Cinq députés FN dans l’ex-bassin minier, « tout sauf une surprise »
"C'était attendu, on savait qu'ils pouvaient tous passer": les habitants de l'ex-bassin minier du Pas-de-Calais n'étaient pas...

Cinq députés FN dans l’ex-bassin minier, « tout sauf une surprise »

"C'était attendu, on savait qu'ils pouvaient tous passer": les habitants de l'ex-bassin minier du Pas-de-Calais n'étaient pas...
Public Sénat

Par Benjamin MASSOT

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"C'était attendu, on savait qu'ils pouvaient tous passer": les habitants de l'ex-bassin minier du Pas-de-Calais n'étaient pas surpris lundi, au lendemain de l'élection de cinq députés Front national dans leur région, une première.

Au pied des échafaudages de la curieuse église néo-byzantine d'Hénin-Beaumont, sous une chaleur de plomb, Nicolas, 28 ans, qui travaille dans l'industrie automobile, ne cache pas sa satisfaction: "Les candidats étaient tous très appréciés et on voit le bon travail qu'ils font quand ils sont élus, à l'image du maire Steeve Briois qui a transformé la ville."

Voici quelques années encore, il était facile de prédire la couleur politique du secteur: rose ou rouge, tant socialistes et communistes dominaient sans partage.

Ce territoire à cheval sur deux départements qui concentre une population d'1,2 million d'habitants avec une densité de plus de 650 ha/km2 de Béthune à Valenciennes, est à présent devenu fief du parti d'extrême-droite: Marine Le Pen, Bruno Bilde, José Evrard et le jeune Ludovic Pajot dans le Pas-de-Calais, et Sébastien Chenu dans le Nord, ont gagné le droit de siéger au Palais Bourbon.

"Cinq élus FN, ce n'est pas rien, c'est marquant. Ils ont complètement détrôné les communistes et le PS", glisse Christelle, 34 ans, employé municipale dans une autre ville de la région, qui promène son chien. "Les gens n'ont plus peur de dire qu'ils votent FN", note-t-elle, quelque peu amère, expliquant aussi ce vote par le "discrédit" ayant frappé le PS local avec la condamnation de l'ex-maire Gérard Dalongeville en 2013 pour détournement de fonds.

Interrogée lundi, Marine Le Pen explique cette réussite électorale locale par deux facteurs principaux. Le Front national bénéficierait d'abord "d'un travail d'implantation ancien" avec "une relation de confiance qui s'est tissée au fur et à mesure des années avec les électeurs".

- Un 'grand chelem' -

Autre élément clef de ce "grand chelem" selon elle: les difficultés économiques du pays des "gueules noires", depuis la fermeture du dernier puits en 1990 et qui présente un taux de chômage de 19,7%, dix points au-dessus de la moyenne nationale.

"Ici, les électeurs savent ce que c'est que l'austérité, la désindustrialisation, la précarisation, le chômage, les délocalisations. Ils savent exactement quelle est la politique qu'Emmanuel Macron va mettre en oeuvre. Ce sont des terres où les gens ont une vraie conscience politique", argue-t-elle. L'abstention a pourtant augmenté de 5% en moyenne par rapport au premier tour dans les circonscriptions gagnées.

A une quinzaine de minutes d'Hénin-Beaumont, à Lens, ce carton plein était attendu: "Je suis déçu et honteux plus que surpris", glisse ainsi François, cadre quinquagénaire.

A côté de l’hôtel de ville qui fait face aux maisons de style art déco construites après la destruction quasi-totale de la ville à la fin de la Première Guerre mondiale, une affiche promeut une exposition au Louvre-Lens. Inauguré en 2012, ce musée illustre les efforts des pouvoirs publics pour développer ce territoire au taux de pauvreté record de 23,1% (contre 14,5% au niveau national), tout comme "l'engagement pour le renouveau du bassin minier" annoncé par le gouvernement en mars.

"Il s'est réveillé un peu tard...", cingle auprès de l'AFP Sébastien Chenu, doutant de sa réalisation.

En attendant, Elodie, 22 ans, étudiante en droit, est enthousiaste à l'idée qu'un député FN la représente. "Les gens ici en ont marre. Les FN sont plus sincères et ils se battent pour le peuple et non pour leur propre personne", dit-elle, même si elle redoute que l'ex-bassin minier soit encore davantage stigmatisé en France après ce "grand chelem" de l'extrême droite.

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