Check Point : un plafond aux indemnités de licenciement abusif dans toute l’UE ?
Emmanuel Macron l'avait annoncé : lui président, les indemnités Prud'homales pour licenciement abusif seront plafonnées pour les petites entreprises. En dépit des passions qu'avait inspiré à l'époque la loi El Kohmri, le président entend conduire cette réforme. La ministre du travail la présente d'ailleurs comme un simple alignement sur les pratiques européennes. Vrai ou faux ? Décryptage du Check Point.

Check Point : un plafond aux indemnités de licenciement abusif dans toute l’UE ?

Emmanuel Macron l'avait annoncé : lui président, les indemnités Prud'homales pour licenciement abusif seront plafonnées pour les petites entreprises. En dépit des passions qu'avait inspiré à l'époque la loi El Kohmri, le président entend conduire cette réforme. La ministre du travail la présente d'ailleurs comme un simple alignement sur les pratiques européennes. Vrai ou faux ? Décryptage du Check Point.
Public Sénat

Par Thomas Mignon

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C'était une promesse de campagne du président français Emmanuel Macron : la réforme du code du travail. Et il entend bien la tenir. Le programme et le calendrier ont été dévoilé début juin et, dans la foulée, la ministre du Travail Muriel Pénicaud s'est exprimé pour la première fois sur France Inter.

Parmi les points de cette réforme, on retrouve le plafonnement des dommages et intérêts en cas de licenciement jugé abusif. À ce sujet, la ministre a déclaré à l'antenne : "Tous les pays européens ont une barémisation, c'est-à-dire qu'il y a un plancher et un plafond, qui est liée à l'ancienneté à un certain nombre de critères".

La France serait-elle le dernier État membre à ne pas avoir franchi le pas ? Au fond, si les autres l'appliquent… qu'attendent les Français ?

À l'heure actuelle, le code du travail stipule que, "si le licenciement d'un salarié survient pour une cause qui n'est pas réelle et sérieuse, le juge peut proposer la réintégration du salarié dans l'entreprise, avec maintien de ses avantages acquis".

Mais, "si l'une ou l'autre des parties refuse, le juge octroie une indemnité au salarié. Cette indemnité, à la charge de l'employeur, ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois".

Check Point - Indemnités en cas de licenciement abusif
01:57

Un plancher est fixé. Mais, effectivement, aucun plafond n'a été posé.

Le juge peut donc, au cas par cas, décider d'un montant bien plus important pour ces dommages et intérêts, lesquels s'ajoutent à l'indemnité légale de base.

Un plafonnement majoritairement adopté en Europe

Une liberté qui n'existe plus, il est vrai, dans de nombreux pays de l'Union européenne. En se basant sur une compilation des législations établie par l'Organisation Internationale du Travail (OIT), on constate que le plafonnement des indemnités en cas de licenciement abusif semble avoir été majoritairement adopté en Europe.

Pour n'en citer que quelques-uns : la Finlande, la Suède, l'Allemagne ou encore la Hongrie ont bel et bien fixé un plafond.

La Belgique a, elle aussi, établi une limite haute, en témoigne la convention collective de travail n°109 datée du 12 février 2014 relative à la motivation du licenciement.

Concernant plus particulièrement celui que l'on qualifie d'abusif, l'article 9 se veut très précis :

"En cas de licenciement manifestement déraisonnable, l’employeur est redevable d’une indemnisation au travailleur. L’indemnisation qui est octroyée au travailleur correspond au minimum à trois semaines de rémunération et au maximum à 17 semaines de rémunération".

La France, une exception... parmi d'autres ?

Mais est-ce pour autant désormais la norme dans toute l'Union ? La France est-elle réellement cette exception déplorée par la ministre Pénicaud ?

Les données de l'OIT datant pour certaines de 2010, nous avons contacté – non sans difficultés – les gouvernements des pays européens qui, aux dernières nouvelles n'appliquaient pas de plafond, ou, plus particulièrement, leurs ministères de l'Emploi ou leurs services d'information et de diffusion des textes législatifs.

