en cas de vote de la résolution, rien pourtant ne l’y oblige.
D’ici la fin de la journée, le Premier ministre présentera des pistes de compromis pour tenter de construire un accord sur le budget. Une dernière tentative pour convaincre le PS de ne pas censurer le gouvernement.