Coronavirus : la réforme des retraites et de l’assurance chômage désormais hors « contexte »
Réforme des retraites suspendue, nouveau calcul de l’indemnisation de l’assurance chômage repoussée à septembre sans oublier un projet de loi de finances rectificatif qui prévoit 45 miliards d’aides aux entreprises. La crise du coronavirus rebat les cartes du calendrier social du gouvernement.

Coronavirus : la réforme des retraites et de l’assurance chômage désormais hors « contexte »

Réforme des retraites suspendue, nouveau calcul de l’indemnisation de l’assurance chômage repoussée à septembre sans oublier un projet de loi de finances rectificatif qui prévoit 45 miliards d’aides aux entreprises. La crise du coronavirus rebat les cartes du calendrier social du gouvernement.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Il est désormais loin le temps où l’exécutif, arcbouté sur son objectif de faire adopter la réforme des retraites « avant l’été » restait sourd à la demande du président du Sénat de différer quinze jours l’examen du texte, ne serait-ce que pour attendre les conclusions de la conférence de financement.

 « Toutes les réformes en cours sont suspendues »

« Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat », contre le coronavirus. « Toutes les réformes en cours sont suspendues, à commencer par la réforme des retraites », a annoncé Emmanuel Macron, lundi soir lors de sa deuxième allocution télévisée en moins d’une semaine.

Une suspension qui pour certains signifie l’abandon du système universel de retraites à points. « J'espère que la réforme des retraites sera abandonnée. C'est pour le moment un report. Nous sommes disponibles pour faire des propositions » a souligné le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau, ce mardi, sur Radio Classique.

« C'était vraiment le minimum dans la situation actuelle », a réagi sur RTL Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. Dans un communiqué, Force Ouvrière se félicite également de la décision du chef de l’Etat et rappelle que « l’intersyndicale avait déjà pris l’initiative de reporter les mobilisations sur ce sujet ».

« Ce ne sera pas à la fin d’un quinquennat qu’on fera une réforme comme celle-ci »

Pour le sénateur LR, René-Paul Savary, rapporteur du projet de loi, « dans un contexte de récession, avec 1% de croissance en moins, mettre en place un nouveau système de calcul par points parait difficile à réaliser. D’autant que le projet de loi prévoyait la création d’une caisse universelle dès 2021. Ce ne sera pas à la fin d’un quinquennat qu’on fera une réforme comme celle-ci » estime-t-il. Le vice-président de la commission des affaires sociales du Sénat n’écarte pas, pour autant, une réforme paramétrique. « Il va falloir réfléchir à un financement pour que notre régime de retraites retourne à l’équilibre en 2025 ».

Décriée également par les syndicats et l’opposition de gauche, le nouveau mode de calcul de du salaire journalier de référence de l’assurance chômage ne sera pas appliqué le mois prochain. Initialement prévue pour entrer en vigueur le 1er avril, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud a indiqué lundi que la réforme avait été conçue « dans un contexte qui n'a plus rien à voir avec celui que nous connaissons aujourd'hui » et a annoncé son report au 1er septembre.

Assurance chômage : « c’était une réforme adaptée à une période de croissance et pas de récession »

Un nouveau calendrier dont se sont également félicitées les organisations syndicales, notamment par Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. « Le gouvernement parle de septembre pour ne pas dire qu’il capitule. En septembre, ce sera une période difficile pour beaucoup de travailleurs indépendants et entrepreneurs. La encore, c’était une réforme adaptée à une période de croissance et pas de récession » note René-Paul Savary.

« C’est une sage et juste décision de la part du gouvernement qui ne pouvait que reculer sur des réformes qui n’ont plus de raison d’être » complète, Laurence Cohen, vice-présidente communiste de la commission des affaires sociales du Sénat.

Vendredi, le Sénat devra justement examiner le projet de loi de finances rectificative qui prévoit 45 milliards d’aides aux entreprises et aux salariés. Une somme qui évidemment n’était pas prévue lors du vote du projet de loi de finances (PLF) en novembre dernier. Et même si jeudi dernier, Emmanuel Macron assurait que la santé n’avait « pas de prix » et que le  « gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires (…) pour sauver des vies, quoi qu’il en coûte », Laurence Cohen n’est pas encore rassurée.

« Débloquer plusieurs milliards pour venir en aide aux entreprises c’est très bien. Par contre, je reste dubitative car je n’ai pas entendu le président de la République, le Premier ministre ou le ministre de la Santé parler de moyens supplémentaires pour l’hôpital public. Ça fait un an que le personnel hospitalier appelle au secours. Dire que ce sont des héros, c’est une chose. Il faut parler maintenant de revalorisation de salaires, de titularisation, de réouverture de lits » prévient la sénatrice du Val-de-Marne, par ailleurs, auteure d’une proposition de loi sur les mesures d’urgences pour la santé et les hôpitaux.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Salon-de-Provence: Illustration of the French Air Force s Rafale
5min

Politique

Loi de programmation militaire : accord entre députés et sénateurs sur une rallonge budgétaire supplémentaire de 36 milliards d’euros accordée aux armées

Les parlementaires sont revenus en commission mixte paritaire à l’effort initial, fixé par le gouvernement à 36 milliards d’euros supplémentaires pour la défense sur la période 2024-2030. La majorité sénatoriale, qui voulait porter cet effort à 50 milliards, n’a pas eu gain de cause sur une rallonge supplémentaire. Mais au sein de cette enveloppe de + 36 milliards, elle a obtenu une accélération anticipée, avec + 1,2 milliard de plus en 2028.

Le

Enfants qui jouent sur le miroir d’eau à Nice
6min

Politique

Nuit la plus chaude, 500 records dans la journée, 28ème vague de chaleur en quinze ans… les chiffres fous de la canicule en France

La France est touchée de plein fouet par la vague de chaleur qui s’est installée depuis plusieurs jours et menace de se prolonger jusqu’en fin de semaine, avec des records de température en pagaille. Des chiffres qui en disent long sur son caractère exceptionnel, mais aussi sur la survenue de plus en plus fréquente de ce type d’événements sous l’effet du réchauffement climatique.

Le