Chantiers de l’Atlantique : « Arrêtons de vendre nos fleurons industriels »
Alors que l’accord très contesté était donné pour mort, la France a accordé hier un nouveau délai au groupe Fincantieri afin de finaliser le rachat des chantiers de l’Atlantique. Les élus de Loire-Atlantique dénoncent « le manque de courage politique » du gouvernement et appellent à préserver ce fleuron industriel français.

Chantiers de l’Atlantique : « Arrêtons de vendre nos fleurons industriels »

Alors que l’accord très contesté était donné pour mort, la France a accordé hier un nouveau délai au groupe Fincantieri afin de finaliser le rachat des chantiers de l’Atlantique. Les élus de Loire-Atlantique dénoncent « le manque de courage politique » du gouvernement et appellent à préserver ce fleuron industriel français.
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Par Héléna Berkaoui

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La déception et l’incompréhension dominent après l’annonce d’un nouveau délai accordé par le gouvernement français au groupe italien Fincantieri pour le rachat des chantiers de l’Atlantique. Fleuron de la construction navale civile et militaire, ces chantiers doivent notamment construire le successeur du porte-avions Charles de Gaulle.

« Depuis le départ, je me suis opposé au rachat des chantiers de l’Atlantique par Fincantieri. Le projet d’Airbus des mers n’était qu’un slogan pour attrape-nigauds. Ce rachat est contraire à nos intérêts stratégiques industriels et militaires », fulmine Bruno Retailleau, sénateur des Pays de la Loire et président du groupe LR au Sénat.

Hier encore, les élus locaux voulaient croire à l’annulation du projet de rachat. La commission européenne devait se prononcer, le 31 décembre, alors que le groupe italien n’avait pas livré les documents demandés bloquant ainsi le rendu de tout arbitrage. « C’est ubuesque, le gouvernement peut très bien décider de cesser la vente à ce stade », s’agace le sénateur PS de la Loire-Atlantique, Yannick Vaugrenard.

Une nationalisation saluée par le Sénat

Pour saisir les enjeux de ce dossier, il faut remonter à 2017. Après la faillite du groupe coréen STX, alors actionnaire majoritaire, le géant de la construction navale italien Fincantieri dépose une offre. Mais l’État décide de nationaliser temporairement les chantiers navals pour renégocier l’accord. Il rachète ainsi pour près de 80 millions d’euros les titres de STX et devient actionnaire majoritaire avec 84 % du capital des chantiers de l’Atlantique.

Une nationalisation alors saluée au Sénat qui a donc eu pour effet de suspendre la cession au rival italien, numéro un européen des navires de croisière. En 2019, la commission européenne, saisie par la France et l’Allemagne, commence à investiguer sur la conformité de cette opération, au vu du droit de la concurrence. Après plusieurs reports, la commission devait rendre sa décision le 31 décembre. Le nouveau délai accordé par le gouvernement français à Fincantieri prolonge encore le statu quo.

C’est l’illustration d’un manque de courage politique. Personne ne veut assumer la responsabilité de l’échec de cette vente

« Le tango diplomatique a assez duré », souffle Yannick Vaugrenard qui souhaite que l’État reprenne la main. Pour le maire de Saint-Nazaire, David Samzun, cet énième report est « l’illustration d’un manque de courage politique ». Les raisons de ce blocage ne font aucun doute pour l’édile : « Personne ne veut assumer la responsabilité de l’échec de cette vente. »

« Il y a un aspect diplomatique qu’on peut entendre à court terme mais pas à moyen terme, il faut à moment prendre une décision », renchérit Yannick Vaugrenard. « Il y a des investisseurs nationaux qui sont intéressés, il ne faut pas laisser passer le train, c’est maintenant qu’il faut agir », insiste le sénateur.

La proximité de Fincantieri avec la Chine pointée du doigt

Pour la présidente de la commission des affaires économiques du Sénat, Sophie Primas, ce nouveau report est incompréhensible, « comme on ne comprend pas ce qu’il se passe on peut tout craindre ». Sous l’égide de la sénatrice, un rapport du Sénat a été rendu en octobre dernier pointant les risques de cette vente.

« Les risques identifiés par la commission sénatoriale tiennent aux liens de plus en plus étroits qui unissent Fincantieri à l’industrie de construction navale chinoise, incarnée par le conglomérat public géant China State Shipbuilding Corporation (CSSC), également bras armé de la défense chinoise. […] Fincantieri a créé avec CSSC une coentreprise de production de paquebots en Chine, acceptant au passage des transferts de technologies et risquant la perte du leadership européen sur le segment », alerte Sophie Primas.

Élus et salariés suspendus à la nouvelle échéance

Tous pointent les incohérences de la posture gouvernementale qui promeut à l’envie la réindustrialisation et la souveraineté industrielle de la France. « Il est hors de question qu’une pépite industrielle soit vendue indirectement aux Chinois. Les chantiers sont à la pointe et malgré la crise les carnets de commandes sont pleins jusqu’en 2025 », fait valoir Yannick Vaugrenard.

« J’en appelle au président de la République. Arrêtons de vendre nos fleurons industriels. Ce sujet est manifestement traité par l’Élysée et il s’agit avant tout d’une histoire de volonté politique », martèle David Samzun qui rappelle que les chantiers navals génèrent plus de 9 000 emplois directs et indirects. Côté exécutif, les réponses peinent à arriver, « personne ne répond », déplore Sophie Primas. Dans l’attente, les élus locaux et les salariés restent de nouveau suspendus à cette nouvelle échéance.

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