Clubs et discothèques fermés : « On a vraiment l’impression d’être la dernière roue du carrosse », alerte Fabrice Gadeau, patron du Rex Club
Le calendrier de déconfinement précise que les discothèques resteront fermées le 30 juin. Un deuxième été sans club se profile. « Si les pouvoirs publics ne l’organisent pas, la fête se fera de façon sauvage », prévient le sénateur EELV Thomas Dossus. Technopole et La Villette vont cependant organiser des événements en plein air.

Clubs et discothèques fermés : « On a vraiment l’impression d’être la dernière roue du carrosse », alerte Fabrice Gadeau, patron du Rex Club

Le calendrier de déconfinement précise que les discothèques resteront fermées le 30 juin. Un deuxième été sans club se profile. « Si les pouvoirs publics ne l’organisent pas, la fête se fera de façon sauvage », prévient le sénateur EELV Thomas Dossus. Technopole et La Villette vont cependant organiser des événements en plein air.
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Désolé, cela ne va pas être possible. Les discothèques et clubs de France gardent portes closes. Pour tout le monde. La découverte du calendrier de réouverture présenté par Emmanuel Macron a laissé un goût amer à certains. Le 30 juin, la fin du couvre-feu est au programme, mais les discothèques resteront fermées, a décidé le gouvernement. Un coup dur de plus pour des établissements à l’arrêt depuis plus d’un an.

« On savait que ce serait les derniers établissements à pouvoir rouvrir. Donc ça ne m’étonne pas plus que ça. Ce sont des endroits où il est très compliqué d’avoir des protocoles efficaces », réagit le sénateur EELV, Thomas Dossus. Le sénateur du Rhône est un peu un OVNI au Sénat, d’un certain point de vue. Amateur de musiques électroniques, il a pris la parole au micro de la Haute assemblée en novembre dernier pour s’en faire le défenseur. Une première a priori. Citant la lettre de Laurent Garnier à Roselyne Bachelot, il avait défendu en vain un fonds d’aide pour le secteur (voir ici et vidéo ci-dessous).

« C’est honteux, on doit nous donner des dates et des perspectives d’avenir »

Pour les professionnels, c’est la soupe à la grimace. « Je ne comprends pas ce qu’il se passe, pourquoi nous ? Qu’avons-nous fait ? Ce n’est pas normal, on ne peut pas nous traiter comme ça », s’indigne sur RTL Thierry Fontaine, président de l’UMIH-Nuit. « C’est honteux, on doit nous donner des dates et des perspectives d’avenir », demande ce propriétaire de deux boîtes de nuit. 150 d’entre elles ont déposé le bilan ces derniers mois. Il reste moins de 1.500 établissements dans le pays.

« On s’en doutait peu », témoigne auprès de publicsenat.fr Fabrice Gadeau, patron du Rex Club, institution pour les musiques électroniques à Paris depuis 30 ans. « On se cherchait dans les premières phases de réouverture. Puis on s’est trouvé dans la dernière, avec cette mauvaise nouvelle, cette phrase couperet… » Lieux clos avec du monde, les boîtes se prêtent bien à la propagation du virus, c’est leur problème. Le responsable du Rex le sait bien et « comprend parfaitement les risques encourus au sein des discothèques. On ne veut en aucune manière mettre en danger qui que ce soit », dit-il. Mais Fabrice Gadeau « souhaite avoir une date, même début octobre. Mais il faut au moins avoir une visibilité, comme on a une programmation, on doit prévoir à l’avance. On ne peut pas monter un plateau en quinze jours ».

Besoin de reconnaissance des clubs comme lieux de culture

Dans le cas du Rex Club, l’établissement a tenu le coup grâce « aux aides du gouvernement, qui ont été déclenchées à la hauteur de ce qu’on attendait », salue Fabrice Gadeau, « on a été très bien aidés aussi par la Sacem, le Centre national de la musique, le chômage partiel et les mesures sur le chiffre d’affaires. On pourrait continuer comme ça, mais on ne veut pas être sous perfusion tout le reste de notre vie ! On veut travailler, c’est un besoin vital ». Reste que les choses n’avancent pas vraiment. Selon Fabrice Gadeau, cette situation s’explique aussi par une méconnaissance culturelle du monde de la nuit par les dirigeants : « Il y a une vraie lassitude et une espèce de dédain de la part du gouvernement, qui est un peu agaçant. On a vraiment l’impression d’être la dernière roue du carrosse, de ne pas exister ».

« Il y a une espèce de gradation, l’essentiel et le non-essentiel », confirme le sénateur Thomas Dossus, « et clairement, la culture et la fête, et encore plus quand les deux sont liés ensemble, ça devient encore moins prioritaire. Pourtant on voit bien que tout le monde en a besoin ». Il ajoute :

Le festival des Nuits sonores, à Lyon, a annoncé hier qu’il ferait un festival fin juillet, mais on n’a pas de protocole. On voit que cette scène est prête à repartir. Mais clairement, ce n’est pas la priorité du ministère de la Culture.

