Comment Benoît Hamon s’est imposé dans la primaire avec son projet
L’outsider de la primaire de la Belle alliance populaire a gagné son pari, en se démarquant dans le débat avec des mesures qui se sont imposées.

Comment Benoît Hamon s’est imposé dans la primaire avec son projet

L’outsider de la primaire de la Belle alliance populaire a gagné son pari, en se démarquant dans le débat avec des mesures qui se sont imposées.
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C’est la fin d’un long marathon qui vient de s’achever pour Benoît Hamon. Lorsqu’il présente sa candidature à la primaire au 20 heures de France 2 le 16 août dernier, personne n’imagine alors l’issue du second tour du 29 janvier. D’autant plus que le camp des frondeurs et des déçus du quinquennat part en ordre dispersé : Arnaud Montebourg prévoit de se lancer, Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche rêvent également d’en être.

« Benoît va faire le buzz 48 heures »

En plein cœur de l’été, la manœuvre de l’éphémère ministre de l’Éducation crée une première surprise, prenant de vitesse son rival Arnaud Montebourg, dont la date d’annonce est prévue le 21 août à la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse. Le lendemain, sa candidature est moquée par l’entourage de l’ancien ministre du Redressement productif. Dans le Canard Enchaîné, le lendemain, un soutien d’Arnaud Montebourg dira même : « Benoît va faire le buzz 48 heures, Arnaud durant 48 semaines, jusqu'à la présidentielle ».

Très vite, le député des Yvelines se met en ordre de bataille. À la mi-octobre, il affirme que ses parrainages de parlementaires pour concourir à la primaire sont déjà réunis.

Au cours de l’automne, le candidat dévoile ses propositions et ses concepts pour changer la France. Avec ses idées, il se pose en « vraie alternative », avec des solutions nouvelles :

« Les quinquennats se succèdent, les hommes providentiels aussi, mais les problèmes des Français restent sans solutions. Les vraies questions sont méthodiquement évitées par les différents gouvernements qui se sont succédés depuis plusieurs années. »

Un discours qui imprime à gauche

Abrogation de la loi Travail, introduction des 32 heures, investissements massifs dans l’Éducation nationale et la Culture, développement de l’économie sociale et solidaire, lutte contre le burn-out Benoît Hamon déballe petit à petit un programme qui parle à la gauche, fait de marqueurs classiques et de thématiques peu abordées. Au chapitre des réformes institutionnelles, l’ancien frondeur invente le « 49.3 citoyen », pour donner la possibilité aux électeurs de suspendre une loi. Celui qui veut « réoxygéner la démocratie » propose aussi un « droit d’initiative citoyen » et une VIe République. Sur les questions de société, le discours se veut aussi moderne. Il défend le droit à mourir dans la dignité, et se dit en faveur d’une légalisation du cannabis.

Le candidat va également accorder à l’environnement une place centrale dans son projet. De la réduction de la place du nucléaire dans le mix énergétique français à la sortie du diesel, en passant par l’agriculture, avec le bio, et la santé, avec les perturbateurs endoctriens, Benoît Hamon mord sur le créneau des écologistes à un niveau rarement vu au Parti socialiste. « Je ne conçois plus d’être socialiste sans être écologiste. » Cette phrase reviendra souvent au cours de sa campagne. Le soir du premier tour de la primaire, c’est en évoquant le pic de pollution qu’il débute son discours de victoire.

Le revenu universel cristallise les débats de la primaire

Une mesure symbolise plus que les autres sa volonté de présenter de nouvelles solutions : le revenu universel, une somme inconditionnelle et versée automatiquement à tous les citoyens. Une réponse, selon lui, aux mutations du marché du travail. La mesure imprime, et s’impose dans la campagne. Qualifiée d’utopiste et d’irréalisable, elle concentre les attaques des autres candidats de la primaire durant les débats, notamment de la part d’Arnaud Montebourg qui dénonce le coût – « il faudrait un deuxième budget de l’État », et de Manuel Valls, qui s’érige en candidat de la gauche « crédible ». L’ancien Premier ministre va même jusqu’à dénoncer lors du débat d’entre-deux-tours un « message de découragement et d’abdication par rapport aux changements et aux mutations. » Benoît Hamon explique lui vouloir mener un « projet de long terme » pour mettre en place, ce qu’il appelle un « futur désirable ».

« Ce que je sens monter me rend assez confiant »

« Ce que je sens monter me rend assez confiant », déclarera le 10 décembre Benoît Hamon, au lendemain de son passage à l’Émission politique. Malgré son déficit de notoriété, il progresse dans l’opinion et les sondages envisagent peu à peu sa présence au second tour. Le soir du premier tour, le 22 janvier, près de 36% des suffrages vont à Benoît Hamon.

Le lendemain du premier tour, Martine Aubry, qui a accompagné les débuts du candidat dans ses jeunes années de politique,  salue « le choix d’une gauche solide sur ses valeurs, lucide sur le défi social-écologique, porteuse d’une Europe refondée, et innovante sur ses solutions d’avenir ». Un sondage réalisé pour Public Sénat montre que le projet est le premier élément qui a motivé ses électeurs.

La dynamique du premier tour s’est amplifiée au second tour. En s’affirmant nettement à gauche, Benoît Hamon a largement remporté la primaire avec près de 59% des voix. Mais ce qui a fait la force du candidat lors de la primaire pourrait l’handicaper dans la perspective de la campagne présidentielle. Son projet, situé aux antipodes de l’aile réformatrice du PS, pourrait difficilement être soutenu par toutes les familles de la gauche. Les gauches « irréconciliables » arriveront-elles à surmonter ces différences que Benoît Hamon ne croit pas irréductibles ?

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