Cédric O : « Il n’y aura pas de transition environnementale sans transition numérique »
Auditionné par la commission des affaires économiques et par la commission du développement durable, le secrétaire d’Etat en charge de la Transition numérique et des communications électroniques, Cédric O a affirmé que le gouvernement partageait « les mêmes objectifs » que ceux formulés par la proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France, sans utiliser les mêmes moyens.

Cédric O : « Il n’y aura pas de transition environnementale sans transition numérique »

Auditionné par la commission des affaires économiques et par la commission du développement durable, le secrétaire d’Etat en charge de la Transition numérique et des communications électroniques, Cédric O a affirmé que le gouvernement partageait « les mêmes objectifs » que ceux formulés par la proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France, sans utiliser les mêmes moyens.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

Temps de lecture :

5 min

Publié le

« Impensé », « angle mort de nos politiques publiques »… L’impact environnemental du numérique s’est frayé un chemin ce mercredi entre l’examen du budget 2021 et les polémiques sur la loi sécurité globale. Le secrétaire d’Etat en charge du numérique, Cédric O, était auditionné par la commission des affaires économiques et celle du développement durable du Sénat à propos de la proposition de loi (PPL) visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France. Portée dans une démarche « large et transpartisane » par les sénateurs Patrick Chaize (Les Républicains), Guillaume Chevrollier (LR), Jean-Michel Houllegatte (Socialiste, Ecologiste et Républicain) et Hervé Maurey (Union Centriste), elle reprend des propositions du rapport d’information « Pour une transition numérique écologique » de la mission d’information relative à l’empreinte environnementale du numérique, adopté par la commission le 24 juin dernier. La PPL vise à orienter le comportement de tous les acteurs du numérique afin de garantir le développement en France d’un numérique « sobre, responsable et écologiquement vertueux ».

Au menu : beaucoup d’interdictions pour limiter la consommation de données – comme l’interdiction des forfaits mobiles illimités en données ou l’interdiction du défilement (scroll) infini des contenus ; et un accent particulier mis sur la lutte contre l’obsolescence programmée en encadrant, par exemple, les délais de mises à jour. Face à la croissance des data centers et de l’Internet des objets, la proposition de loi sénatoriale intègre surtout un certain nombre de pistes pour réduire la facture écologique du numérique en France. À commencer par une modération dans le renouvellement des smartphones, tablettes et autres ordinateurs de bureau. Car la fabrication des terminaux représente « 70 % de l’empreinte carbone du numérique nationale », n’ont pas manqué de rappeler les élus du Palais du Luxembourg. Pour rappel, le numérique est responsable de 2 % du total des émissions de gaz à effet de serre en 2019 dans notre pays.

Opposé à « l’interdiction des offres de téléphonie illimitée »

C’est en quelque sorte « la face cachée du numérique », a souligné Sophie Primas (LR), la présidente de la commission des affaires économiques. Alors face à ce constat, que va faire le gouvernement de cette PPL ? « Cela va dépendre du contenu. Mais je ne suis pas fermé à ce qu’on avance sur un certain nombre de points, si on arrive à trouver des points d’atterrissage. », a répondu Cédric O. Lui défend une approche « incitative » des mesures à mettre en place et moins « normative » que ce que proposent les sénateurs. Car, en quelque sorte, deux visions s’opposent. Quand Patrick Chaize insiste sur le caractère « indispensable du numérique à la transition environnementale si les gains qu’il permet ne sont pas annulés par son empreinte », Cédric O fait l’éloge du tout connecté, sans nier son impact environnemental : « Il n’y aura pas de transition environnementale sans transition numérique. On a besoin de beaucoup plus d’innovations. C’est mathématique. Pour être plus efficace, il faut innover. Dans l’ensemble des secteurs les plus polluants, la question numérique est centrale. On a besoin de connecter beaucoup plus d’objets pour être plus efficaces. » Lui estime encore qu’il faut mieux « objectiver » l’empreinte du numérique.

Selon le secrétaire d’Etat, le sujet « n’est pas tant la consommation des données », mais la « conception des objets ». Par exemple, « les Français changent de téléphones tous les deux ou cinq ans ». Il est donc fermement opposé à « l’interdiction des offres de téléphonie illimitée » que proposent les sénateurs. Du reste, il estime que « de manière générale, le gouvernement rejoint pour beaucoup les objectifs de la PPL ». Notamment sur la formation du secteur, pour laquelle les sénateurs souhaitent plus de « sensibilisation » à l’écologie. « Je suis plutôt favorable à des modules d’éco-conception des services numériques. Aujourd’hui quand on forme un développeur, on le sensibilise très rarement à l’écologie du code… », a-t-il admis.

« On a raté la révolution numérique de la 4G »

Interrogé sur le déploiement de la 5G dans le pays, sujet de vifs débats depuis le mois d’août et de réserves dans les rangs des écologistes, Cédric O a estimé que l’opposition était minoritaire. « La 5G n’est pas un sujet quand je me déplace. Les gens me demandent plutôt plus de connexions », a-t-il assuré. A ce titre, il a rappelé la position du gouvernement : contre les craintes de la Convention citoyenne pour le climat sur le sujet. Selon lui, si la 5G n’est pas rapidement déployée, la France ratera la prochaine « révolution numérique ».  « Rappelez-vous que les GAFA naissent de la 4G et de la généralisation des téléphones portables. On a raté cette révolution numérique. Si on ne va pas vite sur la 5G, on va aussi rater la prochaine », a-t-il pressé les sénateurs. Dans le même esprit, il a assuré que « le télétravail est très bon pour l’environnement ». « Certes, il y a une consommation supérieure d’équipements électroniques. Mais elle est compensée par les déplacements évités », a-t-il justifié.

Autre « angle mort » du numérique abordé : la place des femmes dans cette industrie, présentes à hauteur de 6 à 10 %. « Je suis plutôt optimiste. Je trouve que la prise de conscience du secteur, qui est très en retard, est là », s’est-il réjoui. Non sans reconnaître qu’« il faut encore s’attaquer au sujet des formations. C’est un sujet de long terme ». Cela va « prendre du temps », mais Cédric O a « l’impression que l’écosystème bouge ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Cédric O : « Il n’y aura pas de transition environnementale sans transition numérique »
3min

Politique

Candidature de Gabriel Attal pour 2027 : « On s’y prépare, il s’y prépare depuis des années », explique Franck Riester

Invité de la matinale de Public Sénat, Franck Riester détaille les raisons de son soutien à Gabriel Attal et considère qu’il est le mieux placé pour être le candidat du bloc central pour l’élection présidentielle de 2027. L’ancien ministre de la Culture estime par ailleurs qu’une candidature commune pour le bloc central pour 2027 pourrait être actée “en début d’année prochaine”.

Le

Cédric O : « Il n’y aura pas de transition environnementale sans transition numérique »
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le