Les dirigeants de l’audiovisuel public, Delphine Ernotte (France Télévision), Sibyle Veil (Radio France) et Bruno Patino (Arte), étaient auditionnés, ce lundi, par la commission d’enquête sur la concentration des médias. Au menu des échanges, l’indépendance économique et politique des chaînes et la prochaine fusion entre TF1 et M6.
Concentration des médias : les dirigeants de l’audiovisuel public rappellent leur « indépendance politique et économique »
Les dirigeants de l’audiovisuel public, Delphine Ernotte (France Télévision), Sibyle Veil (Radio France) et Bruno Patino (Arte), étaient auditionnés, ce lundi, par la commission d’enquête sur la concentration des médias. Au menu des échanges, l’indépendance économique et politique des chaînes et la prochaine fusion entre TF1 et M6.
Tour à tour, les trois patrons de l’audiovisuel public ont détaillé aux sénateurs de la commission d’enquête sur la concentration des médias, les missions communes de leur entreprise respective. Dans son propos introductif, Delphine Ernotte insiste. « L’information, chez nous, n’est pas une marchandise. Parce que nous sommes indépendants du pouvoir politique et économique. Parce que le pluralisme est au cœur de nos offres. Parce que nous avons ce contrat de confiance qui se voit dans les différentes enquêtes et parce que nous avons dans le service public une offre d’investigation qui est désormais unique ».
« A aucun moment, je n’ai eu à faire face à une quelconque tentative d’influence »
Cette affirmation « de l’indépendance » du service public » a fait rebondir à plusieurs reprises, le rapporteur socialiste de la commission, David Assouline, qui rappelle qu’en fonction de leur nomination, des pressions politiques peuvent avoir lieu. La réponse négative, est sans ambiguïté de leur part. « A aucun moment, je n’ai eu à faire face à une quelconque tentative d’influence. Notre indépendance est réelle, ancrée dans les rédactions et se manifeste par le pluralisme des opinions représentées », assure Sibyle Veil, la présidente de Radio France qui confirme les propos de Delphine Ernotte.
Quid alors des pressions économiques ? David Assouline lui demande de confirmer ou d’infirmer les propos de Nicolas Théry, tenu devant la commission d’enquête la semaine dernière. Le président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel a contesté formellement une baisse des budgets publicitaires à France Télévisions en réaction à la diffusion du documentaire « Evasion fiscale : enquête sur le Crédit mutuel » en 2015. Prévu pour être diffusé initialement sur Canal plus, le reportage avait été déprogrammé après la prise de contrôle du groupe par Vincent Bolloré, ce dernier ayant toujours réfuté toute censure.
« La publicité n’est pas fondamentale, l’investigation l’est beaucoup plus »
« Je suis sous serment. Je ne veux pas vous dire de bêtises. Je crois que ce sont souvent des menaces. Parfois, certains responsables peuvent être en colère. Est-ce que ça a été réellement fait ? Je n’en ai aucun souvenir. De toute façon, ce n’est pas un argument pour nous. La publicité n’est pas fondamentale, ça représente 15 % de nos revenus. L’investigation l’est beaucoup plus », lui répond Delphine Ernotte.
« On perdrait beaucoup de notre démocratie à avoir une tweeterisation des médias audiovisuels publics »
Le sénateur LR, Jean-Raymond Hugonet s’interroge, lui, sur le pluralisme mis en avant par ses interlocuteurs. « Les médias d’opinion, et tout le monde pense à Cnews, existent. Qu’on le veuille ou non. Sans être taquin, d’aucuns ont écrit que le service public était orienté politiquement […] A partir de là, est-ce que vous pensez que le temps n’est pas venu de déboucher sur un audiovisuel d’opinion ? »
« On perdrait beaucoup de notre démocratie à avoir une tweeterisation des médias audiovisuels publics qui sont le premier accès gratuit à l’information, à la culture et au divertissement intelligent pour beaucoup de nos compatriotes », lui a répondu notamment la patronne de Radio France.
Bruno Patino rappelle que « dans le modèle de l’économie d’attention, l’opinion coûte moins cher et est économiquement plus rentable […] Les services publics échappent à cette logique-là car nous ne sommes pas financés par l’économie de l’attention (les revenus publicitaires et donc les audiences), mais par la collectivité (contribution à l’audiovisuel public) »
Fusion annoncée entre M6 et TF1 : « On a besoin d’avoir des concurrents privés en bonne santé »
Au sujet des ressources, la fusion annoncée entre M6 et TF1 qui concentrera 70 % des recettes publicitaires de l’audiovisuel, n’inquiète pas outre mesure les interlocuteurs du jour à la grande « surprise » de David Assouline.
« On a besoin d’avoir des concurrents privés en bonne santé. Si demain on a des offres privées qui se délitent, c’est tout le média TV qui tombe et nous avec », insiste la patronne de France Télévision qui s’en remet néanmoins « à la sagesse de l’Autorité de la concurrence pour avoir des garde-fous en matière de droits sportifs ». Elle ne pense pas non plus que cette fusion soit une manière de lutter contre les plateformes. « On a un marché des médias qui est composé d’acteurs qui font le métier de la télévision et puis des offres d’accès à une bibliothèque de contenus ».
Bruno Patino ajoute en conclusion sur ce thème. « On est tous focalisés sur la taille alors que ce qui compte c’est l’étendue […] Vous pouvez être petit et mondial ou énorme et national. Nous, Arte, on essaye d’être Européen, ça ne veut pas dire qu’on essaye d’être gros […] mais je pense qu’on peut être pertinents. Il y a des marchés où l’on peut être pertinents sans pour autant être gros ».
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Le rapporteur du projet de loi de lutte contre les fraudes, Olivier Henno, et sa collègue Nathalie Goulet, spécialiste de ces sujets, espèrent qu’un arsenal suffisamment « musclé » sortira des débats à l’Assemblée nationale. En commission, certaines dispositions votées par le Sénat en novembre ont été retirées.
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Il y aura bien un débat. Alors que les députés ont entamé la seconde lecture des propositions de loi sur la fin de vie, les sénateurs n’auront pas recours à une question préalable, lors du retour du texte, la semaine du 30 mars.