L’enjeu est de pouvoir se faire reconnaître. Mais il y a du boulot. « On avait été choqués un peu par les propos de la ministre Roselyne Bachelot qui avait dit en substance que "la nuit ne me concerne pas, allez voir le ministre de l’Intérieur" », se souvient Fabrice Gadeau. Depuis, les choses commencent à bouger un peu et le secteur s’organise. Une cinquantaine de clubs, partout sur le territoire, se sont fédérés au sein du collectif Club Culture. « Nous avons obtenu deux rendez-vous auprès du ministère pour nous faire reconnaître et définir notre différence », souligne Fabrice Gadeau.

« Il y a encore une espèce de peur de la nuit. On a l’impression que les clubs sont tenus par des mafieux ! »

Il s’agit de faire la distinction entre la discothèque et le club. « La différence se fait par le contenu artistique. Il y a la discothèque de type classique, avec un DJ résident et de la musique de radio. Et les établissements comme le nôtre avec une vraie programmation musicale de type culturel, qu’elle soit de musiques électroniques ou urbaines ». Les personnes n’y vont pas pour simplement « sortir », mais vont voir tel DJ, comme ils vont voir un concert. Des « live », des concerts donc, y sont d’ailleurs aussi produits. Or tout le monde se retrouve classé de la même manière, comme établissement recevant du public (ERP) de type P.

« On a un groupe de travail pour moderniser la classification des ERP, qui est un peu vieillotte. Certains lieux font aussi des concerts, de la danse et du théâtre », explique Fabrice Gadeau, qui pense qu’il y a encore « une espèce de peur de la nuit. On a l’impression que les clubs sont tenus par des mafieux ! On dépend encore de la brigade de répression du proxénétisme… Ça me semble aberrant. Ça date des années 60 ».

« Retour aux sources » des fêtes sauvages

En attendant, le responsable du Rex Club craint « vraiment la prolifération des fêtes sauvages », hors de tout cadre sanitaire, « ainsi qu’une concurrence déloyale de certains établissements qui pourraient ouvrir et organiser des soirées dansantes, sans être des discothèques ».

On l’a vu le week-end dernier au parc des Buttes Chaumont à Paris, où il y a quelque temps sur les bords de la Saône à Lyon, la volonté de faire la fête est irrépressible et fait finalement partie de la vie en société. « De toute façon, il y aura une envie de faire la fête et de se retrouver. Si les collectivités et les pouvoirs publics ne l’organisent pas, ce sera de façon sauvage et on ne va pas passer un été de répression des fêtes sauvages. Il faut rappeler que cette culture-là est née aussi dans la clandestinité », rappelle l’écologiste Thomas Dossus, « ce serait un retour aux sources. Mais le retour aux sources avec Darmanin ministre de l’Intérieur, je ne suis pas sûr que ce soit bénéfique pour qui que ce soit ».

Des ZUT, « zones d’urgence temporaire artistique », mises en place cet été

Pour le sénateur EELV du Rhône, « l’enjeu c’est de savoir si on peut recréer des établissements hors les murs. Je pense qu’on n’a pas le choix ». C’est justement ce que l’association Technopol, en partenariat avec La Villette, veut lancer. Des « ZUT », pour « zones d’urgence temporaire artistique », ou « zones d’urgence de la teuf, quand la fête sera autorisée », vont être créées à Paris dans un premier temps, puis à Nantes, Bordeaux, Toulouse ou Strasbourg, explique Tommy Vaudecrane, président de Technopol. « On prévoit le 18 juin, comme première date possible à La Villette, et jusqu’au 26 septembre », précise-t-il.

« L’idée est de soutenir la reprise de la création artistique, toutes disciplines confondues. On verra de la musique, mais aussi des arts plastiques, de la danse, de la scénographie », explique Tommy Vaudecrane. Pour le moment, les événements devront se faire assis. « On n’a pas de visibilité sur le debout. Mais on discute pas mal sur le protocole de reprise avec le ministère ».

Les ZUT « soutenues par le ministère de la Culture »

Et le gouvernement semble cette fois de la party. « On va être soutenus par le ministère de la Culture, qui a décidé de nous accompagner et de nous parrainer pour le projet », se réjouit le président de Technopol, qui « espère un soutien financier pour payer les artistes pour réduire le coût d’organisation des événements ». Il discute aussi avec la région Ile-de-France et la ville de Paris.

Le Rex Club en sera a priori. « On veut faire une soirée avec eux, bien évidemment. On sera en partenariat avec le Badaboum, un autre club », annonce Fabrice Gadeau. Mais pourra-t-on danser ? « Soit dans un second temps », répond Tommy Vaudecrane, « soit les artistes pourront s’adapter au format assis ».

Le Rex Club rouvert vers le 15 octobre ?

En attendant, pendant que les discothèques resteront encore fermées en France, les Anglais ont un coup d’avance. Deux grosses soirées vont être organisées en clubs en Grande Bretagne ce week-end, à Liverpool, avec les DJ Sven Väth et Fatboy Slim. 3.000 personnes sont attendues, et sans masque même, après avoir présenté un test négatif. Un test grandeur nature en vue de la réouverture des boîtes prévue le 21 juin outre-manche.

De son côté, Fabrice Gadeau imagine rouvrir les portes du Rex Club début septembre. « Mais je crains de plus en plus que le gouvernement ne prenne pas de risque », dit Fabrice Gadeau, qui « envisage plutôt de rouvrir autour du 15 octobre. Enfin on l’espère ».

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