Check Point : Juncker met en garde Macron sur les dépenses françaises, à raison ?
Au soir de l'élection présidentielle en France, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker n'a pas tardé à féliciter Emmanuel Macron. Mais, le lendemain matin, le même Jean-Claude Juncker ne tardait pas non plus à mettre en garde le nouveau chef de l'État français.

Check Point : Juncker met en garde Macron sur les dépenses françaises, à raison ?

Au soir de l'élection présidentielle en France, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker n'a pas tardé à féliciter Emmanuel Macron. Mais, le lendemain matin, le même Jean-Claude Juncker ne tardait pas non plus à mettre en garde le nouveau chef de l'État français.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après l'élection d'Emmanuel Macron, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de la Commission européen, a déclaré à la presse à Berlin

Nous sommes confrontés avec la France à un problème particulier, les Français dépensent trop d'argent (…). Les Français consacrent entre 53 et 57% de leur Produit Intérieur Brut à leurs budgets publics. Compte tenu du niveau relativement élevé de la dette, cela ne peut pas fonctionner dans la durée ".

Bravo. Bienvenue. Mais il va falloir faire un effort.

Le ton est donné.

Des dépenses au-delà de 50% du PIB dès 1991

Mais les chiffres mentionnés par le président de la Commission sont-ils exacts ?

Si l'on regarde aux dépenses publiques, un rapport daté de 2011 publié par la direction Budget du ministère français de l'Économie montre "qu'au milieu des années 80, la valeur des dépenses publiques atteint près de la moitié de la richesse nationale produite en un an. Elle dépasse désormais ce seuil depuis 1991". Autrement dit, depuis le début des années 90, les dépenses publiques ont toujours dépassé l'équivalent de 50% du PIB.

Et ces dix dernières années, les dépenses publiques françaises, exprimées en PIB, sont bel et bien restées dans la fourchette citée par Jean-Claude Juncker.

Alors qu'en 2008, les dépenses représentaient 52,7% du PIB français, dès 2009, elles atteignent 56% sans jamais plus redescendre sous ce seuil. Une pointe à 57,1% du PIB est même enregistrée en 2014.

On le voit, la fourchette évoquée par le président de la Commission européenne est donc exacte.

Check Point - Jean-Claude Juncker - Les Français dépensent trop
01:58

Dette et déficit dans le rouge

Mais si, pour la France, ces chiffres sont exacts, cela signifie-t-il pour autant que l'Hexagone "dépense trop" au vu de sa dette ? Au sens où l'entend Jean-Claude Juncker, il faut ici confronter les résultats français aux critères de convergence imposés par l'Union européenne à l'ensemble des États membres.

Un premier critère concerne le déficit : il ne peut excéder 3% du PIB national. Or, même s'il n'a fait que diminuer depuis 2009 et la crise financière, le déficit français était encore de 3,4% en 2016. La France dépense donc effectivement trop par rapport à ses recettes et ne respecte pas ce critère de convergence.

D'après les chiffres d'Eurostat, seul un autre État membre a fait pire en 2016 : l'Espagne (4,5%). Deux autres pays flirtent avec la limite : la Roumanie et le Royaume-Uni, tous deux à 3%.

Une seconde règle impose de ne pas dépasser une dette équivalente à 60% du PIB national. Et, là aussi, la France échoue avec une dette publique à 96%, soit en valeur absolue 2147,2 milliards d'euros. Un pourcentage qui ne fait qu'augmenter depuis 2007, année où la dette française représentait encore 64,3% du PIB.

Face à ce critère, les mauvais élèves sont cependant plus nombreux dans la classe européenne : pas moins de 16 États membres ne le respectent pas. La "palme" revient à la Grèce avec 179%, devant l'Italie (132,6%) et le Portugal (130,4%). La Belgique obtient le cinquième plus mauvais résultat à 105,9%.

Dette et déficit français sont donc dans le rouge. Et avec entre 53 et 57% de son PIB consacré à ses dépenses publiques, la France dépense dès lors effectivement "trop" au regard des normes européennes de gestion des finances publiques. L'analyse de Jean-Claude Juncker est donc, vis-à-vis de ces critères de convergence, exacte.

 

Retrouvez le Check Point dans l'émission Europe Hebdo jeudi 17 mai à 17h et vendredi 19 mai à 7h et 11h30.

Partager cet article

Dans la même thématique

ST CLOUD:Socialist candidates-TV debate
5min

Politique

Présidentielle : il y a 20 ans, la première primaire « semi-ouverte » du PS, et déjà Ségolène Royal

À l’occasion du premier débat télévisé entre les cinq candidats de la primaire coorganisée par le PS, ce mercredi 23 septembre, Public Sénat se replonge dans ses archives. Il y a 20 ans, les deux chaînes parlementaires avaient accueilli les trois débats télévisés de la première primaire « semi-ouverte » du PS. Ségolène Royal, encore candidate cette année, faisait alors figure de grande favorite.

Le

Pope Leo XIV Wednesday General Audience – September 23  2026
8min

Politique

La visite du pape enfreint-elle le principe de laïcité ?

L'arrivée du pape Léon XIV pour une longue visite de quatre jours en France suscite plusieurs interrogations sur la compatibilité de son accueil avec le principe de laïcité. Messe géante, restriction de l'accès à l'espace public, achat d'écrans géants par une mairie, et demande de banalisation de la journée d'école de vendredi dans les établissements privés sous contrat… On fait le point.

Le

Sweden NATO
3min

Politique

« Les élections palestiniennes doivent impérativement se tenir », déclare le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot

Durant tout le mois de septembre, la France assure la présidence du Conseil de sécurité des nations unies. Cet après-midi, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot s’est exprimé au siège de l’ONU devant la presse. IA, sanctions contre l’ex-patronne de la chaîne d’Etat russe RT en France, élections palestiniennes, Ormuz… Le ministre aborde divers sujets internationaux.

Le

Compte personnel de formation, France Travail : dans le viseur du budget 2027, le ministère du Travail est à la veille de nouvelles économies drastiques
6min

Politique

Compte personnel de formation, France Travail : dans le viseur du budget 2027, le ministère du Travail est à la veille de nouvelles économies drastiques

La mission « Travail, emploi et administration des ministères sociaux » sera fortement mise à contribution l’an prochain, avec une proposition de réduction de ses moyens de 2,5 milliards d’euros dans le budget. Cette fois, l’apprentissage ne devrait pas subir de coupes, ce qui présage un recul sur les autres programmes.

Le