Convention Climat : les citoyens dans la dernière ligne droite
Les 150 Français tirés au sort se sont réunis les 30 et 31 mai pour un dernier week-end de travail en visioconférence avant la session finale de juin.

Convention Climat : les citoyens dans la dernière ligne droite

Les 150 Français tirés au sort se sont réunis les 30 et 31 mai pour un dernier week-end de travail en visioconférence avant la session finale de juin.
Public Sénat

Par Sandra Cerqueira

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Comme le reste du pays, les 150 citoyens de la Convention climat ne sont plus confinés mais ils poursuivent leur travail à distance. « Vous arrivez à l'heure des choix (...) C'est une étape difficile et à la fois enthousiasmante », leur a assuré l'un des garants, Thierry Pech. La Convention a ainsi débattu de la soixantaine d’amendements proposés visant à modifier une mesure ou la supprimer. Dernière ligne droite avant la remise de leurs propositions au gouvernement pour lutter contre le réchauffement de la planète.

 Les amendements permettent « d’aller plus loin »

«  Un travail utile qui permet d’aller plus loin » explique William, l’un des 150 Français tirés au sort. Urbaniste de profession ayant à cœur de réduire la densification, il a obtenu les vingt soutiens nécessaires pour présenter un amendement sur la réversibilité du bâtiment. Une solution anticipée qui consiste à programmer un ouvrage neuf pour qu'il puisse indifféremment accueillir des logements ou des bureaux, au moyen de modifications minimes et éviter ainsi la déconstruction. «  Il y a toujours des choses qu’on oublie, des imprécisions, les amendements sont là pour ça. Chacun apporte ses arguments pour ou contre. »
 

« Nous n’avons pas besoin d’être réélus, on peut proposer des choses fortes »

1/3 des 150 s’est exprimé. «  Il y a eu beaucoup de prises de parole. C’est un  bon entraînement pour la délibération et le vote qui auront lieu en juin. Ils ont beaucoup appris et se sont bien mis dans le rôle  » précisent les organisateurs.  Et leur rôle est clair : « Nous nous n’avons pas besoin d’être réélus, alors on peut proposer des choses fortes et nous sommes là pour ça »  glisse l’un des citoyens tirés au sort.  En avril dernier, ils ont écrit à l’exécutif et envoyé 50 pistes de mesures ( logement, alimentation, voiture, publicité) pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société. » Des mesures qui ont donc été amendées et seront votées les 19, 20 et 21 juin. « Malgré les obstacles, bientôt un plan citoyen pour le climat à soumettre au référendum et parlement. Historique ! »  a  affirmé l'un des garants, l'écologiste Cyril Dion. 
 

Le risque du référendum

Les citoyens doivent se prononcer sur la façon dont chaque famille d'objectifs doit être mise en œuvre : par voie législative ou par référendum ? Le sujet entre eux fait débat. Il y a ceux qui pensent que le référendum est la voie la plus efficace mais pour d’autres, comme Corinne, c’est la plus risquée. «  Ce serait dommage que nos propositions ne soient pas jugées sur leur contenu mais rejetées à cause de l’impopularité de l’exécutif » s’inquiète-t-elle.  Certains trouvent encore que le temps législatif est trop long alors que la crise sanitaire nous a montré que « le temps est de plus en plus compté ». «  On ne peut pas attendre un an que Parlement se saisisse de nos propositions. Ce sera trop tard. Elles doivent faire partie du plan de sortie de crise.» 
 

Modifier la Constitution pour «  contraindre l’État à agir »

L’autre sujet important de ce dernier week-end de travail a été la révision de l’article 1 de la Constitution afin d’y  inscrire la lutte contre le réchauffement. Jusqu'à aujourd'hui, aucun pays du G20 n'a encore touché à sa loi fondamentale pour contraindre l'État à mieux prendre en compte les enjeux écologiques. L’objectif est d’obliger l’État français, le « contraindre » à agir en ayant une obligation de résultat pour protéger la biodiversité avec «  des politiques publiques compatibles ». Il y a débat au sein des citoyens, la plupart estimant que la Charte de l’environnement suffit, mais pour beaucoup modifier la Constitution est plus fort : «  c’est important de le faire car toutes les futures lois vont s’appuyer dessus et devront ainsi prendre en compte l’écologie. Ce n’est pas que symbolique » espère William.

Vers une chambre de participation citoyenne ?

Il a aussi été question de «  renforcer les pouvoirs du CESE » ( Conseil économique et social). Nombreux sont ceux  qui appellent à une chambre de participation citoyenne, «  un troisième parlement ». «  Plus de démocratie participative pour plus de transparence de l’État » affirme t-il en citant le scandale des masques pendant la crise du Covid. «  Les Français doivent faire partie de la prise de décision ».  Mais comment ? « Une chose est sûre on ne parle pas d’un mandat consultatif. Si les citoyens de cette nouvelle assemblée s’oppose à une loi, elle ne peut pas être adoptée » souhaite Benoit, l’un des membres de la Convention.

Comme pour la crise du Covid-19, « il y aura un avant et un après Convention Climat » espèrent les citoyens. Jugeant que la crise environnementale reste à ce jour sans réponse politique suffisante, plusieurs universitaires pensent que la Convention est «  une première marche possible d’une nouvelle institution», persuadée que sans «  faire table rase des institutions actuelles », nous avons aussi besoin « d’une autre vision du peuple, qui ne doit plus être considéré comme le récepteur passif de décisions sur lesquelles il serait incapable d’avoir prise. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le