Notre boîte mail s'est rapidement remplie de contre-exemples à présenter à la ministre du Travail.

Premier à répondre : le ministère néerlandais de l'Emploi. "Le tribunal peut fixer une indemnité additionnelle, complémentaire à l'indemnité légale. (…) Ce n'est qu'en cas d'accusations sérieuses dirigées contre l'employeur que le tribunal peut accorder cette indemnité additionnelle, sinon le plafond des indemnités s'applique."

En résumé : certes, il y a un plafond pour l'indemnité de base, mais si le licenciement est jugé abusif, la limite n'a plus lieu.

Et de un.

Même écho en République tchèque :

" Dans le cas d'une résiliation du contrat de travail sans motif valable, le montant de la compensation financière n'est pas limité et est déterminé par le tribunal qui prend en compte tous les facteurs pertinents ", nous indique le ministère tchèque des Affaires sociales et du Travail.

Et de deux.

La Justice luxembourgeoise nous a également répondu :

"Pour les affaires de licenciements abusifs, ce sont les juges du Tribunal du travail qui fixent les indemnités pour le dommage matériel et moral. Il n'existe pas de plafonnement. Le tribunal décide au cas par cas (…)."

Et de trois.

Certaines de nos missives sont restées lettres mortes, mais voilà déjà trois États membres et autant de législations qui contredisent sans ambiguïté le tableau cavalièrement dressé par Muriel Pénicaud. Son affirmation est donc tout simplement fausse.

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Check Point : un plafond aux indemnités de licenciement abusif dans toute l’UE ?
4min

Société

Handicap : « L’inclusivité doit être au cœur de cette campagne présidentielle », espère Emmanuel Macron

A l’occasion de la 7e Conférence national du handicap, Emmanuel Macron a dressé le bilan de son action en la matière, avec une école plus inclusive et un meilleur taux d’emploi des personnes en situation de handicap. Mais beaucoup reste à faire en matière d’accessibilité. Une « nouvelle stratégie nationale pour l’autisme et les troubles du neurodéveloppement » sera présentée d’ici la fin de l’année.

Le

France Macron
5min

Société

Interdiction des téléphones portables, questionnaire sur les violences sexuelles ...Toutes les nouveautés à l’école en cette rentrée 2026 

Ce sont au total 11 607 600 élèves qui ont effectué leur rentrée scolaire aujourd’hui, dans les 57 700 écoles et établissements scolaires de France. Interdiction des téléphones portables, questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles : zoom sur toutes les nouveautés de ce mois de septembre 2026.

Le

BIDONVILLE A MAYOTTE
6min

Société

Immigration clandestine à Mayotte : « il faut arrêter avec la baisse de l’aide publique au développement » réagit le sénateur mahorais Thani Mohamed Soilihi

En visite cette semaine à Mayotte, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé plusieurs mesures pour mieux lutter contre l’immigration clandestine à Mayotte, notamment la conditionnalité de l’aide publique au développement à la coopération des pays voisins. Pour le sénateur de Mayotte Thani Mohamed Soilihi et ancien ministre chargé de la Francophonie, cette conditionnalité va dans le bon sens mais il faut stopper les coupes budgétaires dans l’aide au développement. 

Le

Check Point : un plafond aux indemnités de licenciement abusif dans toute l’UE ?
3min

Société

« On a la capacité de recruter des profils de grandes sociétés américaines qui ont reculé sur le télétravail », se réjouit ce chef d’entreprise de la Tech

Le bureau d’Olivier Lambert n’est pas tout à fait celui de tout un chacun les jours ensoleillés. Aujourd’hui, il travaille dans son jardin. Cet entrepreneur de ‘cloud’ souverain dirige une entreprise de plus de 100 salariés en 100 % télétravail. Et ce n’est pas la conséquence de la pandémie, c’est un choix ! Dans Dialogue citoyen présenté par Quentin Calmet, il témoigne et interroge les sénateurs sur la façon d’appréhender le télétravail quand on est chef d’entreprise.

Le